Le conflit avec le Qatar étant résolu, les Saoudiens vont-ils rejoindre Israël ?
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Analyse

Le conflit avec le Qatar étant résolu, les Saoudiens vont-ils rejoindre Israël ?

En admettant que cet accord soit peu probable avant le départ de Trump, un haut responsable US dit que la détente dans le Golfe permet de lever un obstacle; des experts en doutent

Jacob Magid

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

Jared Kushner (à droite) aux côtés d'un membre de la délégation saoudienne, lors d'une rencontre entre le président américain Donald Trump et le prince héritier Mohammed ben Salmane du Royaume d'Arabie Saoudite dans le bureau ovale de la Maison Blanche, le 20 mars 2018. (Kevin Dietsch/ Pool/ Getty Images)
Jared Kushner (à droite) aux côtés d'un membre de la délégation saoudienne, lors d'une rencontre entre le président américain Donald Trump et le prince héritier Mohammed ben Salmane du Royaume d'Arabie Saoudite dans le bureau ovale de la Maison Blanche, le 20 mars 2018. (Kevin Dietsch/ Pool/ Getty Images)

NEW YORK – Jared Kushner, conseiller principal de la Maison Blanche, assistera mardi à une cérémonie dans la ville saoudienne d’Al-Ula au cours de laquelle Ryad et le Qatar mettront officiellement un terme à leur longue querelle diplomatique.

Kushner avait fait la navette dans la région à la recherche d’une percée dans les derniers jours de l’administration Trump, qui considère l’unité entre les États du Golfe comme essentielle pour isoler l’Iran, ennemi de Washington.

Cet objectif plus large a également été atteint grâce à la négociation par Kushner d’accords de normalisation entre Israël et quatre pays arabes, dont les Émirats arabes unis et le Bahreïn, qui se sont joints à l’Arabie saoudite et à l’Égypte pour instaurer un blocus du Qatar en 2017. Les quatre pays ont accusé Doha de soutenir les groupes islamistes dans la région et de s’être trop rapproché de l’Iran – accusations que le Qatar a toujours rejetées.

Mais avec la crise diplomatique derrière eux, Kushner est-il maintenant en meilleure position pour pousser l’Arabie Saoudite à rejoindre ses voisins du Golfe qui ont normalisé leurs relations avec Israël et créer un front encore plus puissant contre Téhéran ?

Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, (à droite), rencontre le conseiller présidentiel Jared Kushner à Riyad, en Arabie saoudite, le 1er septembre 2020. (Agence de presse saoudienne via AP)

« C’était un obstacle à la normalisation, mais mettre fin au boycott du Qatar n’est pas suffisant en soi », a déclaré un haut fonctionnaire américain, qui s’est exprimé sous le couvert de l’anonymat.

« Ce sera probablement difficile dans le temps qu’il nous reste, mais au moins cela supprime un obstacle », a déclaré le fonctionnaire.

Cependant, des analystes qui ont parlé au Times of Israel étaient sceptiques quant à l’établissement d’un lien entre la fin de la crise diplomatique du Golfe et la conclusion d’un autre accord de normalisation.

« Je suis sûre que Jared Kushner verrait ses efforts au Moyen-Orient comme étant cohésifs, mais… je ne pense pas qu’il y ait un lien », a déclaré Karen Young, une experte du Golfe à l’American Enterprise Institute. Elle a fait valoir que le mouvement saoudien vers la détente avec le Qatar était davantage basé sur un « repositionnement » en prévision de l’éventuelle entrée du président américain désigné Joe Biden à la Maison Blanche plus tard ce mois-ci.

De gauche à droite : le Premier ministre Benjamin Netanyahu, le Président américain Donald Trump, le ministre des Affaires étrangères du Bahreïn Khalid bin Ahmed Al Khalifa et le ministre des Affaires étrangères des Emirats arabes unis Abdullah bin Zayed al-Nahyan posent pour une photo sur le balcon de la Blue Room après avoir signé les Accords d’Abraham lors d’une cérémonie sur la pelouse sud de la Maison Blanche à Washington, le 15 septembre 2020. (AP Photo/Alex Brandon)

Biden s’est engagé à rétablir les relations des États-Unis avec l’Arabie Saoudite, dont l’image s’est détériorée parmi les démocrates en raison de son médiocre bilan en matière de droits de l’Homme.

« Beaucoup de choix de politique étrangère faits ces quatre dernières années ne leur conviennent pas vraiment, il est donc temps de mettre un terme à certains d’entre eux », a déclaré M. Young, faisant référence au boycott du Qatar par Ryad et à la campagne de bombardement au Yémen.

Hussein Ibish, chercheur à l’Arab Gulf States Institute de Washington, a déclaré qu’en plus de faire plaisir à Biden, qui ne voulait pas hériter de la prise de bec diplomatique, Ryad pouvait aussi présenter sa décision de mettre fin au blocus du Qatar comme une « victoire » pour l’administration sortante de Trump, qui cherche à consolider son héritage en matière de politique étrangère.

Mais suggérer que la décision pourrait d’une manière ou d’une autre contribuer à l’insaisissable accord de normalisation israélo-saoudien est un saut trop important, a affirmé M. Ibish.

Une image combinée montre le ministre de la Défense saoudien de l’époque et le prince héritier Mohammed ben Salmane (à gauche) lors d’une conférence de presse dans la capitale Riyad le 25 avril 2016 ; et l’émir du Qatar, Cheikh Tamim ben Hamad Al-Thani (à droite), participant au 136e sommet du Conseil de coopération du Golfe (CCG) à Riyad le 10 décembre 2015. (AFP/Fayez Nureldine)

« Toute la question de la normalisation est parallèle. Elle ne se croise pas vraiment », a-t-il déclaré.

Ibish a reconnu que les relations avec Israël seraient discutées lors du sommet du Conseil de coopération du Golfe qui se tiendra cette semaine à Al-Ula – où la détente entre Saoudiens et Qataris sera également signée – mais que ce qui jouera finalement un rôle dans la décision de Ryad de normaliser avec Israël, ce sont les relations américano-saoudiennes et la dynamique entre le roi Salmane et son fils le prince héritier Mohammed ben Salmane. Ce dernier est considéré comme plus disposé à nouer des relations avec l’État juif, tandis que son père vieillissant reste plus fidèle aux Palestiniens.

On pourrait avancer que le réchauffement des relations avec Doha pourrait mettre Ryad en meilleure position pour résister à un éventuel retour de bâton contre une décision ultérieure de normalisation, dans la mesure où le réseau Al Jazeera, dirigé par le Qatar, qui influence l’opinion publique dans le monde arabe, serait moins enclin à critiquer Ryad pour cette décision.

Mais Ibish et Young ont tous deux rejeté cette logique, soulignant que le clivage du Qatar avec les Émirats arabes unis a été beaucoup plus grave que celui avec l’Arabie saoudite, et pourtant Abou Dhabi a pu aller de l’avant avec son propre accord de normalisation il y a des mois, avec un minimum de recul par rapport à Doha.

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