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L’opposition dénonce « l’hypocrisie » de la campagne de Gantz contre les partis arabes

Le nouveau message du parti Kakhol lavan a entraîné les critiques de la gauche, qui affirment qu'il s'agit d'une tentative désespérée de courtiser Netanyahu ; des voix demandent la démission de Gantz en raison de son impopularité

Le chef du parti Kakhol Lavan, Benny Gantz, dirigeant une réunion de faction de la Knesset, le 29 décembre 2025. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le chef du parti Kakhol Lavan, Benny Gantz, dirigeant une réunion de faction de la Knesset, le 29 décembre 2025. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Les partis d’opposition ont accusé le parti centriste Kakhol lavan de Benny Gantz de racisme anti-arabe, de faire preuve d’hypocrisie et de se livrer à des manœuvres désespérées dans le sillage de la diffusion par la faction d’une série de vidéos, dans la journée de mardi – des vidéos qui affirment qu’une future coalition gouvernementale ne devra pas inclure les partis arabes ou le ministre de l’Extrême droite de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, à la tête du parti Otzma Yehudit.

Cette campagne a suscité de vives critiques de la part des partis arabes et des partis sionistes de gauche au sein de l’opposition, qui lui reprochent d’avoir pris pour cible le parti islamiste Raam, dirigé par Mansour Abbas, en assimilant ce dernier à Ben Gvir.

Dans l’une de ces vidéos, une famille regarde avec horreur, sur fond de sirènes d’alerte, en temps de guerre, l’annonce de l’annulation d’une réunion du cabinet de sécurité en raison du refus des ministres du gouvernement issus de la faction Raam d’y prendre part. Dans la seconde, une famille regarde à nouveau avec indignation la nomination de Ben Gvir au poste de ministre de la Défense.

« La sécurité de nos enfants passe avant tout ; nous ne comptons pas sur les partis arabes », dit une voix off dans la première séquence.

Accompagnant la vidéo, le parti a écrit dans un message qui a été diffusé sur le réseau social X : « Les décisions cruciales concernant la sécurité de l’État d’Israël ne peuvent être prises par un gouvernement limité qui dépendrait des votes arabes. L’État d’Israël a besoin d’un large gouvernement fondé sur un consensus sioniste, sans Ben Gvir et sans le Raam ».

Gantz a d’ores et déjà fait savoir qu’il ne siégerait pas dans un gouvernement qui comprendrait des partis arabes ou le ministre d’extrême droite.

Le député Itamar Ben Gvir (à gauche) se dispute avec le leader du parti Raam, Mansour Abbas, à la Knesset de Jérusalem, le 2 novembre 2021. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Évoquant cette campagne, le chef de l’opposition, Yair Lapid, a accusé mercredi Gantz d’hypocrisie, soulignant que Gantz avait occupé le poste de ministre de la Défense dans le gouvernement précédent, qui comprenait la faction Raam – qui avait alors intégré la coalition.

« J’ai lancé une opération à Gaza en tant que Premier ministre alors que Raam faisait partie de la coalition », a rappelé mercredi le chef du parti Yesh Atid dans une interview accordée à la radio militaire.

« Gantz était alors ministre de la Défense, il sait donc pertinemment que ces affirmations ne sont pas vraies », a-t-il poursuivi, ajoutant que la nouvelle campagne publicitaire de Kakhol lavan « ne sert que [le Premier ministre Benjamin] Netanyahu ».

Gantz avait occupé le poste de ministre de la Défense dans le cadre du gouvernement éphémère qui avait été dirigé par l’ancien Premier ministre Naftali Bennett et par Lapid en 2021 et en 2022 – qui comptait le parti islamiste Raam dans sa faible majorité de 61 sièges.

L’opération à Gaza qui a été mentionnée par Lapid dans ses propos avait toutefois été lancée pendant la période de transition, après la dissolution de la coalition et avant les élections suivantes.

Le parti islamiste est la branche politique du Mouvement islamique du sud, un groupe qui tire son inspiration des Frères musulmans, une organisation islamiste mondiale interdite dans une douzaine de pays pour ses liens présumés avec le terrorisme, et récemment par les États-Unis.

Abbas a nié à plusieurs reprises tout lien entre son parti et les Frères musulmans. Il a récemment expliqué que sa faction allait officiellement se séparer du Mouvement islamique et qu’elle ouvrirait ses portes aux candidats juifs.

Les chefs des huit partis composant le nouveau potentiel gouvernement. De gauche à droite : Mansour Abbas, chef du parti Raam, Merav Michaeli, chefffe du parti Avoda, Benny Gantz, Yaïr Lapid, chef du parti Yesh Atid, Naftali Bennett, Gideon Saar, chef du parti Yisrael Beytenu, Avigdor Liberman et Nitzan Horowitz, chef du parti Meretz, à la Knesset, le 13 juin 2021. (Crédit : Ariel Zandberg)

Si ni Ben Gvir, ni Raam n’ont émis de communiqué officiel suite à cette série de vidéos, des images d’Abbas ont été postées sur X par le journaliste Yuval Sadeh – où le chef du parti arabe israélien déclare qu’il « n’a pas pris [la campagne] à cœur », ajoutant que Gantz est « un homme bien ».

Des informations qui ont paru dans les médias israéliens ont laissé entendre que Gantz avait averti Abbas avant le lancement de la campagne, lui disant de ne pas la prendre à cœur.

Les députés de gauche ont affirmé que la campagne visant à ôter sa légitimité à Raam venait aider Ben Gvir et les autres membres de l’extrême droite.

« Ceux qui comparent Mansour Abbas à Itamar Ben Gvir aident Itamar Ben Gvir et ils participent pleinement à la campagne de délégitimation de deux millions de citoyens », s’est indigné mercredi Gilad Kariv, député d’Avoda, dans un post qui a été publié sur X, faisant référence à la population arabe d’Israël.

Sur le même réseau social, Ayman Odeh, le leader du parti Hadash-Taal, à majorité arabe, a répondu à Gantz que « sans nous, il est impossible de construire une véritable alternative à Ben Gvir, [au ministre des Finances Bezalel] Smotrich et au gouvernement Netanyahu ».

Le chef de Hadash-Taal, le député Ayman Odeh, et le député Ahmad Tibi organisent leur réunion de faction à la Knesset, le 5 juin 2023. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« Nous ne tirons pas notre légitimité de Gantz, de Lapid ou de tout autre politicien prenant part à notre exclusion », a-t-il affirmé, ajoutant que « nous sommes des citoyens de droit, et non de faveur ».

« Nous, les citoyens arabes de l’État, nous représentons 20 % de la population. Et malgré les incitations et le racisme endémiques, malgré les abandons, malgré la haine, nous irons voter en grand nombre », a assuré Odeh.

Ni opposition, ni coalition

Raam occupe actuellement cinq sièges à la Knesset – et les sondages indiquent qu’il devrait les conserver lors des prochaines élections, prévues au mois d’octobre, ce qui ferait du parti un arbitre potentiel dans la formation d’un nouveau gouvernement.

Plusieurs personnalités de l’opposition – dont Yair Golan, qui dirige les Démocrates, à la gauche de l’échiquier politique, et Gadi Eisenkot, président du parti Yashar et ancien numéro deux de Gantz – ont exprimé leur volonté de former un gouvernement incluant ou soutenu par les partis arabes. Et ce même si les chefs de l’opposition de droite, notamment Avigdor Liberman, le chef du parti Yisrael Beytenu, et Bennett, dont le gouvernement comptait les députés du Raam parmi ses membres, ont fait savoir qu’ils s’opposaient avec force à une telle perspective.

Dans la configuration actuelle des blocs et en supposant qu’il n’y ait pas de changements majeurs à l’occasion du prochain scrutin, le bloc de l’opposition ne serait en mesure de former un nouveau gouvernement qu’en incluant les partis arabes dans une coalition ou en s’appuyant sur eux depuis l’extérieur. Un boycott des partis arabes serait donc dans l’intérêt du bloc de Netanyahu, parce qu’il supprimerait une option déterminant permettant d’écarter du pouvoir l’indéboulonnable Premier ministre.

Toutefois, ces dernières semaines, Gantz a laissé entendre qu’il ne se considérait pas nécessairement lié au bloc de l’opposition, les leaders de cette dernière — notamment Lapid, Golan et Eisenkot — l’ayant appelé à se retirer de la course avant les élections de cette année.

De gauche à droite : le leader des démocrates Yair Golan, le leader de l’Unité nationale Benny Gantz et le leader de Yesh Atid Yair Lapid dirigent les réunions de leurs factions respectives à la Knesset à Jérusalem, le 26 mai 2025. (Crédit : Noam Revkin Fenton/Flash90)

Des pressions exercées alors que les enquêtes d’opinion révèlent depuis des mois que Kakhol lavan ne parviendrait pas à franchir le seuil électoral de 3,25 %, soulevant des questions sur la viabilité du parti centriste.

Face à sa chute dans les sondages, rester dans la course en rejoignant le bloc de Netanyahu pourrait, plus que toute autre chose, être la véritable motivation de la nouvelle campagne lancée par Gantz.

« Gantz est en détresse ; il n’a pas franchi le seuil électoral [dans les sondages] depuis des semaines et il recherche toutes sortes d’astuces », a commenté Golan, mercredi, lors d’un entretien accordé à la station de radio 103FM.

« C’est un homme qui, il n’y a pas si longtemps, disposait de 35 sièges et dont l’image s’est politiquement détériorée pour une seule raison : il a rejoint le gouvernement à deux reprises pour sauver Netanyahu », a-t-il poursuivi, soulignant que le chef de parti avait renié, à plusieurs reprises, sa promesse de ne pas intégrer un gouvernement placé sous l’autorité de Netanyahu.

Gantz avait aidé Netanyahu à former un gouvernement en intégrant un gouvernement national d’urgence pendant la crise de la COVID-19 en 2020, avec un accord de rotation au poste du Premier ministre — mais le chef du Likud avait utilisé une faille pour dissoudre ce gouvernement avant que Gantz n’arrive à son tour au pouvoir. Il avait de nouveau sauvé Netanyahu en rejoignant un gouvernement d’urgence dans les jours qui avaient suivi le pogrom commis par le Hamas dans le sud d’Israël, le 7 octobre 2023, avant de démissionner quelques mois plus tard, affirmant que le Premier ministre l’écartait des décisions prises dans le cadre de la guerre.

Plus récemment, lundi, Gantz a déclaré de manière ambiguë que, s’il « n’offrira pas à Netanyahu le 61e vote  » et qu’il « a l’intention de tout faire pour que Netanyahu n’atteigne pas les 61 voix », il « appellera [les chefs de l’opposition] à se joindre à lui pour isoler les extrémistes » si « le peuple doit en décider autrement » – laissant entendre qu’il rejoindrait un gouvernement dirigé par Netanyahu.

Contrairement aux promesses faites par Gantz s’agissant d’une union nationale sans les extrémistes, Golan a fait remarquer que Gantz a siégé plus d’une fois dans un gouvernement placé sous la houlette de Netanyahu, aux côtés de Ben Gvir et d’autres factions extrémistes, et que « nous avons hérité d’un gouvernement nationaliste et corrompu à l’extrême. »

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