Les républicains fustigent la ‘rançon’ de 400 M $ à l’Iran
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Les républicains fustigent la ‘rançon’ de 400 M $ à l’Iran

La Maison Blanche dément avoir payer une rançon pour la libération des citoyens américains

Le pasteur américain Saeed Abedini (Crédit : @olusheyi31 via Twitter/File)
Le pasteur américain Saeed Abedini (Crédit : @olusheyi31 via Twitter/File)

WASHINGTON – Le président de la Chambre des représentants, Paul Ryan, a fustigé mercredi ce qui a décrit comme la « saga actuelle de désinformation du peuple américain » de l’administration Obama concernant les négociations avec l’Iran. Des républicains en vue du Congrès ont répondu avec une colère unanime à l’information que l’administration avait payé 400 millions de dollars de rançons pour assurer la libération des Américains détenus par la République islamique.

Selon le Wall Street Journal, le gouvernement des Etats-Unis a secrètement transporté 400 millions de dollars en liquide en Iran au moment de la libération en janvier de quatre prisonniers américains.

L’article cite des responsables américains et européens, et des employés du Congrès informés de l’opération après son achèvement. L’argent, en euros, en francs suisses et dans d’autres devises, a été apporté en Iran sur des palettes de bois. Il a été obtenu auprès des banques centrales des Pays-Bas et de Suisse, selon le quotidien.

L’argent faisait partie d’un accord d’1,7 milliard de dollars que l’administration Obama avait conclu avec l’Iran après l’échec d’une vente d’armes signée en 1979, avant la chute du Shah Mohammad Reza Pahlavi, le dernier monarque d’Iran.

Quand il a annoncé l’accord, juste après la libération des otages américains en Iran, dont le chef du bureau de Téhéran du Washington Post, Jason Rezaian, le président Barack Obama n’avait pas mentionné de paiement en liquide.

« S’il est avéré, cet article confirme nos soupçons sur l’administration, qui aurait payé une rançon en échange des Américains injustement détenus en Iran », a écrit Ryan dans un communiqué mercredi, quelques heures après la publication de l’article du Wall Street Journal.

Les Etats-Unis n’ont pas le droit de passer des transactions en dollars avec l’Iran, ce qui explique pourquoi les fonds ont été transportés en devises étrangères et via l’Europe.

L’administration affirme que le transfert de devises n’avait rien à voir avec les Américains qui ont été libérés par l’Iran au moment où l’argent liquide a atteint sa destination. Il s’agit en fait, affirme-t-elle, des intérêts sur plus d’un milliard de dollars dus par Washington à l’Iran en raison de l’échec d’une vente d’armes remontant à plus de 30 ans.

Le porte-parole de la Maison Blanche Josh Earnest (Capture d'écran: YouTube / The White House)
Le porte-parole de la Maison Blanche Josh Earnest (Capture d’écran: YouTube / The White House)

« Ces 400 millions de dollars sont en fait de l’argent que les Iraniens ont payé sur un compte américain en 1979 dans le cadre d’une transaction d’achat de matériel militaire. Cet équipement militaire, en rapport avec les 400 millions, n’a pas té fourni aux Iraniens en 1979 parce que le shah d’Iran a été renversé », a déclaré mercredi aux journalistes le porte-parole de la Maison Blanche, Josh Earnest. « Il était difficile pour les Etats-Unis dans ce cas de faire valoir ses arguments et de simplement garder l’argent. »

Earnest a souligné que les réactions des républicains au premier article démontraient simplement « à que point les mauvais opposants à l’accord iranien luttent pour justifier leur opposition ».

Ryan a également lié l’article à l’environnement diplomatique entourant l’accord nucléaire iranien, toujours controversé. Le paiement, a déclaré Ryan, « marque également un autre chapitre de la saga actuelle de désinformation du peuple américain pour vendre ce dangereux accord nucléaire. »

Bien que l’accord soit entré en œuvre en début d’année, il est toujours un pilier du cycle électoral de 2016, la candidate démocrate Hillary Clinton répétant son soutien, alors que le candidat républicain Donald Trump a alternativement promis de le révoquer ou de d’augmenter la sévérité de son application.

Paul Ryan, président républicain de la Chambre des représentants des Etats-Unis, prend la parole lors d'une conférence de l'AIPAC à Washington, le 21 mars 2016. (Crédit photo : capture d'écran AIPAC/JLTV)
Paul Ryan, président républicain de la Chambre des représentants des Etats-Unis, prend la parole lors d’une conférence de l’AIPAC à Washington, le 21 mars 2016. (Crédit photo : capture d’écran AIPAC/JLTV)

Le Congrès étant en vacances au mois d’août, Ryan n’a pas immédiatement proposé de moyens législatifs pour répondre à ses préoccupations. Il a plutôt délivré un appel plus vague à l’action, affirmant que « le public mérite une explication des moyens que cette administration a utilisé pour rendre service au premier état sponsor du terrorisme au monde. »

D’importants républicains de la Chambre et du Sénat ont affirmé mercredi que le transfert de fonds ébranlerait la sécurité américaine, notamment en encourageant l’Iran à détenir plus d’Américains, dans l’espoir d’obtenir plus d’argent. Comme Ryan, ils n’ont cependant pas proposé d’initiatives législatives.

« La logistique de ce paiement, livrer littéralement un avion plein d’argent liquide pour échapper à la loi américaine, montre à nouveau les détours extraordinaires qu’utilise l’administration Obama pour servir l’Iran, tout en cachant ce fait au Congrès et au peuple américain », a écrit Ed Royce, président de la commission des Affaires étrangères de la Chambre. « Des centaines de millions dans les poches d’un régime terroriste, cela signifie une région plus dangereuse, point. Et payer des rançons ne fait que mettre plus d’Américains en danger. »

Le sénateur Mark Kirk, qui bataille pour garder son siège dans l’Illinois, a également prévenu que l’accord compromettait la sécurité des Américains.

« Payer des rançons aux ravisseurs ne fait que mettre plus d’Américains en danger, a-t-il écrit. « Alors que les Américains étaient soulagés de la libération, longuement attendue, des otages américains détenus illégalement par l’Iran, la politique d’apaisement de la Maison Blanche a entraîné l’Iran à capturer illégalement plus d’otages américains. »

Le journaliste du Washington Post Jason Rezaian, au centre, avec son épouse, Yeganeh Salehi, et sa mère, Mary Reazaian, en Allemagne après sa libération d'une prison iranienne, le 20 janvier 2016. (Crédit : capture d'écran YouTube)
Le journaliste du Washington Post Jason Rezaian, au centre, avec son épouse, Yeganeh Salehi, et sa mère, Mary Reazaian, en Allemagne après sa libération d’une prison iranienne, le 20 janvier 2016. (Crédit : capture d’écran YouTube)

Le journaliste du Washington Post Jason Rezaian, l’ancien marine américain Amir Hekmati, le pasteur chrétien Saeed Abedini, et Nosratollah Khosravi-Roodsari ont été libérés en janvier, dans un geste que les responsables de l’administration ont annoncé comme un emblème des avantages potentiels d’une communication améliorée avec Téhéran.

Le sénateur Ted Cruz, ancien candidat à la primaire républicaine, a souligné mercredi que la libération des prisonniers était, en fait, emblématique de la nouvelle relation, qu’il a décrite comme une « série de pots-de-vin et d’accords secrets ».

« La révélation que l’administration Obama a payé une rançon pour les trois Américains injustement détenus par la République islamique d’Iran avec 400 millions de dollars en liquide n’est que la preuve la plus récente que ce soi-disant accord nucléaire avec les mollahs est fondamentalement illégitime », a déclaré Cruz.

« Ce n’est rien d’autre qu’une série de pots-de-vin et d’accords secrets qui ne fera rien pour empêcher l’Iran d’atteindre ses capacités nucléaires, et fournira pourtant des financements pour leur parrainage du terrorisme, et les encouragera à emprisonner plus de nos citoyens. Cet ‘accord’ devrait être déchiré immédiatement avant que plus de dommages ne soient commis. »

L’opposition à l’accord nucléaire est un des rares sujets qui a unifié les républicains pendant une année électorale de plus en plus clivante. Du candidat Trump aux membres modérés du Congrès, les Républicains ont condamné l’accord, l’une des initiatives emblématiques de la politique étrangère de l’administration Obama.

Mais avec le départ de 400 millions de dollars, et les plus longues vacances de Congrès de l’année, la tempête de plainte de mercredi ne semble mener à aucune action particulière de la part des républicains.

JTA a contribué à cet article.

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