Les Palestiniens vont arrêter d’appliquer les accords avec Israël, dit Abbas
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Les Palestiniens vont arrêter d’appliquer les accords avec Israël, dit Abbas

Le chef de l'AP a annoncé la création d'une commission qui étudiera la mise en place de cette initiative, clamant qu'Israël s'est soustrait à "toutes ses obligations"

Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas parle aux leaders palestiniens à la Muqata, siège de l'Autorité palestinienne à Ramallah, en Cisjordanie, le 25 juillet 2019 (Crédit : Agence de presse Wafa)
Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas parle aux leaders palestiniens à la Muqata, siège de l'Autorité palestinienne à Ramallah, en Cisjordanie, le 25 juillet 2019 (Crédit : Agence de presse Wafa)

Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a annoncé jeudi que l’AP cesserait de mettre en œuvre ses accords avec Israël, annonçant la formation d’une commission qui sera chargée d’étudier la mise en pratique de cette décision.

Dans un discours féroce prononcé au cours d’une réunion de hauts-responsables au siège de l’AP, à Ramallah, Abbas a indiqué que cette décision avait été prise « face à l’insistance de l’autorité d’occupation à renier tous les accords signés ».

Abbas a expliqué que l’AP arrêtera le travail « en lien avec les conventions signées avec les Israéliens et commercera à établir dès demain des mécanismes pour ce faire, avec la formation d’une commission qui sera chargée de mettre en pratique cette décision ».

Il n’a pas donné de détails sur les accords spécifiques concernés.

Les deux gouvernements travaillent de concert sur un certain nombre de dossiers qui vont de l’eau à la sécurité. Une cessation de la coopération pourrait avoir un impact sur la sécurité en Cisjordanie.

Abbas a menacé à de multiples occasions d’abroger les accords conclus avec Jérusalem. Il est difficile de dire pour le moment si les propos qu’il a tenus jeudi indiquent réellement un changement significatif de politique.

Le leader de l’Autorité palestinienne a fustigé la démolition, cette semaine, d’habitations dans le quartier palestinien de Sur Baher, situé aux abords de Jérusalem-Est, dénonçant « une violation de la légitimité internationale et des accords qui ont été signés par nous et par eux, un problème qui ne peut s’apparenter qu’à un nettoyage ethnique et à un crime commis contre l’humanité ».

Il a ajouté qu’Israël « a décidé de renier toutes ses obligations souscrites par le biais des accords signés » et continue « à tuer et à arrêter des citoyens palestiniens, à démolir leurs maisons, à saisir leurs terres, à fermer les routes avec des centaines de barrages routiers, à construire des murs qui sapent la contiguïté des territoires palestiniens et à imposer une politique de séparation raciste – l’apartheid ».

Un bâtiment palestinien est détruit par les forces israéliennes dans le village de Sur Baher, au sud de Jérusalem, le 22 juillet 2019. (Wisam Hashlamoun/Flash90)

Abbas a ajouté que l’administration américaine encourageait Israël à agir de cette façon et qu’elle « couvre les violations israéliennes commises à l’encontre de notre population ».

Il a souligné que tandis que « nos mains sont encore tendues pour la paix parce que nous croyons en une paix authentique, équitable et permanente… Nous ne nous rendrons pas ou nous ne coexisterons pas avec l’occupation ».

Les relations entre le gouvernement d’Abbas et l’Etat juif ont empiré ces derniers mois.

Au mois de février, Jérusalem a décidé de déduire la somme d’environ dix millions de dollars par mois des revenus fiscaux engrangés au nom des Palestiniens, ce qui correspond, selon les autorités israéliennes, au montant payé par l’AP aux familles des prisonniers ou directement aux détenus palestiniens qui sont incarcérés dans les prisons israéliennes.

Israël estime que ces paiements encouragent les attentats terroristes tandis que les Palestiniens clament qu’ils ne font qu’aider des familles qui ont souvent perdu leur principale source de revenu.

En réponse, les Palestiniens ont refusé d’accepter les 180 millions de dollars de revenus fiscaux dans leur totalité jusqu’à la restitution des versements entiers, plongeant le gouvernement d’Abbas dans une crise financière.

Lundi, le bureau d’Abbas a qualifié de « massacre » les démolitions de Sur Baher, disant qu’Israël endossait « la pleine responsabilité de cette escalade dangereuse contre des Palestiniens innocents ».

Pour sa part, Saeb Erekat, secrétaire-général du comité exécutif de l’Organisation de libération de la Palestine, a qualifié ces destructions de « crime de guerre » sur Twitter.

La majorité des bâtiments rasés par l’Etat juif étaient situés dans une partie du quartier qui, selon les accords conclus entre Israël et l’OLP, se trouverait sous le contrôle administratif de l’Autorité palestinienne.

La majorité des habitations détruites étaient encore en cours de construction.

Les propriétaires de ces biens affirment avoir reçu des permis de construire auprès des autorités de l’AP à Ramallah.

Mais Israël a affirmé que la construction de ces structures violait une ordonnance militaire émise en 2011 interdisant l’édification d’immeubles dans les zones adjacentes à la barrière de sécurité.

Le ministre de la Sécurité intérieure, Gilad Erdan, a déclaré lundi que, sous les termes des accords d’Oslo, l’Etat juif avait le droit de démolir des habitations présentant un risque sécuritaire.

Cette initiative de démolitions israéliennes a été condamnée par la communauté internationale, notamment par la France, la Jordanie, le Qatar, l’Union européenne et les Nations unies, qui ont clamé que ces destructions sapaient les chances de paix et pouvaient contrevenir au droit international.

Au début de l’année, la Haute cour de justice avait rejeté une plainte déposée par les propriétaires de ces biens immobiliers qui, tous, bénéficient d’un droit de résidence israélien et qui réclamaient l’annulation de l’ordonnance militaire interdisant les constructions à des endroits jouxtant la barrière de sécurité.

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