Le Maroc se dote d’une loi contre les violences faites aux femmes
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Le Maroc se dote d’une loi contre les violences faites aux femmes

Dans un pays qui se veut chantre d'un islam tolérant et où les femmes ne sont pas obligées de porter le voile, marcher seule dans la rue relève parfois du parcours de combattante

Manifestation contre les violences sexuelles faites aux femmes à Casablanca, au Maroc, le 23 août 2017. (Crédit : STRINGER/AFP)
Manifestation contre les violences sexuelles faites aux femmes à Casablanca, au Maroc, le 23 août 2017. (Crédit : STRINGER/AFP)

Après des années de vifs débats, le Parlement marocain a définitivement adopté mercredi une loi contre les violences faites aux femmes discutée depuis cinq ans, mais jugée insuffisante par les mouvements féministes.

« Grâce à Dieu ! », s’est félicitée sur sa page Facebook la ministre marocaine de la Famille, de la femme et de la solidarité, Bassima Hakkaoui issue du Parti justice et développement (PJD, islamiste) qui conduit la coalition gouvernementale.

Le texte qui avait été initié en 2013, avec moult amendements depuis, a été définitivement adopté par le première chambre en deuxième lecture, a précisé la ministre.

La loi incrimine pour la première fois « certains actes considérés comme des formes de harcèlement, d’agression, d’exploitation sexuelle ou de mauvais traitement », selon une note du ministère de la Famille.

Elle durcit également les sanctions pour certains cas et prévoit des « mécanismes pour prendre en charge les femmes victimes » de violences.

Le texte de loi « permettra au Maroc de disposer d’un texte juridique de référence et cohérent susceptible de garantir une meilleure protection des femmes contre toutes formes de violence », a souligné pour sa part l’agence de presse officielle MAP.

‘Insuffisant’

« Le texte ne prend pas en compte les définitions internationales en matière de violences à l’égard des femmes. Le viol conjugal n’est par exemple pas puni », a réagi à l’AFP Nouzha Skalli, militante pour l’égalité des sexes et ex-ministre en charge des droits des femmes.

« Cette loi ne modifie que quelques articles du code pénal, alors que celui-ci reste fondamentalement basé sur des concepts obsolètes, comme l’atteinte à la pudeur publique ou la pénalisation des relations sexuelles hors mariage », a-t-elle poursuivi, regrettant « l’absence d’un esprit de consensus » dans l’élaboration du texte.

Le Mouvement alternatif pour les libertés individuelles (Mali) a également regretté l’impunité du viol conjugal, se disant « consterné par la persistance au sein du Parlement de mentalités rétrogrades et misogynes ».

Au Maroc, médias et ONG tirent régulièrement la sonnette d’alarme sur le fléau de la violence subie par les femmes, en particulier le harcèlement dont elles sont victimes dans l’espace public.

Dans un pays qui se veut, selon le discours officiel, chantre d’un islam tolérant et où les femmes n’ont pas l’obligation de porter le voile, marcher seule dans la rue relève parfois du parcours de la combattante : remarques désobligeantes et insultes y sont fréquentes.

Autre signe de raidissement social, les femmes en maillot de bain sont de plus en plus rares sur les plages du royaume.

Ces dernières années, plusieurs cas d’agressions ont défrayé la chronique. Le sujet avait été remis au cœur du débat en août dernier avec une vidéo montrant une agression sexuelle collective contre une jeune femme dans un bus de Casablanca. Le gouvernement avait alors promis une « stratégie » pour lutter contre ce fléau.

Selon une récente enquête publiée par le Haut-Commissariat au Plan (HCP), l’organisme statistique marocain, 40,6 % des femmes en milieu urbain âgées de 18 à 64 ans, ont déclaré avoir été « victimes au moins une fois d’un acte de violence ».

Les lieux publics sont les endroits où la violence à l’égard des femmes est la plus manifeste, d’après une étude de l’Observatoire national de la violence faite aux femmes.

Sur les réseaux sociaux, les commentaires notent avec amusement que le texte a été adopté le jour de la Saint-Valentin.

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