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Le programme Taglit-Birthright réinstaure sa limite d’âge à 26 ans

La décision de se recentrer sur les étudiants intervient dans un contexte de pression sur la durabilité et le modèle de l'organisation

Des participants de Taglit au Mémorial de Yad Vashem durant l'été 2012 (Crédit : Taglit-Birthright Israel - autorisation Yad Vashem/JTA)
Des participants de Taglit au Mémorial de Yad Vashem durant l'été 2012 (Crédit : Taglit-Birthright Israel - autorisation Yad Vashem/JTA)

JTA – Cinq ans après avoir relevé la limite d’âge pour les participants aux voyages en Israël, Taglit-Birthright Israel est revenu à une politique de financement de voyages gratuits uniquement pour les jeunes adultes de 26 ans et moins.

Cet été sera la dernière chance pour les Juifs âgés de 27 à 32 ans de participer à l’expérience Taglit, à l’exception de toute personne plus âgée qui s’était inscrite pour un voyage annulé en raison de la pandémie, a confirmé un porte-parole de l’organisation à but non lucratif.

Les voyages, conçus pour donner aux jeunes juifs (principalement américains) un cours accéléré sur l’histoire et la culture israéliennes dans l’espoir de les convaincre de rester impliqués dans la vie juive et les causes pro-israéliennes, sont proposés à tout jeune adulte juif âgé de 18 ans et plus qui n’a jamais été en Israël, ou dont le précédent voyage en Israël a duré moins de trois mois.

Lancés en 1999, les voyages Taglit-Birthright Israel ont attiré environ 45 000 participants chaque année avant que la pandémie n’interrompe les voyages internationaux ; ils ont également suscité de plus en plus de critiques de la part -entre autres-des juifs libéraux , selon lesquels ils présentent une vision d’Israël néfastes aux Palestiniens en Israël et en Cisjordanie.

Taglit avait relevé sa limite d’âge supérieure d’éligibilité à 32 ans en 2017, pour refléter ce que Gidi Mark, PDG international de Taglit-Birthright, avait déclaré être un changement culturel plus large des jeunes adultes retardant les décisions importantes de la vie (se marier et avoir des enfants) à plus tard.

Mais cette décision a également incité des jeunes adultes juifs à reporter leur engagement avec Israël, a conclu le groupe – un retard significatif compte tenu de ce qu’il a qualifié de climat difficile sur les campus universitaires.

« L’extension de l’âge limite à 32 ans a poussé les jeunes de 26 ans à reporter leur voyage », a déclaré le porte-parole à l’Agence télégraphique juive. « Nous pensons qu’en créant un calendrier de participation plus structuré, les jeunes feront d’un voyage Taglit-Birthright en Israel une priorité à un moment où ils pourront pleinement s’engager et en bénéficier. »

Le recentrage sur les étudiants de premier cycle et les étudiants diplômés, a déclaré le porte-parole, permet également à Taglit de répondre à « l’augmentation des cas d’antisémitisme et de manque de compréhension d’Israël sur les campus universitaires à travers le monde ».

Le changement intervient peu de temps après que Birthright a annoncé qu’il fusionnerait avec Onward Israel, qui organise des programmes israéliens étendus pour les 19 à 27 ans, sans oublier les multiples pressions faites sur la durabilité et le modèle de Birthright.

Michael Steinhardt, président de WisdomTree Investments Inc., pendant une interview à New York, aux États-Unis, le 12 avril 2012. (Crédit : Scott Eells/Bloomberg via JTA)

Alors que le groupe reçoit le soutien d’un large éventail de donateurs – l’organisation affirme qu’elle gère un budget de 150 millions de dollars – son fondateur et donateur le plus important, Michael Steinhardt, a rencontré des problèmes répétés ces dernières années.

En effet, Steinhardt a été accusé par plusieurs femmes d’inconduite sexuelle en 2019 et a conclu un accord pour éviter les poursuites pour pillage et commerce illégal d’antiquités israéliennes millénaires l’année dernière. Dans le cadre de son accord, il a cédé pour 70 millions de dollars d’antiquités.

De plus, le magnat des casinos Sheldon Adelson, un donateur majeur et une voix influente dans la direction du programme, est décédé l’année dernière.

Taglit a également obtenu le soutien du Genesis Philanthropy Group, qui a été fondé par trois Juifs russes qui pourraient désormais faire face à des sanctions en raison de la guerre de la Russie contre l’Ukraine.

Taglit, qui a également reçu un financement important de l’État d’Israël lui-même, n’a pas souhaiter répondre aux questions sur son implication avec Steinhardt ni sur le fait qu’elle soit toujours financée par la famille Adelson. Son site Web reconnait le rôle de Steinhardt dans sa fondation et le répertorie comme membre honoraire du conseil d’administration.

Selon une étude sur la première décennie de Taglit publiée en 2020, les Juifs qui ont participé à Taglit-Birthright étaient plus susceptibles que leurs pairs qui ont postulé mais qui ne sont pas partis en voyage, d’épouser des partenaires juifs et de se sentir connectés à Israël, deux des objectifs principaux de l’initiative. Mais le groupe évolue dans un climat très différent de celui de son lancement. Des données récentes sur les Juifs américains du Pew Research Center montrent qu’un nombre croissant de Juifs plus jeunes et moins religieux – le public cible de Taglit – se sentent déconnectés de l’État moderne d’Israël, et plus d’un sur 10 soutient le mouvement de boycott, de désinvestissement et de sanctions d’Israël.

Taglit a été directement tenue pour responsable de ce sentiment. En 2018 et 2019, des militants juifs du groupe IfNotNow, qui cherche à amener les Juifs américains à agir contre l’occupation par Israël des territoires palestiniens, ont mené une vaste campagne contre Taglit-Birthright ; certains participants au voyage sont sortis en signe de protestation, tandis que d’autres ont été arrêtés devant le bureau de Taglit-Birthright à Manhattan et ont interrompu un discours du président de l’époque, Donald Trump, aux juifs républicains.

Ces manifestations ont peut-être contribué à ce que Taglit-Birthright devienne de plus en plus un point d’éclair pour les jeunes juifs progressistes et d’autres qui disent que les voyages blanchissent l’occupation israélienne des territoires palestiniens. Révélateur du contexte actuel, un roman sur un voyage de type Taglit a suscité de vives critiques bien avant sa sortie le mois dernier.

Le voyage a également été parodié dans plusieurs épisodes de l’émission Comedy Central « Broad City », qui dépeignait ses héroïnes juives s’inscrivant pour un voyage gratuit « Birthmark » en Israël – au cours duquel elles ont été contraintes de trouver des compagnons juifs appropriés.

Environ 25 000 personnes devraient faire des voyages Taglit-Birthright cet été, selon le porte-parole du groupe. Les voyages ont repris l’automne dernier après un an et demi d’interruption, à quelques exceptions près, en raison de la pandémie.

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