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Le procès d’un ex-gardien nazi, visage caché, s’est ouvert en Allemagne

Josef Schütz est poursuivi pour "complicité de meurtres" de 3 518 prisonniers lorsqu'il opérait dans le camp de concentration de Sachsenhausen

L'accusé Josef Schuetz se couvre le visage alors qu'il est assis dans la salle du tribunal à Brandenburg, en Allemagne, jeudi 7 octobre 2021. (AP Photo/Markus Schreiber)
L'accusé Josef Schuetz se couvre le visage alors qu'il est assis dans la salle du tribunal à Brandenburg, en Allemagne, jeudi 7 octobre 2021. (AP Photo/Markus Schreiber)

« L’accusé ne s’exprimera pas » sur les faits « mais donnera des informations sur sa situation personnelle », a déclaré Stefan Waterkamp, avocat de Josef Schütz, ancien garde d’un camp de concentration et l’un des derniers anciens nazis jugés en Allemagne.

Comparaissant libre, Schütz cachait son visage des photographes d’une pochette cartonnée. Le procès se tient exceptionnellement dans un gymnase, près du domicile de l’accusé pour lui épargner de longs déplacements.

Il a cependant répondu d’une voix claire au président du tribunal qui lui demandait de confirmer son identité et sa situation personnelle. L’homme vit dans le Brandebourg, région voisine de Berlin, est veuf depuis 1986 et a expliqué avec fierté qu’il allait « bientôt fêter (son) 101e anniversaire, le 16 novembre prochain! ».

Cette première audience d’une heure des 22 prévues a été consacrée à la lecture d’une partie des 134 pages de l’acte d’accusation par le procureur, Cyrill Klement.

L’accusé Josef Schuetz se couvre le visage alors qu’il est assis dans la salle du tribunal à Brandenburg, en Allemagne, jeudi 7 octobre 2021. (AP Photo/Markus Schreiber)

Josef Schütz, ancien caporal-chef de la division « Totenkopf » (Tête de mort) des Waffen-SS, est poursuivi pour « complicité de meurtres » de 3 518 prisonniers lorsqu’il opérait dans le camp de concentration de Sachsenhausen, non loin de Berlin, entre 1942 et 1945.

L’accusé avait 21 ans au début des faits. Il est notamment soupçonné d’avoir fusillé des prisonniers soviétiques, « d’aide et de complicité de meurtres systématiques » par gaz de type Zyklon B et « par détention de prisonniers dans des conditions hostiles ».

Entre son ouverture en 1936 et sa libération par les soviétiques le 22 avril 1945, le camp de Sachsenhausen a vu passer quelque 200 000 prisonniers, principalement des opposants politiques, des Juifs et des homosexuels.

Plusieurs dizaines de milliers d’entre eux périrent, victime principalement d’épuisement dû au travail forcé et aux cruelles conditions de détention.

L’entrée de l’ancien camp de concentration nazi de Sachsenhausen, à Oranienburg, le 16 avril 2020. (Crédit : Tobias SCHWARZ / AFP)

« Un salaud »

Sa volonté de ne pas s’exprimer sur les faits et notamment le refus d’un éventuel pardon a été accueilli froidement par les parties civiles venues chercher justice pour leurs proches.

« Je suis ému. Cela fait 80 ans que j’ai perdu mon père et ce type est un sale mec, un salaud qui refuse la possibilité de culpabilité », s’est exclamé auprès de l’AFP Antoine Grumbach, 79 ans. Ce Français assiste à l’ouverture du procès en mémoire de son père, engagé dans la résistance gaulliste et assassiné en mars 1944 à Sachsenhausen.

L’avocat de 11 des 16 parties civiles, dont sept survivants, Thomas Walther, s’est voulu plus confiant : « Pour les plaignants, le fait qu’il se soit présenté à son procès est déjà un signe positif et (…) quelque chose peut arriver. Peut-être un tel homme arrivera-t-il à la conclusion avant sa dernière heure qu’il veut encore s’expliquer sur son passé ».

Thomas Walther, avocat d’anciens prisonniers du camp d’extermination d’Auschwitz, lors d’une conférence de presse à Detmold, dans l’ouest de l’Allemagne, avant le procès d’un ancien SS, Reinhold Hanning, le 10 février 2016. (Crédit : PATRIK STOLLARZ / AFP)

Ce procès se déroule une semaine après celui avorté d’Irmgard Furchner, 96 ans, ancienne secrétaire d’un autre camp de concentration nazi. La lecture de l’acte d’accusation a été reportée au 19 octobre après sa tentative de fuite.

Depuis dix ans, l’Allemagne a jugé et condamné quatre anciens SS en élargissant aux gardiens de camps et autres exécutants de la machinerie nazie le chef d’accusation de complicité de meurtre, illustrant la sévérité accrue, quoique jugée très tardive par les victimes, de sa justice.

Ainsi Josef Schütz « n’est pas accusé d’avoir tiré sur quelqu’un en particulier, mais d’avoir contribué à ces actes par son travail de gardien et d’avoir été au courant que de tels meurtres avaient lieu dans les camps », explique la porte-parole du parquet de Neuruppin, Iris le Claire.

Théoriquement, il risque au minimum 3 ans de prison mais sa peine sera certainement symbolique vu son âge.

« La fonction principale de ce procès est mémorielle », explique Guillaume Mouralis, directeur de recherche au CNRS et membre du Centre Marc Bloch à Berlin.

En juillet 2020, un tribunal avait infligé une peine de deux ans de prison avec sursis à un ex-gardien du camp de Stutthof, Bruno Dey, 93 ans.

Huit autres dossiers d’anciens SS sont actuellement examinés par différents parquets allemands.

A LIRE – Thomas Walther: l’Allemagne a le « devoir » de juger des ex-nazis même centenaires

Le procès d’un ex-gardien de camp de concentration s’est ouvert jeudi en Allemagne.

Josef Schütz, ancien caporal-chef de la division « Totenkopf » (Tête de mort) des Waffen-SS, est poursuivi pour « complicité de meurtres » de 3 518 prisonniers lorsqu’il opérait dans le camp de concentration de Sachsenhausen, non loin de Berlin, entre 1942 et 1945.

L’audience a débuté jeudi en milieu de matinée à Brandenburg an der Havel, dans l’est de l’Allemagne, en présence de l’accusé âgé de 100 ans.

Comparaissant libre, Schütz cachait son visage des photographes d’une pochette cartonnée.

Il a cependant répondu d’une voix claire au président du tribunal qui lui demandait de confirmer son identité et sa situation personnelle. L’homme vit dans le Brandebourg, région voisine de Berlin, est veuf depuis 1986 et a expliqué avec fierté qu’il allait « bientôt fêter (son) 101e anniversaire, le 16 novembre prochain! ».

L’accusé avait 21 ans au début des faits. Il est notamment soupçonné d’avoir fusillé des prisonniers soviétiques et « d’aide et de complicité de meurtres par gaz » de type Zyklon B.

Entre son ouverture en 1936 et sa libération par les soviétiques le 22 avril 1945, le camp de Sachsenhausen a vu passer quelque 200 000 prisonniers, principalement des opposants politiques, des Juifs et des homosexuels. 

Plusieurs dizaines de milliers d’entre eux périrent, principalement par épuisement dû au travail forcé et aux cruelles conditions de détention.

Christoffel Heijer, 84 ans, assiste au procès : son père était résistant aux Pays-Bas et a été arrêté en 1941 par la Gestapo à Metz, avant d’être fusillé en mai 1942 dans le camp.

« Ma mère a reçu une lettre de lui le 3 mai 1942, avant qu’il ne soit fusillé. Lorsqu’elle a appris quelques jours plus tard qu’il était mort, elle a beaucoup pleuré et a soudainement eu des cheveux gris », se souvient-il.

Ce procès se déroule une semaine après celui avorté d’Irmgard Furchner, 96 ans, ancienne secrétaire d’un autre camp de concentration nazi. La lecture de l’acte d’accusation a dû être reportée au 19 octobre en raison de sa tentative de fuite.

Depuis dix ans, l’Allemagne a jugé et condamné quatre anciens SS en élargissant aux gardiens de camps et autres exécutants de la machinerie nazie le chef d’accusation de complicité de meurtre, illustrant la sévérité accrue, quoique jugée très tardive par les victimes, de sa justice.

Ainsi Josef S. « n’est pas accusé d’avoir tiré sur quelqu’un en particulier, mais d’avoir contribué à ces actes par son travail de gardien et d’avoir été au courant que de tels meurtres avaient lieu dans les camps », explique la porte-parole du parquet de Neuruppin, Iris le Claire.

Théoriquement, il risque au minimum 3 ans de prison mais sa peine sera certainement symbolique vu son âge.

En août, un médecin l’avait déclaré apte à comparaître, à condition de limiter les 22 audiences prévues jusqu’à début janvier à deux heures maximum. Le procès se tient exceptionnellement dans un gymnase, situé à proximité du domicile de l’accusé, afin de lui épargner de longs déplacements.

« Il est en grande partie en bonne santé et ne montre aucun signe de démence naissante. On peut affirmer qu’il est mentalement et spirituellement très sain », affirme à l’AFP Thomas Walther, l’avocat de 11 des 16 parties civiles de ce procès, dont sept survivants.

Peu d’éléments sur sa vie sont connus : après son retour de captivité en 1947, il aurait mené une existence discrète comme serrurier dans le Land de Brandebourg, voisin de Berlin, sans être inquiété, selon le journal Bild.

« J’espère qu’il dira ‘j’ai fait le con, j’ai honte’ mais surtout qu’il sera condamné à une peine avec sursis », déclare Antoine Grumbach, 79 ans, défendu par M. Walther. Ce Français assiste à l’ouverture du procès en mémoire de son père, engagé dans la résistance gaulliste et assassiné en mars 1944 à Sachsenhausen. 

« La fonction principale de ce procès est mémorielle », explique Guillaume Mouralis, directeur de recherche au CNRS et membre du Centre Marc Bloch à Berlin. 

En juillet 2020, un tribunal avait infligé une peine de deux ans de prison avec sursis à un ex-gardien du camp de Stutthof, Bruno Dey, 93 ans. 

Huit autres dossiers d’anciens SS sont actuellement examinés par différents parquets allemands. 

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