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L’histoire du défenseur Bert Sproston sera étudiée par les jeunes de Premier League

L'association Holocaust Education Trust va intégrer dans son programme Football Remembers the Holocaust l'histoire du joueur de Tottenham qui a sauvé Ralph Freeman des nazis

Une photographie non datée de Rolf Friedland, qui deviendra plus tard Ralph Freeman (rangée du haut, troisième à partir de la gauche), avec son équipe de football à Berlin. (Crédit : Autorisation)
Une photographie non datée de Rolf Friedland, qui deviendra plus tard Ralph Freeman (rangée du haut, troisième à partir de la gauche), avec son équipe de football à Berlin. (Crédit : Autorisation)

L’Holocaust Education Trust (HET) du Royaume-Uni va intégrer le récit de la façon dont un joueur de football de Tottenham Hotspur, Bert Sproston, a sauvé la vie de Ralph Freeman dans son programme Football Remembers the Holocaust destiné aux moins de 14 ans de l’élite de Premier League.

Comme l’a rapporté le Times of Israel le mois dernier, Rolf Friedland – renommé plus tard Ralph Freeman – est allé voir l’Angleterre battre l’Allemagne 6-3 à Berlin, en mai 1938.

À peine âgé de 18 ans, seul et sans ressources, il cherchait désespérément à quitter l’Allemagne nazie après le départ de sa famille. Son jeune frère avait été envoyé aux États-Unis en 1936 avec une organisation humanitaire. Ses parents avaient obtenu des visas et étaient partis en Angleterre, d’où ils avaient vraisemblablement tenté de faire venir Rolf, mais en vain.

À la fin du match, Rolf Friedland était resté trainé dans les parages en attendant que les joueurs anglais sortent du stade et il s’est approché de l’arrière gauche anglais, Bert Sproston, le suppliant de l’inviter en Angleterre.

Sproston, qui jouait alors pour Tottenham Hotspur, n’est pas un fan des Allemands.

Dès son retour chez lui, Sproston, avec l’aide de Tottenham, est allé sans attendre à la Football Association pour demander la permission d’inviter Rolf à visiter l’Angleterre pour assister au match Angleterre contre le reste du monde à Highbury, dans le nord de Londres, le 26 octobre de la même année.

Cette invitation a conduit à l’obtention d’un visa et Friedland est arrivé au port de Harwich, sur la côte est de l’Angleterre, à temps pour le match.

Sur invitation de Tottenham, le jeune homme ahuri a passé ses trois premières nuits dans les vestiaires du club à White Hart Lane.

Ralph Freeman, photographié en 2005. (Autorisation)

Karen Pollock, directrice générale de HET, a déclaré : « L’histoire de Ralph Freeman est incroyable. Il a été sauvé par la gentillesse d’un étranger. Bert Sproston a fait le choix de sauver la vie d’un jeune Juif de 17 ans. »

« Grâce à notre travail avec les académies de Premier League, nous partageons l’histoire sombre de la Shoah et les choix que des gens ordinaires comme Bert ont fait à travers l’Europe. Nous espérons que ces jeunes joueurs prendront à cœur des histoires comme celles de Ralph et de Bert et qu’ils s’en souviendront pour de nombreuses années », a déclaré Pollock.

HET travaille depuis cinq ans avec les moins de 14 ans de Première League de football du Royaume-Uni, touchant environ 250 jeunes joueurs prometteurs d’environ 12 des 20 clubs, dont Tottenham. La Premier League fait la promotion du programme auquel les équipes peuvent s’inscrire.

Le programme d’un an, qui débute chaque année en septembre, comporte cinq étapes.

Il s’ouvre sur l’effervescence de la vie juive d’avant-guerre, au cours de laquelle, entre autres, des équipes de football juives ont joué dans les divisions supérieures de Lituanie, d’Autriche, de Finlande, de Hongrie, de Lettonie et de Pologne. Il présente ensuite la Shoah de façon générale.

Les jeunes commémorent Yom HaShoah en se souvenant d’un footballeur qui a péri, comme Eddy Hamel, le premier joueur juif de l’Ajax, qui a été assassiné à Auschwitz-Birkenau le 30 avril 1943.

L’étape suivante consiste à écouter le témoignage d’un survivant de la Shoah, puis à faire des recherches sur un footballeur qui en a sauvé d’autres pendant cette période, ou sur la relation de la Grande-Bretagne avec la Shoah en termes de choix faits dans les années 1930 et 1940, son héritage aujourd’hui, et le fait que l’antisémitisme existe toujours au Royaume-Uni.

L’histoire de Ralph Freeman est incluse à cette étape du programme.

Les adolescents présentent alors les résultats de leurs recherches à la classe.

Le cours se termine par un événement de fin d’année, qui peut inclure une visite du camp de la mort d’Auschwitz-Birkenau ou d’un autre site en Europe.

Les autres footballeurs qui ont sauvé des vies, et qui sont présentés comme des sujets possibles de recherche, sont René Dumonteil, alors vice-président de l’AJR, l’équipe de football des jeunes de Rochechouart, en France, qui a contribué à protéger deux frères juifs ; Danielius Žilevičius et Ona et Adolfina Žilevičienė, qui ont sauvé une enfant juive en la faisant passer pour leur fille. Danielius était footballeur de l’équipe nationale lituanienne ; Martin Uher, footballeur de l’équipe nationale tchécoslovaque, qui a caché plusieurs Juifs ; et Tadeusz Gebethner, premier président du club sportif Polonia et premier capitaine de son équipe de football. Il a aidé trois membres de la famille Abrahamer à survivre à la Shoah, d’abord en les cachant, puis en les aidant à s’installer en Hongrie.

Tous les quatre ont été reconnus par le Mémorial de Yad Vashem comme Justes parmi les nations.

Le matériel des cours, élaboré par HET, comprend des dilemmes dont les participants doivent discuter. L’un d’entre eux concerne la décision d’envoyer l’équipe olympique britannique aux jeux de 1936 à Berlin, bien qu’elle ait été informée de la politique anti-juive du gouvernement allemand.

Eddy Hamel. (Crédit : Capture d’écran YouTube)

Une deuxième présente la décision d’un commandant militaire allié de ne pas essayer d’arrêter les transports de Juifs vers Auschwitz-Birkenau après avoir reçu des preuves de ces convois.

Un troisième porte sur les restrictions imposées par le ministre britannique de l’Intérieur à l’immigration de réfugiés juifs.

Les jeunes sont invités à réfléchir à des exemples de personnes ayant fait ce qu’elles pensaient être juste et à expliquer pourquoi il est parfois difficile de savoir ce qu’il faut faire. Ils sont invités à réfléchir à la manière dont on peut s’opposer à l’antisémitisme, au racisme ou à la haine.

HET a également travaillé avec des joueurs de football adultes, notamment ceux du Chelsea FC lorsque Roman Abramovich, l’oligarque juif russo-israélien aujourd’hui sanctionné, en était le propriétaire. Les activités consistaient notamment à emmener des supporters et des fans à Auschwitz.

D’autre part, des survivants de la Shoah ont partagé leurs histoires avec des joueurs de moins de 17 ans des clubs Manchester United et Manchester City.

HET envisage d’étendre son cours à la ligue anglaise de football, qui comprend 92 clubs professionnels qui forment quelque 10 000 jeunes à différents âges et niveaux.

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