Loi sur l’Etat-nation : D’autres démissions sont à venir, selon un député arabe
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Loi sur l’Etat-nation : D’autres démissions sont à venir, selon un député arabe

Après le départ de Zouheir Bahloul, Issawi Frej a expliqué que la législation qui ancre Israël en tant qu'Etat juif est un "coup de poignard dans le dos" de la population arabe

Issawi Frej, député du Meretz, durant une réunion de la commission des Affaires économiques à la Knesset, à Jérusalem, le 12 juillet 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
Issawi Frej, député du Meretz, durant une réunion de la commission des Affaires économiques à la Knesset, à Jérusalem, le 12 juillet 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Un député arabe a prédit dimanche que d’autres législateurs démissionneraient probablement de la Knesset pour protester contre la loi sur l’Etat-nation juif, récemment adoptée, vingt-quatre heures après que le législateur de l’Union sioniste Zouheir Bahloul a annoncé son départ en raison de la législation qui a été approuvée au début du mois.

Le député Issawi Frej, issu du parti d’opposition du Meretz, a déclaré ne pas être surpris de la démission de Bahloul au sujet de ce texte qui, selon ses détracteurs, est discriminatoire envers les minorités non-juives d’Israël.

« Il n’est pas le dernier arabe qui quittera la Knesset à cause de la loi sur l’Etat-nation, je n’ai aucun doute là-dessus », a dit Frej à la radio israélienne.

Bahloul, ancien commentateur sportif populaire, a annoncé son retrait du Parlement durant un entretien accordé samedi à la chaîne Hadashot.

Même s’il avait voté contre la législation aux côtés du reste de sa faction d’opposition, il avait déclaré être mal à l’aise à l’idée de continuer à siéger à la Knesset dans la mesure où la loi « place officiellement et constitutionnellement la population arabe en dehors du domaine de l’égalité en Israël ».

Le projet de loi sur l’Etat-nation – qui pour la première fois ancre Israël en tant que « foyer national du peuple juif » et qui détermine que « le droit à l’exercice de l’auto-détermination nationale au sein de l’Etat d’Israël est propre à la population juive » – a suscité de vives et nombreuses critiques au sein des minorités du pays, de la communauté internationale et des groupes juifs de l’étranger.

Frej a indiqué qu’en plus de la loi controversée, Bahloul s’était également senti mal à l’aise avec son adhésion au parti travailliste, qui, aux côtés de la formation Hatnua, forme la faction de l’Union sioniste au parlement.

« Le parti travailliste a toujours été le parti des ‘bons arabes’, » a noté Frej, utilisant une expression qui a des connotations de soumission à la majorité juive du pays. « Ils ne l’ont pas appuyé, ils ne l’ont pas soutenu ».

Zouheir Bahloul, député de l’Union sioniste. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)

En comptant Bahloul, dont la démission ne prendra effet qu’au moment de la réouverture de la Knesset, à l’automne, il y a actuellement 18 membres arabes à la Knesset dont la majorité siège au sein de la Liste arabe unie. Trois sont membres de partis de la coalition.

Frej a indiqué que le texte controversé avait été « un coup de poignard dans le dos » de tous les Arabes du pays, qui veulent faire partie de la société.

« Les gens disent… que nous ne sommes que des invités. Je m’attends à ce qu’il y ait davantage de développements spectaculaires », a-t-il commenté.

La semaine dernière, les responsables druzes israéliens, et notamment trois membres de la Knesset, ont porté plainte devant la Haute-cour de justice contre le texte sur l’état-nation juif, disant qu’il s’agissait d’une loi « extrémiste » qui discrimine les minorités du pays.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a rencontré vendredi des chefs de la communauté druze mais il ne s’est pas engagé à changer la loi.

Le ministre des Finances Moshe Kahlon et le ministre de l’Education Naftali Bennett ont tous les deux indiqué que le texte avait besoin d’être modifié.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, au centre, rencontre Sheikh Muafak Tariff, leader spirituel de la communauté druze d’Israël, le ministre des communications Ayoub Kara, à gauche, et d’autres leaders druzes à son bureau de Jérusalem pour évoquer la loi sur l’Etat-nation, le 27 juillet 2018 (Crédit : Kobi Gideon/GPO/Flash90)

La loi sur l’Etat nation, disent ses partisans, place les valeurs juives et démocratiques sur un pied d’égalité. Les critiques ont néanmoins affirmé que la loi discrimine dans les faits les arabes israéliens et les autres minorités communautaires.

Lorsqu’elle a été adoptée le 19 juillet, la loi est devenue une Loi fondamentale, qui, à l’instar d’une constitution, pose les bases du système légal d’Israël et est plus difficile à abroger qu’une loi classique.

La loi stipule également que Jérusalem est la capitale d’Israël, fixe le calendrier hébraïque comme le calendrier officiel de l’état, reconnaît Yom HaAtzmaut, Yom HaZikaron et les vacances juives. Une clause de la loi rétrograde la langue arabe d’un statut officiel à un statut « spécial », mais stipule aussi, de manière énigmatique, que « cette clause ne nuit pas au statut donné à la langue arabe avant que cette loi n’entre en effet ».

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