Le 75e anniversaire du D-Day, sous un ciel transatlantique orageux
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Le 75e anniversaire du D-Day, sous un ciel transatlantique orageux

Donald Trump et Emmanuel Macron "'aborderont des questions de substance", en particulier "l'Iran et le commerce", deux sujets de tensions entre Paris et Washington

Des amateurs d'histoire et de la deuxième guerre mondiale rejouent le débarquement sur la plage d'Anzio à 52 km au sud de Rome (Crédit : AFP/Andreas Solaro)
Des amateurs d'histoire et de la deuxième guerre mondiale rejouent le débarquement sur la plage d'Anzio à 52 km au sud de Rome (Crédit : AFP/Andreas Solaro)

La France s’apprête à recevoir le président américain Donald Trump pour commémorer le 75e anniversaire du jour J, le D-Day, symbole de l’unité des Alliés face à l’Allemagne nazie, à l’heure où s’accumulent les dissensions transatlantiques, de l’Iran au commerce international.

Plus de 30 000 personnes, dont près de 500 vétérans, sont attendues la semaine prochaine aux principales cérémonies de commémoration du 6 juin 1944, date du débarquement allié en Normandie, dans l’ouest de la France, étape-clé de la libération de l’Europe du joug nazi.

Cette séquence mémorielle s’ouvrira mercredi matin à Portsmouth, en Angleterre, avec une cérémonie internationale en présence de la reine Elizabeth II et de plusieurs chefs d’État et de gouvernement, dont la Première ministre britannique sur le départ, Theresa May, le président français Emmanuel Macron, la chancelière allemande Angela Merkel, le Premier ministre canadien Justin Trudeau et le président américain Donald Trump.

Les célébrations se poursuivront mercredi après-midi et jeudi de l’autre côté de la Manche, sur les côtes normandes, en présence du locataire de la Maison Blanche.

L’occasion, espère Paris, de dialoguer posément avec le président des États-Unis, dont la dernière visite en France, à l’occasion du centenaire de l’armistice de 1918, s’était soldée par une salve de tweets rageurs à l’encontre d’Emmanuel Macron.

En 2014, son prédécesseur démocrate Barack Obama avait assisté aux cérémonies du 70e anniversaire du débarquement en présence de François Hollande, Vladimir Poutine, la reine Elizabeth II et Angela Merkel. Depuis le cimetière américain de Colleville, il avait prononcé un discours émouvant en hommage aux hommes qui se sont battus pour « changer le cours de l’Histoire, de l’humanité ».

Cinq ans plus tard, « le monde n’est plus le même », commente François Heisbourg, conseiller Europe à l’International Institute for Strategic Studies (IISS) à Londres.

« En 2014, l’attaque russe en Crimée avait donné du grain à moudre aux alliés qui trouvaient là une occasion d’affirmer leur unité. Aujourd’hui, tout le monde va attendre avec inquiétude la fin des cérémonies en guettant un tweet dévastateur de Donald Trump », juge-t-il.

L’Iran au menu des discussions

L’Élysée préfère afficher un optimisme prudent. « L’Amérique est notre amie indéfectible », insiste l’entourage du chef de l’État français, en rappelant qu' »avec toutes les administrations américaines, il y a des points de divergence, de discorde ».

Le président français Emmanuel Macron et son homologue américain Donald Trump après le défilé du 14 juillet 2017 sur les Champs-Elysées à Paris. (Crédit : AFP /Alain Jocard)

Pour Paris, les commémorations du jour J sont « une bonne opportunité de célébrer cette victoire commune et d’avoir la possibilité d’aller plus loin sur une liste de grands sujets prioritaires, pour essayer de rapprocher nos positions ».

Un tête-à-tête suivi d’un déjeuner entre Donald Trump et Emmanuel Macron « permettront d’aborder des questions de substance », en particulier « l’Iran et le commerce », deux sujets de tensions entre Américains et Européens, explique-t-on à l’Élysée.

Sur l’Iran, Paris souhaite que les États-Unis « ne s’enferment pas dans une logique confrontationnelle » faisant redouter une guerre, et compte inviter Donald Trump à compléter sa « stratégie de pression maximale » sur Téhéran par « une politique d’incitations ».

Le retrait américain de l’accord nucléaire iranien, défendu par les Européens, et l’imposition de sanctions américaines contre Téhéran, dont pâtissent par ricochet les entreprises et les banques européennes, ont envenimé ces derniers mois des relations transatlantiques déjà tendues.

Le dossier commercial entre États-Unis et Europe, lui, est en sursis: le président américain vient d’accorder un délai de six mois à l’UE pour négocier un accord commercial incluant le secteur automobile, sous peine de se voir infliger des droits de douane supplémentaires.

Mais le chantre de l' »America First » pourrait profiter de son passage sur le Vieux Continent pour aborder d’autres sujets qui fâchent Washington, comme les velléités des pays membres de l’OTAN d’investir dans l’Europe de la défense.

« Il existe un risque élevé que Donald Trump instrumentalise les cérémonies pour rappeler la dépendance des Européens vis-à-vis des États-Unis en matière de sécurité et de défense », avertit François Heisbourg, de l’IISS.

« Tous les Européens s’accordent pour dire qu’ils veulent prendre une part de plus en plus importante dans leur propre défense, sans remettre en cause l’OTAN. Pour les Américains, c’est plutôt une bonne nouvelle », fait-on valoir à l’Élysée.

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