Le neurochirurgien américain qui lutte contre la faim et apporte de l’espoir à Gaza
Né au Koweït de parents venus de Cisjordanie, David Hasan veut renforcer la lutte contre la malnutrition à Gaza et créer des écoles avec un programme favorable à Israël

La première cargaison de préparations en bouteille destinées aux prématurés, aux nourrissons et aux jeunes enfants souffrant de malnutrition devrait arriver dans la bande de Gaza sous peu. Seront également inclus des substituts de repas à boire, ainsi que des boissons nutritives pour les femmes avant ou après l’accouchement.
Cette expédition a coûté 10 000 dollars, une somme levée par l’organisation américaine à but non lucratif « The Gaza Children’s Village », dirigée par le Dr David Hasan, neurochirurgien expérimenté de l’université Duke, en Caroline du Nord. En plus de sa carrière médicale, le Dr Hasan s’est imposé comme l’un des moteurs de l’aide humanitaire à Gaza, œuvrant pour offrir une aide d’urgence aux plus vulnérables habitants de l’enclave.
« Nous avons deux projets », a expliqué le Dr Hasan depuis son domicile lors d’une interview sur Zoom avec le Times of Israel réalisée la semaine dernière. « Le premier, et le plus important, est le village des orphelins, où nous nous efforçons de venir en aide à quelque 20 000 enfants, d’après les données dont nous disposons. Les enfants les plus vulnérables sont et ont toujours été notre priorité : les orphelins, les enfants non accompagnés ou blessés qui ne peuvent pas bénéficier de soins médicaux appropriés. C’est très difficile, mais nous faisons tout ce que nous pouvons. »
Une autre priorité centrale de l’initiative, a ajouté Hasan, consiste à satisfaire aux besoins nutritionnels des prématurés, des nourrissons et des enfants. « Pour une raison ou une autre, la population gazaouie souffre d’une pénurie alimentaire due à un approvisionnement très limité. Je ne veux pas faire de politique, mais le résultat final est clair : à Gaza, il y a beaucoup d’innocents qui veulent simplement la paix avec leurs voisins et qui ne soutiennent pas le Hamas. Je le sais parfaitement, car je l’ai entendu moi-même lors de mes visites là-bas. »
L’organisation de Hasan travaille avec des partenaires israéliens basés en Israël, qui s’occupent de l’achat des produits et de la logistique. Les préparations et les solutions nutritionnelles seront d’abord livrées aux entrepôts de l’Organisation mondiale de la santé, puis distribuées à Shifa, Al-Aqsa et dans deux autres hôpitaux ayant manifesté leur intérêt, ainsi qu’à Deir al-Balah, où une nouvelle clinique et un orphelinat ont vu le jour il y a environ trois semaines.
Une tentative visant à faire entrer la cargaison avait été réalisée place il y a quelques jours, mais l’autorisation n’avait alors pas encore été accordée par le Coordinateur des activités gouvernementales dans les territoires (COGAT) israélien. Hasan espère que l’autorisation sera accordée cette semaine, tout en soulignant que la livraison de solutions nutritionnelles, si elle était utile, ne suffisait toutefois pas.
« Si je trouve un enfant souffrant de malnutrition et que je veux le réalimenter, je dois tenir compte de l’existence du syndrome de renutrition inappropriée. Un syndrome aussi mortel que la famine elle-même », explique-t-il. « Intervenir, distribuer un repas, nous en féliciter, puis voir deux ou trois jours plus tard l’enfant lutter contre le syndrome de renutrition inappropriée et en mourir, c’est la dernière chose que nous souhaitons. »
Selon les dernières informations du Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA), dans la bande de Gaza, on dénombre environ 13 000 enfants souffrant de malnutrition, dont 2 800 de malnutrition sévère. Même ceux qui survivront en conserveront des séquelles à long terme. Pour aider les enfants et les mères à survivre au processus de réalimentation, Hasan espère pouvoir ultérieurement leur fournir des vitamines, notamment de la thiamine (B1), des multivitamines, du zinc et d’autres compléments alimentaires.
Pour Hasan, la prochaine étape consiste à acheter une pâte à tartiner à base d’arachides, la Plumpy’Nut, qui permet un apport important calories par rapport au volume ingéré. « C’est une pâte utilisée en Afrique, en Haïti et dans d’autres pays touchés par la famine. Un petit volume suffit pour fournir à un enfant souffrant de malnutrition sévère des nutriments et des calories de manière équilibrée. Désormais, nous étendons notre action aux enfants plus âgés, sans nous limiter aux très jeunes âgés de 2 ans et moins qui ont besoin de lait maternisé, mais en incluant aussi aussi ceux âgés de 2 ans et plus, voire jusqu’à 5 ou 10 ans », a précisé Hasan.
Cette initiative, qui opère sous l’égide de l’European Pediatric Association, regroupe des experts israéliens comme le professeur Dan Turner, chef du service de gastroentérologie pédiatrique à l’hôpital Shaare Zedek, et le Dr Dorit Nitzan de l’université Ben Gurion, qui a rédigé le protocole de réalimentation. Le groupe est en contact avec des médecins et du personnel médical à Gaza, qui l’informent des besoins et des pénuries.
À ce jour, Hasan a récolté 150 000 dollars grâce à des dons en ligne. Il s’est fixé un objectif d’un million de dollars, qu’il espère atteindre. Il fait notamment appel aux fédérations juives d’Amérique du Nord et d’ailleurs. Un quart des donateurs sont Israéliens, même si beaucoup d’entre eux ont rencontré des obstacles.
Un organisme public israélien qui souhaitait faire un don important a rapporté avoir dû fournir une lettre du COGAT confirmant le projet, pour calmer les inquiétudes de la banque et autoriser le transfert.
Des mères et des nourrissons souffrant de malnutrition
Hasan a présenté la logique qui sous-tend la distribution de lait maternisé, de compléments alimentaires, de boissons nutritives ou de pâtes à tartiner thérapeutiques : « Des innocents meurent de faim. Les plus vulnérables de cette population sont les prématurés, les nourrissons et les enfants âgés de moins de 2 ou 3 ans. »
Les plus vulnérables de cette population sont les prématurés, les nourrissons et les enfants âgés de moins de 2 ou 3 ans
« Les femmes enceintes ne mangent pas assez et ne bénéficient pas des soins prénataux requis. L’instabilité constante, les déplacements, la guerre en elle-même et les traumatismes font que la majorité des femmes n’arrivent pas jusqu’à la salle d’accouchement. Et si elles y parviennent, il n’y a pas assez d’anesthésiques pour les césariennes, et parfois même pas pour les accouchements par voie basse », a poursuivi Hasan.
« Gaza traverse une crise sanitaire. Quand les bébés naissent, les mères, déjà mal nourries, ne sont pas en mesure de les allaiter. Les enfants sont doublement pénalisés car, depuis mars, les hôpitaux ne disposent pas de suffisamment de lait maternisé pour les bébés, les prématurés et les très jeunes enfants. Ils ne sont pas suffisamment nourris. Certains sont uniquement maintenus en vie grâce à une solution saline et peinent à survivre. Notre objectif est de les atteindre dans les hôpitaux où ils se trouvent, et de les sauver », a-t-il confié.
« Nous espérons qu’une fois que la logistique qui permettra d’acheter la préparation auprès des laboratoires pharmaceutiques israéliens sera en place, nous pourrons en acquérir en quantités beaucoup plus importantes. Nous travaillons en collaboration avec des Israéliens et des Juifs généreux, ainsi qu’avec des Palestiniens. Et nous enverrons ces produits à Gaza avec l’aide de l’OMS et la bénédiction du COGAT », a ajouté Hasan.
Hasan s’est lui-même rendu deux fois à Gaza pour y pratiquer des opérations chirurgicales, et vient souvent en Israël – son dernier voyage remonte au mois de juillet. Il parle donc avec une réelle expérience de la situation dans la bande de Gaza.
« Il y a beaucoup d’obstacles. L’un d’entre eux est le pillage des livraisons, ainsi que leur sécurité », a-t-il indiqué. « À l’entrée dans la bande de Gaza, une fois le poste-frontière de Kerem Shalom passé, c’est l’anarchie totale. J’ai encore pu le constater lorsque j’étais là-bas en avril. »
Il y a beaucoup d’obstacles. L’un d’entre eux est le pillage des livraisons, ainsi que leur sécurité. Une fois Kerem Shalom passé, c’est l’anarchie totale.
« Dès que nous aurons satisfait aux besoins des hôpitaux, nous nous occuperons de la population », a-t-il déclaré. « Les besoins sont immenses. Les frontières sont ouvertes, les camions arrivent, mais la distribution est inégale. Certains ont facilement accès à l’aide, d’autres sont isolés dans des poches, comme des îles dans un océan. Et ce sont ces personnes que nous essayons d’atteindre par tous les moyens possibles. »
« L’académie de l’espoir »
En plus de l’achat de produits nutritionnels, l’autre projet rendu possible par les dons est la création d’un orphelinat, qui a ouvert ses portes à la fin du mois dernier à Deir al-Balah. Il accueille actuellement plusieurs centaines d’enfants qui y reçoivent de la nourriture, une éducation et un soutien psychologique.
Le projet initial, raconte Hasan, était d’installer l’orphelinat près du passage d’Erez, au nord de la bande de Gaza, et de le placer sous la protection de l’armée israélienne. Mais il a finalement été décidé d’établir l’institution au centre de l’enclave côtière.
« Un emplacement proche d’Erez nous aurait permis de faire passer les produits par le poste-frontière situé à environ deux kilomètres. Mais après le cessez-le-feu [entre janvier et mars], l’armée israélienne s’est retirée à la frontière, et le Hamas s’est installé. Et nous ne voulions pas travailler avec eux », a déclaré Hasan. « Nous avions un terrain là-bas, l’accord du COGAT : tout était prêt. Puis, en mars, le cessez-le-feu a été rompu et l’armée israélienne a étendu son offensive. Nous avons donc opté pour Deir al-Balah, une zone plus sûre pour les personnes déplacées. »
« Nous avons échangé avec de nombreux interlocuteurs. Tous nous ont dit que notre projet était impossible, qu’il ne se réaliserait pas. Mais nous avons travaillé sans relâche. Et grâce à l’aide locale, nous avons réussi à créer le premier village, que nous avons baptisé « Academy of Hope » (académie de l’espoir). Nous avons pu acheter les matériaux et construire une structure pouvant recevoir 500 orphelins à ce stade, et que nous allons continuer à améliorer à l’avenir », a-t-il expliqué.
« Les enfants arrivent le matin. Ils retournent dans leurs familles d’accueil l’après-midi. Certains d’entre eux, à leur arrivée, n’avaient rien avalé depuis trois jours. Nous avons donc immédiatement contacté la World Central Kitchen. Nous avons ouvert le 26 juillet et, dès le 27, ils fournissaient des repas. Quand ils rentrent dans leurs familles, les enfants emportent un morceau de pain pour pouvoir survivre pendant la nuit. Nous sommes le premier et le seul établissement d’enseignement de toute la bande de Gaza et de Cisjordanie à proposer un programme scolaire favorable à Israël », a annoncé Hasan avec fierté.
« C’est pour ces raisons que je dis qu’il s’agit d’une mission impossible. Atterrir sur Mars serait peut-être plus facile. On voit des enfants en fauteuil roulant arriver avant même l’ouverture de l’école le matin, juste pour jouer. Certains portent des dispositifs externes pour soigner des fractures ou des blessures. Ils viennent simplement là pour jouer. En plus de l’éducation et des repas, ils bénéficient également d’un soutien psychologique. Ils ont la chance de se trouver en lieu sûr, de jouer ensemble, et d’oublier la guerre et ses images », a-t-il ajouté.
On voit des enfants en fauteuil roulant arriver avant même l’ouverture de l’école le matin, juste pour jouer. Certains portent des dispositifs externes pour soigner des fractures ou des blessures.
« À environ 20 mètres de l’académie, il y a un bâtiment de deux étages dans lequel travaillent un médecin et huit infirmières. Leur mission est de s’occuper des orphelins, et d’être là pour la communauté. Nous collaborons avec d’importantes organisations afin de pouvoir leur fournir des médicaments et du matériel pour la clinique », a poursuivi Hasan.
« Les besoins sont énormes », a-t-il souligné. « Dès que nous avons commencé, nous avons eu des dizaines d’enfants et d’adultes ayant besoin d’une dialyse ou de traitements contre le cancer. Et derrière l’école, nous avons construit une cuisine équipée de 12 grandes marmites, pour nous permettre de leur préparer à manger. »
World Central Kitchen distribue des repas aux enfants orphelins résidant à « l’Académie de l’espoir », à Deir al-Balah, le 16 août 2025. (Crédit : autorisation)
Créer une culture d’espoir, d’amour et de paix
Hasan, 50 ans, est né au Koweït dans une famille venue de Cisjordanie. Il avait 18 ans lorsqu’il a entamé ses études de médecine aux États-Unis. Aujourd’hui, c’est un chirurgien chevronné et un chercheur à l’université Duke. Dans une interview accordée l’an dernier au journal Haaretz, il a décrit les expériences difficiles qu’il a vécues lors de ses deux visites à Gaza.
Désormais, Hasan dirige des projets de lutte contre la malnutrition et de réhabilitation des enfants, avec l’objectif d’étendre cette réponse aussi largement que possible. L’aide humanitaire est loin de son domaine professionnel, mais il est déterminé à réussir.
« Demandez-moi ce que vous voudrez sur la neurochirurgie, et je vous répondrai. Mais dans ce domaine [humanitaire], je n’avais aucune expérience. Et quand on décide de prendre soin des autres, on se retrouve à lutter dans un combat de David contre Goliath face à la haine, à l’antisémitisme et à l’islamophobie. C’est ce qui nous distingue. Nous sommes des gens bien, qui voulons le meilleur pour tout le monde », a-t-il expliqué au Times of Israel lors d’une interview Zoom depuis son domicile en Caroline du Nord.
Notre objectif est de créer une culture d’espoir, d’amour, de paix, de tolérance et de compréhension de l’autre.
« Nous sommes extrêmement ambitieux. Nous allons tenter d’agrandir l’académie, et de toucher également les mères et les pères afin de leur proposer des formations. Nous utiliserons aussi le programme scolaire favorable à Israël pour les atteindre. Notre objectif ne se limite pas à aujourd’hui et demain. Il s’étend sur cinq, voire dix ans, afin de pouvoir créer une culture d’espoir, d’amour, de paix, de tolérance et de compréhension de l’autre », a-t-il confié.
Les objectifs que se fixe Hasan sont ambitieux : « Nous sommes dans une phase pilote. Pour l’instant, le projet vise 500 enfants et fonctionne bien. La prochaine étape sera de passer à 5 000 enfants, et peut-être de créer un réseau d’écoles. Mais l’environnement est fluide, dynamique. Nous ne savons pas quelle sera la prochaine étape. »
« Le gouvernement israélien a décidé qu’il allait avancer sur Gaza-City. J’ai immédiatement fait part de mes inquiétudes à l’un des responsables gouvernementaux. Je lui ai expliqué que si les enfants étaient déplacés, nous ne les retrouverions pas. Nous leur avons donné les coordonnées et les photos du village, et ils ont promis de le protéger », a-t-il déclaré.
« Nous avons reçu une réponse favorable du gouvernement israélien, qui nous aide et nous écoute. La situation est susceptible d’évoluer vers le meilleur ou vers le pire. Si le vent souffle dans le bon sens, nous pourrons nous développer rapidement. Sinon, nous nous efforcerons de préserver ce qui existe jusqu’à ce que la situation s’améliore », a-t-il indiqué.
« Ce projet est conçu pour donner de l’espoir. Nous voulons être un modèle pour l’avenir. La guerre a divisé, a poussé tout le monde dans un camp ou dans l’autre. Il n’y a plus personne au centre, et c’est un problème », a fait remarquer Hasan.
« Pour une paix significative, il faut de l’espoir, il faut une communication entre les peuples. Les gouvernements, c’est un autre sujet. Mais ici, où Israéliens, Juifs, Arabes et Palestiniens du monde entier travaillent main dans la main pour un objectif commun, cela permet de construire des liens plutôt que de la haine, de la colère et de la vengeance. Cela permet aussi de voir qu’il y a des êtres humains de l’autre côté, et de les apprécier davantage », a-t-il souligné.
Et Hasan de conclure : « C’est ce que j’espère. C’est mon message, celui que je veux faire résonner dans le monde entier. Il existe une graine d’espoir, que tout le monde souhaiterait nourrir pour qu’elle grandisse et devienne un arbre, qui à son tour donnera des fruits. Cette graine ne doit pas être sacrifiée. »
Traduit de l’article original publié sur Zman Yisrael, la version en hébreu du Times of Israel
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