Les élus arabes soutiennent les émeutiers de Gaza ; l’opposition divisée
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Les élus arabes soutiennent les émeutiers de Gaza ; l’opposition divisée

Avi Gabbay et Yair Lapid sont en faveur de l’usage de balles réelles pour protéger la frontière alors que d’autres députés de gauche affirment que l’armée commet un crime moral

Les Palestiniens participent à des manifestations près de la frontière avec Israël à l'est de Jabalia, dans le nord de la bande de Gaza, le 30 mars 2018 (AFP / Mohammed Abed)
Les Palestiniens participent à des manifestations près de la frontière avec Israël à l'est de Jabalia, dans le nord de la bande de Gaza, le 30 mars 2018 (AFP / Mohammed Abed)

Samedi, des législateurs arabes israéliens ont exprimé leur soutien aux manifestants palestiniens à la frontière de Gaza et ont rejoint les appels de la gauche pour une enquête sur la réponse militaire israélienne dans les affrontements, alors que les dirigeants d’autres partis de centre gauche soutiennent fermement l’armée israélienne.

L’opposition politique était divisée sur l’utilisation de la force contre les manifestants de Gaza, avec Avi Gabbay de l’Union sioniste et Yair Lapid de Yesh Atid qui soutenaient l’armée dimanche. Gabbay a déclaré qu’il n’avait « aucun doute que les soldats faisaient tout pour réduire le nombre de victimes » et Lapid a affirmé qu’il était « fier » de l’armée.

Ces positions se distinguaient nettement des commentaires formulés par les partis de la Liste arabe unie et de Merez qui ont fortement condamné l’utilisation de balles réelles.

« Ouvrir le feu contre des manifestants prouve qu’Israël choisit le chemin de la force et de la violence délibérée », a déclaré la Liste arabe unie dans un communiqué. « Toutes les nations qui ont été sous l’occupation ont combattu contre leurs occupants, et la nation palestinienne est comme n’importe quelle autre nation ».

À gauche, le chef du parti travailliste Avi Gabbay, lors d’une conférence à Tel Aviv le 11 juillet 2017 ; Yair Lapid a une conférence à Herzliya, le 22 juin 2017. (Crédits : Miriam Alster/Flash90 ; Jack Guez/AFP/Getty Images via JTA)

L’armée israélienne a identifié samedi soir 10 des 15 personnes qui auraient été tuées lors des manifestations violentes le long de la barrière de sécurité de Gaza comme des membres du groupe terroriste palestinien, et a publié une liste avec leurs noms et leurs positions dans les organisations.

Tamar Zandberg, la nouvelle chef du parti de gauche Meretz, a appelé, tôt samedi, les autorités israéliennes à ouvrir une enquête sur les affrontements. Elle a aussi insinué que l’armée israélienne semblait enclin à utiliser des armes mortelles.

Zandberg a été suivie par Issawi Frej, un député du même parti, qui a également demandé une enquête. « Un état dont les soldats tirent pour tuer afin de protéger une barrière commet un crime moral », a-t-il déclaré.

Tamar Zandberg, Parlementaire issue du parti Mertez lors d’une séance de la Knesset le 24 février 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le nombre de morts et les images des événements diffusées sur les réseaux sociaux et ailleurs, y compris une vidéo diffusée sur des média palestiniens qui montre apparemment un jeune de 18 ans être abattu alors qu’il s’éloigne en courant de la frontière, a déclaré Zandberg, « exigent une enquête indépendant par Israël, y compris une enquête sur les règles d’engagement du combat et la préparation militaire et politique aux événements ».

« C’est le devoir d’Israël de savoir ce qui s’est passé là-bas, et c’est aussi dans son intérêt [de savoir] éviter un autre épisode de violence. Nous ne devons pas autoriser qu’une politique de la ‘gachette facile’ conduise à la perte de nombreuses vies innocentes », a-t-elle écrit sur les réseaux sociaux.

Yoel Hasson, député de l’Union sioniste, a répondu à Zandberg samedi soir. « Il n’y a rien à enquêter et rien à vérifier, l’armée israélienne fait tout ce qui est nécessaire pour protéger les communautés en périphérie de Gaza et la frontière », a-t-il déclaré.

Des milliers de Palestiniens ont marché vers la frontière de Gaza avec Israël vendredi dans la plus importante manifestation du genre de la mémoire récente, demandant que les Palestiniens soient autorisés à revenir sur la terre que leurs ancêtres ont quitté à partir de la Guerre d’Indépendance en 1948. La manifestation a été appelée la « Marche du Retour ».

Le ministère de la Santé de Gaza, contrôlé par le Hamas, a déclaré que les tirs israéliens ont tué 15 Gazaouis lors de la marche, et blessé plus de 1 400 personnes dans la journée de conflit la plus mortelle depuis la guerre de Gaza en 2014. Les soldats israéliens ont utilisé des balles réelles, de balles en caoutchouc, du gaz lacrymogène pour empêcher des milliers de Gazaouis de tenter de s’approcher de la frontière.

Le Hamas, groupe terroriste qui a juré la destruction d’Israël, a reconnu samedi que cinq membres de son aile militaire étaient parmi les morts. Il a déclaré qu’ils « prenaient part aux événements populaires » avec d’autres Gazaouis.

Un jeune Palestinien blessé est porté par d’autres manifestants lors d’affrontements, après une manifestation près de la frontière avec Israël à l’est de la ville de Gaza afin de commémorer le Jour de la Terre, le 30 mars 2018 (AFP / MAHMUD HAMS)

L’armée israélienne a déclaré que les manifestants palestiniens lançaient des bombes incendiaires et des pierres aux soldats, faisaient rouler des pneus enflammés dans leur direction, cherchaient à rompre et à endommager la barrière de la frontière, et ont ouvert le feu lors d’un incident.

Ronen Manelis, général de brigade et porte-parole de l’armée, a déclaré samedi que tous ceux qui ont été tués ont participé à la violence, ajoutant que les officiels de la santé de Gaza exagéraient le nombre des blessés et que plusieurs dizaines de personnes, tout au plus, avaient été blessés par des balles réelles alors que les autres avaient simplement été secoués par le gaz lacrymogène et d’autres outils anti-émeutes.

Manelis a déclaré, vendredi, que l’armée faisait face « à une manifestation terroriste violente à six endroits » de long de la barrière. Il a déclaré que l’armée israélienne a ouvert « le feu avec précision » à chaque tentative de rompre ou d’endommager la barrière de sécurité. « Toutes les victimes étaient âgées entre 18 et 30 ans, nous connaissions plusieurs victimes, et au moins deux d’entre elles étaient des membres des forces commando du Hamas », a-t-il dit.

Samedi, Manelis a réaffirmé qu’Israël « ne permettra pas de brèche importante de la barrière de sécurité dans le territoire israélien ».

Il a déclaré que le Hamas et que d’autres groupes terroristes gazaouis utilisent les manifestations comme une couverture pour organiser des attaques. Si la violence continue, « nous ne pourrons pas continuer à limiter notre activité à la zone de la barrière et continuerons à agir contre ces organisations terroristes dans d’autres endroits également », a-t-il déclaré.

La violence s’est calmée vendredi soir et des manifestations plus petites ont été rapportées samedi.

Les organisateurs de la manifestation ont déclaré que des marches massives continueraient jusqu’au 15 mai, l’anniversaire de la création de l’Etat d’Israël. Les Palestiniens célèbrent cette date comme leur « nakba », ou catastrophe, quand des centaines de milliers d’entre eux sont partis ou ont été forcés de partir pendant la Guerre d’Indépendance de 1948. La grande majorité des deux millions de Gazaouis sont leurs descendants.

Le Hamas s’est félicité de la marche et des manifestations prévues pendant six semaines, alors que le chef de Gaza, Ismail Haniyeh, a déclaré dimanche que les manifestations marquaient le début du retour des Palestiniens dans « toute la Palestine ».

« Nous sommes ici pour déclarer aujourd’hui que notre peuple ne sera pas d’accord pour garder le ‘droit du retour’ à l’état de simple slogan », a-t-il expliqué.

Yahya Sinwar, le chef du Hamas à Gaza, a déclaré dans un discours aux manifestants vendredi que la « Marche du Retour… ne sarrêtera pas tant que nous aurons pas enlevé cette frontière provisoire. Les manifestations de vendredi, a-t-il expliqué, « marquent le début d’une nouvelle phase dans la lutte nationale palestinienne sur la route de la libération et de retour [des réfugiés palestiniens et de leurs descendants dans leurs anciens foyers à l’intérieur d’Israël] ».

La « Marche du Retour », a ajouté Sinwar, « affirme que notre peuple ne peut pas céder un pouce de la terre de Palestine ».

Lors des précédentes négociations de paix, les Palestiniens ont toujours exigé, avec la souveraineté en Cisjordanie, à Gaza et à Jérusalem Est, et la Vieille Ville, un « droit du retour » en Israël pour les réfugiés palestiniens qui ont quitté ou ont été forcés de quitter leur terre quand Israël a été établi. Les Palestiniens exigent ce droit non seulement pour ceux des centaines de milliers de réfugiés qui sont encore en vie – un chiffre estimé autour de dizaines de milliers – mais aussi pour leurs descendants, qui se comptent en millions.

Aucun gouvernement israélien ne serait susceptible d’accepter cette exigence, puisqu’elle mettrait fin à Israël comme un état à majorité juive. La position d’Israël est que les réfugiés palestiniens et leurs descendants deviendraient des citoyens d’un Etat palestinien à la fin du processus de paix, comme les Juifs, qui ont quitté ou ont été forcés de quitter des pays du Moyen-Orient par des gouvernements hostiles, sont devenus des citoyens d’Israël.

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