Le meurtre de la jeune juive en Allemagne attise l’hostilité envers les migrants
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Le meurtre de la jeune juive en Allemagne attise l’hostilité envers les migrants

Le chef du conseil central des juifs d'Allemagne dénonce l'utilisation de l'assassinat de Susanna Feldman comme instrument de discours xénophobe et anti-immigrés

Des roses recouvrent la photo de Susanna Maria Feldman, 14 ans, tuée à Wiesbaden, Allemagne, vendredi 8 juin 2018. (AFP PHOTO / dpa / Boris Roessler)
Des roses recouvrent la photo de Susanna Maria Feldman, 14 ans, tuée à Wiesbaden, Allemagne, vendredi 8 juin 2018. (AFP PHOTO / dpa / Boris Roessler)

JTA – Le cas d’un jeune réfugié musulman accusé de viol et de meurtre d’une adolescente a attiré l’attention des médias et ébranlé la communauté juive d’Allemagne : La victime, Susanna Feldmann, 14 ans, était juive.

Disparue depuis le 22 mai, le corps de la jeune fille a été retrouvé le 6 juin enterré dans une tombe peu profonde près de sa ville natale de Mayence. L’affaire a ébranlé l’Allemagne, qui s’inquiète de la criminalité émanant de l’importante population de réfugiés musulmans – dont beaucoup sont de jeunes hommes célibataires, frustrés et sans but.

Avant qu’il ne soit démontré que l’antisémitisme n’était pas lié à ce crime, le sujet s’est répandu dans les réseaux sociaux juifs allemands – à tel point que le Conseil central des Juifs d’Allemagne est intervenu avec un communiqué qui voulait à la fois montrer de la compassion et éteindre les flammes.

« Une jeune vie a été cruellement brisée. Notre plus profonde compassion va à ses parents et amis », a déclaré le président du conseil, Josef Schuster, dans un communiqué de presse du 7 juin qui a fait état de l’appartenance de la famille à la communauté juive de Mayence.

Mais, a-t-il ajouté, « des conclusions prématurées ou des spéculations [au sujet de l’affaire] sont inadmissibles ».

Susanna Feldman, l’adolescente allemande de 14 ans, violée et tuée par des réfugiés irakien et kurde. Son corps a été retrouvé à Wiesbaden, le6 juin 2018. (Crédit : Facebook)

Schuster a déclaré à JTA qu’il avait décidé de se prononcer en partie parce qu’il avait « entendu dire que sur les réseaux sociaux, la victime était instrumentalisée à des fins xénophobes et anti-immigration ». Il a ajouté que cette affaire, qu’il a qualifiée de « très tragique », concerne tout le monde en Allemagne, et pas seulement les Juifs.

Alors que de nombreux faits ont été révélés depuis que le corps de Susanna Feldmann a été retrouvé et que le suspect a été arrêté et interrogé, l’incident alimente encore les rumeurs populistes et la colère contre la chancelière allemande Angela Merkel, qui, en 2015, a ouvert la porte à plus d’un million de réfugiés du Moyen-Orient déchiré par la guerre pour des raisons humanitaires.

Beaucoup sont de jeunes hommes célibataires âgés de 16 à 30 ans – comme Ali Bashar, l’ancien demandeur d’asile de 20 ans qui a avoué avoir tué Susanna.

« Il n’y a pas de jeunes femmes ici » pour des migrants comme lui, a déclaré Susanne Schroter, directrice du Global Islam Research Center de l’Université Goethe de Francfort, lors d’une interview samedi avec le magazine en ligne web.de.

« Nous ne parlons plus de cas isolés » de violences contre les femmes, a-t-elle dit, ajoutant que la société allemande avait un besoin urgent de faire face à la réalité.

« Je ne porte pas une accusation générale contre les réfugiés, les hommes arabes ou les musulmans », a précisé Mme Schroter. « Mais il est clair que nous vivons quelque chose que j’appellerais un choc culturel. »

Beaucoup de ces hommes croient que toute femme qui ne porte pas de foulard, qui montre un peu de peau en été, qui boit de l’alcool et fume, est une « pute », explique-t-elle.

L’histoire tragique de Susanna Feldmann commence dans la nuit du 22 mai, lorsqu’elle n’est pas rentrée chez elle après une soirée entre amis. Selon les médias, sa mère inquiète, Diana, a reçu un message WhatsApp qui a exacerbé ses craintes : « Maman, je ne rentre pas à la maison. Je suis avec un ami à Paris. Ne me cherche pas. Je reviendrai dans deux ou trois semaines. Au revoir. »

Des policiers d’une unité spéciale escortent le demandeur d’asile irakien Ali Bashar, soupçonné d’avoir tué une adolescente allemande, vers un hélicoptère à Wiesbaden, dans l’ouest de l’Allemagne, le 10 juin 2018, en direction d’une prison après le témoignage de Bashar. L’homme de 20 ans a été ramené en Allemagne après avoir avoué le viol et le meurtre de Susanna Maria Feldman, 14 ans, selon des responsables kurdes irakiens et des reportages des médias allemands. (AFP PHOTO / dpa / Hasan BRATIC / Germany OUT)

Susanna était probablement déjà morte quand le message a été envoyé.

Le 6 juin, après qu’un garçon de 13 ans qui avait vécu dans le même foyer de réfugiés que Bashar devienne un informateur, le corps de Susanna a été retrouvé dans une tombe peu profonde dans un parc près de Mayence. Les réseaux sociaux et les médias ont été envahis d’informations selon lesquelles le suspect du viol et du meurtre était un réfugié kurde musulman qui a fui l’Allemagne avec sa famille pour retourner dans leur Irak natal. Le fait que Susanna était juive a également fait la Une des journaux.

Il y a eu des rumeurs sur le départ de la famille de Bashar avec des billets d’avion qui ne correspondaient pas à leur pièce d’identité. En outre, Bashar est apparemment suspecté d’autres actes de violence commis en Allemagne. (On lui a refusé l’asile, mais on lui a accordé un sursis à l’expulsion pour qu’il puisse faire appel).

En fin de compte, les forces d’élite kurdes ont arrêté Bashar samedi à Erbil, en Irak. La police allemande l’a emmené menotté à bord d’un vol pour Francfort, où il a été interrogé. Bashar a avoué le meurtre, mais a contesté l’accusation de viol. Il n’y a aucune indication d’un quelconque motif antisémite.

Cette histoire a alimenté le chaudron populiste de la colère à l’égard des réfugiés et de la pensée libérale. Sur une des cartes dans un mémorial de fortune, on peut lire : « Susanna, 14 ans, victime de la tolérance. »

Un député de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), un parti populiste de droite et anti-immigrés, a observé une minute de silence pour Susanna au Bundestag vendredi, et a été accusé de politiser le meurtre.

Dimanche, deux manifestations avec plusieurs centaines de participants ont eu lieu à Mayence. D’un côté, les manifestants anti-Merkel, populistes de droite, arboraient des bougies et des photos de Susanna. D’autre part, des contre-manifestants railleurs affichaient des banderoles condamnant la violence à l’égard des femmes et l’ « instrumentalisation de la droite ». D’autres rassemblements sont prévus.

Le fait que Susanna était juive est à peine mentionné dans les dernières informations, et c’est mieux ainsi, a confié M. Schuster.

« Je suppose qu’une fille de n’importe quel milieu religieux aurait pu également devenir une victime », a ajouté le dirigeant juif.

Josef Schuster, président du Conseil central des Juifs d’Allemagne, assiste à une conférence de presse après son élection à Francfort-sur-le-Main, en Allemagne centrale, le 30 novembre 2014. (AFP / Daniel Roland)

Schuster a dénoncé la récupération de ce genre d’affaires « par les populistes de droite ».

« Ils utilisent les victimes comme un moyen d’arriver à leurs fins, et c’est tout simplement honteux », a-t-il dit.

La thèse initiale selon laquelle le crime aurait pu avoir des motivations antisémites a été rapidement écartée, a noté Elio Adler, un Berlinois qui a fondé le groupe politique juif non partisan « Values Initiative » qui a critiqué la politique de Merkel concernant les réfugiés.

Très tôt, Adler avait partagé les informations concernant Susanna sur Facebook, soulignant qu’elle était juive.

Il y avait un sentiment d’identification avec la victime en raison de sa judéité, a-t-il dit à JTA. Mais sinon « il n’y a pas de conclusion particulière à tirer de cette affaire ».

« Cela montre simplement où le système dans son ensemble ne fonctionne pas correctement » – en ce qui concerne l’accueil et l’intégration des réfugiés. « Et peut-être que ça va être un tournant », a dit Adler.

Schuster considère qu’il s’agit là d’un des nombreux cas dont la politique allemande doit tirer des leçons.

« Je m’attends à ce que le système judiciaire soit aussi sévère pour les crimes commis par les migrants que pour les crimes commis par les Allemands », a-t-il dit. Mais « si quelqu’un abuse de son privilège de rester en Allemagne en tant qu’invité, les conséquences pour son droit de séjour doivent être examinées et la pleine force de la loi appliquée ».

Comme l’a dit un membre juif de Facebook dans un message, si l’Allemagne avait expulsé Ali Bashar en raison de crimes ou d’abus antérieurs, « Susanna serait peut-être encore en vie ».

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