Rechercher

Les « souvenirs de la guerre ont resurgi »: le traumatisme d’un témoin des JO de Munich

"Sur le plan moral, il y a beaucoup de choses qui sont tout simplement incompréhensibles" dans la gestion des Jeux après la tragédie, confie un ex-handballeur est-allemand

L'ancien joueur de handball Klaus Langhoff, qui a été témoin du saccage des Jeux olympiques de Munich en 1972, montre l'une de ses photos lors d'un entretien avec l'AFP à Rostock, dans le nord-est de l'Allemagne, le 25 août 2022. (Crédit : Tobias Schwarz / AFP)
L'ancien joueur de handball Klaus Langhoff, qui a été témoin du saccage des Jeux olympiques de Munich en 1972, montre l'une de ses photos lors d'un entretien avec l'AFP à Rostock, dans le nord-est de l'Allemagne, le 25 août 2022. (Crédit : Tobias Schwarz / AFP)

Les « souvenirs » de la Seconde Guerre mondiale ont « resurgi » : 50 ans après la sanglante prise d’otages des JO de Munich, le traumatisme d’un témoin direct, l’ex-handballeur est-allemand Klaus Langhoff, reste profond.

Le 5 septembre 1972, Klaus Langhoff, capitaine de la sélection de RDA de handball, et ses coéquipiers occupent un appartement juste en face de celui des athlètes israéliens attaqués par le commando palestinien « Septembre noir ».

Les handballeurs se retrouvent ainsi aux premières loges de l’attaque terroriste inédite qui va viser les Jeux et s’achever par un bain de sang après une intervention policière sur une base militaire.

« J’ai été réveillé, ça devait être vers 05h30, par le secrétaire général. Il est venu me voir dans ma chambre et m’a dit ‘Klaus, informe tous les autres joueurs. C’est là-bas, dans le logement israélien. Il y a des coups de feu et une attaque terroriste' », raconte à l’AFP l’ancien sportif, aujourd’hui âgé de 82 ans mais à la carrure toujours imposante. « Par qui ? Nous ne savions pas encore ».

Un membre du commando arabe qui avait pris en otage les membres de l’équipe olympique israélienne au village olympique de Munich sur le balcon du bâtiment du village où était retenue contre son gré la délégation, le 5 septembre 1972. (Crédit : AP Photo/Kurt Strumpf, File)

Grenade en main 

« Je dois dire que ça a été un choc. Un grand choc », confie-t-il 50 ans plus tard, encore ébranlé par ce face à face, à une vingtaine de mètres, avec les terroristes.

Puis est commise la première exécution d’un athlète israélien. « Ils l’ont abattu dans la maison. Et ils l’ont mis dans la rue ».

« C’était bien sûr un spectacle horrible. Et ce sportif ou cet entraîneur est resté là un bon moment, jusqu’à ce qu’ils l’emmènent (…) Quand nous regardions dehors, par la fenêtre ou sur le balcon, nous voyions ce sportif mort », raconte M. Langhoff.

« Et en plus, il y avait toujours quelqu’un en bas devant la porte d’entrée, probablement le chef de ce groupe terroriste, qui tenait en permanence une grenade en main, et en haut, sur le balcon et sur le toit, il y avait un autre terroriste qui avait une kalachnikov prête à tirer », décrit-il.

Une plaque commémorative à la mémoire des onze athlètes israéliens et d’un policier allemand tués lors d’une attaque terroriste pendant les Jeux olympiques de 1972, se trouve dans l’ancien logement de l’équipe israélienne dans le village olympique de Munich, en Allemagne. Photo prise le 27 août 2022. (Crédit : AP Photo/Matthias Schrader)

« C’était comme une scène de la guerre », enchaîne celui qui, à l’âge de six ans, avait vu des cadavres de soldats allemands gisant dans des tombes creusées à la hâte. « Ces souvenirs de la guerre ont ressurgi ».

Un deuxième athlète israélien est tué, tandis que neuf autres sont pris en otage. Ils trouveront tous la mort lors de l’assaut de la police qui tourne au fiasco.

Les Jeux, conçus pour faire oublier le triste précédent des JO de 1936 à Berlin, transformés en vitrine de la propagande nazie, avaient pourtant bien commencé pour ces athlètes est-allemands, autorisés en pleine Guerre froide à séjourner à l’ouest.

La première semaine, avant l’attaque, avait été « si excellente, si joyeuse », se remémore-t-il.

Obsession des médailles 

Le lendemain de l’attaque, les Jeux sont suspendus pour la première fois de l’histoire de l’olympisme. L’équipe est-allemande se prépare à une annulation pure et simple mais le Comité international olympique (CIO) décide finalement de poursuivre les compétitions.

Traumatisée, l’équipe de RDA finit à la quatrième place.

A son retour de l’autre côté du Mur, les sportifs sont pris au dépourvu par le manque d’empathie en RDA. « Seules les médailles comptaient ».

« Pour nous en RDA, finir quatrième a été un choc pour le système. Il n’y avait pas de camp de prisonniers mais seules les places 1 à 3 étaient récompensées financièrement », explique, amer, M. Langhoff.

Le régime est-allemand, hostile à Israël, qualifie la prise d’otages de « tragédie », à peine mentionnée dans les médias du pays.

Les autorités communistes « ont complètement ignoré cette attaque », elles ne « pensaient qu’à réussir la compétition », soupire M. Langhoff.

La situation n’est guère plus reluisante à l’ouest, entre les lacunes sécuritaires des JO, l’intervention ratée de la police puis par la suite, des réticences à présenter des excuses et à indemniser les familles de victimes.

« Rétrospectivement, il y a eu de grandes omissions dans le processus de prise en compte de la terreur », résume M. Langhoff. « Je ne veux même pas commencer à parler de l’aspect financier. Mais même sur le plan moral, il y a beaucoup de choses qui sont tout simplement incompréhensibles. »

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...