Le Parlement allemand dénonce le mouvement de boycott comme étant « antisémite »
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Le Parlement allemand dénonce le mouvement de boycott comme étant « antisémite »

La polémique règne à l'approche du débat de vendredi au Bundestag portant sur trois résolutions anti-BDS - un des quatre grands partis et les deux autres par les deux extrêmes

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Bernd Baumann, membre du parti d'extrême droite Alternative pour l'Allemagne (AfD), premier président de l'AfD au Parlement, prononce son discours lors de la première session du Parlement nouvellement élu, le 24 octobre 2017, au Bundestag (ou chambre basse du Parlement) à Berlin. (AFP PHOTO / Odd ANDERSEN)
Bernd Baumann, membre du parti d'extrême droite Alternative pour l'Allemagne (AfD), premier président de l'AfD au Parlement, prononce son discours lors de la première session du Parlement nouvellement élu, le 24 octobre 2017, au Bundestag (ou chambre basse du Parlement) à Berlin. (AFP PHOTO / Odd ANDERSEN)

En pleine controverse croissante, le Parlement allemand devrait adopter vendredi une résolution condamnant le mouvement anti-israélien Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS). Le texte condamne le BDS comme étant antisémite et exhorte le gouvernement à ne pas financer ou soutenir des groupes ou activités qui remettent en question le droit d’Israël à exister et à se défendre.

Cette résolution non contraignante est parrainée conjointement par l’Union chrétienne-démocrate de la chancelière Angela Merkel et les sociaux-démocrates – les deux plus grands partis du Bundestag, qui forment la coalition au pouvoir – ainsi que par deux partis d’opposition : les Verts [Alliance 90 / Les Verts] et le Parti libéral-démocrate (FDP) – [Freie Demokratische Partei] pro-business.

En outre, les parlementaires voteront également sur deux autres résolutions contre le BDS, proposées par deux partis d’opposition : l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), d’extrême droite, et Die Linke, d’extrême gauche.

Le projet de l’AfD, le seul qui appelle le gouvernement à interdire le mouvement de boycott, a peu de chances d’obtenir une majorité. Le texte de Die Linke est le plus doux des trois, ce qui suffit à pousser Berlin à condamner « l’antisémitisme au sein » du mouvement BDS. Elle aussi n’a pratiquement aucune chance de passer.

La question de savoir comment l’Allemagne doit répondre aux appels au boycott de l’Etat juif a suscité une certaine controverse. Plusieurs détracteurs – dont un groupe d’universitaires israéliens et juifs – craignent que l’assimilation des appels au boycott à l’antisémitisme n’étouffe la liberté d’expression et déplorent l’absence de distinction entre Israël proprement dit et les implantations, qui sont pour beaucoup illégales selon l’opinion publique mondiale.

« Les méthodes du BDS sont antisémites »

« Il n’y a aucune justification légitime aux sentiments antisémites. Le ‘non’ catégorique à la haine des Juifs, quelle que soit leur nationalité, fait partie de la raison d’être de l’Allemagne », peut-on lire dans la résolution [allemande] soutenue par la coalition. « Il est intolérable que l’antisémitisme ait augmenté ces dernières années et continue d’inquiéter la communauté juive ».

Le projet de loi promet que l’Allemagne « s’opposera fermement » aux efforts visant à diffamer les Juifs ou à remettre en question « le droit à l’existence de l’Etat juif et démocratique d’Israël ou son droit à la légitime défense ».

Citant une « responsabilité historique particulière », la résolution réitère la déclaration de la chancelière Merkel selon laquelle la sécurité d’Israël fait partie de la raison d’être de l’Allemagne.

La chancelière allemande Angela Merkel prononce un discours lors d’une séance plénière du Bundestag, le 12 septembre 2018. (AP Photo/Markus Schreiber)

L’Allemagne continue à soutenir une solution à deux États, conformément à plusieurs résolutions des Nations unies, conduisant à un « État juif et démocratique d’Israël et à un État palestinien indépendant, démocratique et viable », peut-on lire dans la résolution.

S’attaquant spécifiquement au BDS, le texte déclare que « les appels au boycott dans leur nature radicale conduisent à la stigmatisation des citoyens israéliens et des citoyens de confession juive dans leur ensemble. C’est inacceptable et digne d’être condamné avec la plus grande fermeté. »

« Les arguments et les méthodes du mouvement BDS sont antisémites » et rappellent le passé nazi de l’Allemagne, affirme la résolution.

« Le Bundestag allemand condamne toutes les déclarations et attaques antisémites déguisées en critiques de la politique de l’Etat d’Israël, mais qui, en réalité, expriment de la haine envers les Juifs et leur religion, et va les combattre avec vigueur ».

La résolution se termine par un appel détaillé aux institutions fédérales et locales pour qu’elles n’accordent aucun financement ou soutien logistique aux groupes qui promeuvent le boycott d’Israël ou remettent en question son droit à l’existence.

Une manifestante tenant un écriteau « Boycott d’Israël, Libérez la Palestine » lors de journée Al-Qods à Berlin, le 9 juin 2018. (AFP PHOTO / Tobias SCHWARZ)

Selon le Spiegel Online, le journal d’information le plus lu d’Allemagne, les Verts et les sociaux-démocrates voulaient à l’origine ajouter une phrase à la résolution soulignant que la « critique des politiques du gouvernement israélien » relève des lois protégeant la liberté d’expression et doit rester autorisée.

Mais à la demande du Parti libéral-démocrate, cette clause a été supprimée parce que, comme l’a dit un député au site Web, « les critiques à l’égard des gouvernements étrangers sont légitimes et n’ont pas besoin d’une mention particulière ».

Il est peut-être ironique que la résolution soutenue par la coalition, qui devrait être adoptée à une large majorité, soit critiquée par le parti populiste Alternative pour l’Allemagne (AfD) comme étant trop complaisante envers le BDS.

Le parti, connu sous son acronyme allemand AfD, est tabou parmi les dirigeants de la communauté juive allemande et les responsables israéliens. L’ambassadeur de Jérusalem à Berlin, Jeremy Issacharoff, a réitéré la semaine dernière qu’il évite tout contact avec le parti, en raison de ses sentiments nostalgiques présumés envers l’Allemagne nazie.

La résolution alternative [en allemand] du parti dénonce la distinction faite par de nombreux membres de la communauté internationale entre Israël proprement dit et les implantations, notamment la demande d’apposer des étiquettes sur les produits israéliens fabriqués en Cisjordanie, comme une sorte de boycott. Le régime d’étiquetage institué par l’Union européenne et d’autres pays a créé une « reconnaissance économique de fait » d’un Etat palestinien indépendant, « sans que cela soit légitime sous quelle que forme que ce soit », déplore le texte de l’AfD.

Elle appelle non seulement le gouvernement à « interdire » le mouvement BDS, mais aussi à « reconnaître l’injustice faite aux résidents d’implantations juives en Palestine par les appels arabes au boycott, en coopération et coordination avec le régime nazi ».

La résolution soutenue par les factions dominantes laisse « une échappatoire pour les partis au pouvoir pour continuer à financer les groupes BDS, comme ils le font depuis des années », a accusé Petr Bystron, porte-parole de l’AfD pour la politique étrangère, dans un communiqué de presse publié mercredi.

« Le projet de loi du parti majoritaire veut seulement que le gouvernement cesse de financer les ‘événements du BDS’ et les ‘projets’, et non les groupes, et ne dit rien sur l’interdiction de tels groupes », a déploré le nouveau député.

Beatrix von Storch du parti Alternative pour l’Allemagne prononce un discours lors d’un congrès du parti à Hanovre, Allemagne, le 3 décembre 2017. (Hauke-Christian Dittrich/dpa via AP, file)

Beatrix von Storch, l’une des membres les plus éminentes de l’AfD, s’est engagée à « continuer à lutter contre l’utilisation abusive des fonds publics allemands pour soutenir les ONG anti-Israël ». Elle a co-fondé les Amis de la Judée et Samarie au Parlement européen, a déclaré le parti.

Le troisième projet, par l’extrême gauche Die Linke, condamne également l’antisémitisme et exprime une « solidarité illimitée » avec « l’émancipation historique » du peuple juif qui a abouti à la fondation de l’Etat d’Israël. En même temps, il reconnaît les souffrances des Palestiniens après la guerre d’Indépendance de 1948 et la guerre des Six Jours de 1967, notant que ces souffrances sont « profondément ancrées comme ‘nakba’ dans la mémoire collective palestinienne ».

La résolution Die Linke [en allemand] condamne également le BDS, bien qu’elle ne s’arrête pas à le qualifier d’antisémite. Elle dit plutôt que les appels au boycott sont inacceptables et doivent être déplorés « chaque fois qu’ils rappellent des positions antisémites soutenues par le fascisme nazi ».

Enfin, il appelle le gouvernement à « condamner tout antisémitisme au sein des appels du BDS au boycott des scientifiques, artistes et athlètes israéliens, ainsi que des biens et entreprises israéliens ».

Entre-temps, une pétition en ligne signée par plus de 60 universitaires israéliens et juifs affirme que « l’amalgame » entre les appels au boycott et l’antisémitisme « est faux, inacceptable et menace la base démocratique de l’Allemagne ».

Alors que certains des signataires – y compris des professeurs bien connus d’universités de Tel Aviv, Jérusalem, Haïfa, Beer Sheva, Londres et Paris – peuvent ne pas aimer le BDS, « nous rejetons tous l’affirmation fallacieuse selon laquelle le mouvement BDS est antisémite et nous défendons le droit de chaque personne et chaque organisation à le soutenir ».

L’ambassade d’Allemagne à Tel Aviv a refusé de commenter ces résolutions.

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