Le peuple juif peut enfin pousser un soupir de soulagement. La nouvelle charte du Hamas, qui sera publiée dans les prochains jours, ne devrait pas comprendre de discours racistes anti-juifs, comme c’était le cas dans la version d’origine, qui faisait mention du Protocole des Sages de Sion.
Seules des dispositions remettant en cause le sionisme et l’État d’Israël ont été incluses dans la charte mise à jour, selon un document divulgué cette semaine par l’agence de presse libanaise al-Mayadeen.
Le document indiquerait que le groupe terroriste « effectue une distinction entre les Juifs, en tant que peuple du Livre [la Bible] et le judaïsme en tant que religion d’une part, et entre l’occupation et le projet sioniste d’autre part, et estime que le conflit contre le projet sioniste n’est pas un conflit contre les Juifs au regard de leur religion. »
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Bien que le Hamas ne reconnaisse évidemment pas l’État d’Israël, il accepte l’établissement d’un état palestinien dans les frontières de 1967, tout en soulignant qu’il conservera ses armes de « résistance », afin de libérer la totalité de la terre de Palestine, y compris Israël.
« Il n’y a aucune alternative à la libération de la Palestine, de la rivière à la mer, aussi longtemps que l’occupation durera » peut-on lire dans le document divulgué. Il ne fait donc aucun doute que le but ultime du groupe, qui souhaitait toujours la destruction d’Israël, n’a pas changé.
En effet, pour l’État d’Israël et ses citoyens, rien de rassurant. Mais si nous mettons de côté notre cynisme, nous pouvons affirmer que le Hamas de 2017 est en train de faire passer un message au monde.
La cible de cette charte revisitée, ce n’est pas la population israélienne. Elle est destinée aux jeunes Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza, et au monde arabe dans son ensemble, plus précisément à l’Égypte.
Abu Obeida, porte-parole du Hamas, à Gaza, le 8 juillet 2015 . (Crédit : capture d’écran Youtube/Israel Broadcasting Authority)
Commençons par le niveau international : le message que le Hamas veut faire passer à l’Occident, c’est « nous ne sommes pas antisémites, seulement anti-sionistes ».
Ils ont compris l’ampleur que pouvait prendre un discours antisémite, ou simplement raciste, alors le Hamas présente au monde un visage différent, qui le distingue de l’État islamique et d’Al-Qaïda. Le groupe terroriste ne parle plus en termes d’ « Occidentaux infidèles et de croisés », parce que c’est ce que font ses rivaux les plus radicaux.
En ce qui concerne l’Égypte : une lecture sommaire de la nouvelle charte met en lumière la disparition miraculeuse de l’une des rubriques majeures de la version originale, qui affirmait que « le mouvement de la résistance islamique [le Hamas] est une branche des Frères musulmans en Palestine ».
En effet, la totalité de la seconde rubrique de la charte fondatrice d’août 1988 mettait en lumière le nœud gordien qui unissait les Frères musulmans, un groupe égyptien, et le Hamas. Mais la nouvelle version est dépourvue de référence aux Frères. C’est du moins le cas de la version relayée par les médias arabes.
Des membres des Brigades Ezzedine al-Qassam, la branche armée du mouvement terroriste palestinien du Hamas, pendant une commémoration dans la ville de Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 31 janvier 2017. (Crédit : Abed Rahim Khatib/Flash90)
L’organisation des Frères musulmans a été un point de discorde entre le Hamas et l’Egypte en raison de l’état de guerre qui existe de facto entre le régime d’Abdel-Fattah el-Sissi au Caire et le groupe, dont le président démocratiquement élu, Mohammed Morsi, fut renversé par un coup d’Etat en 2013.
La reconnaissance du Hamas de « la mise en place d’un Etat palestinien sur la base des frontières de 1967 avec Jérusalem comme capitale et le retour des réfugiés et des personnes déplacées » est destinée à signaler à la population palestinienne que le mouvement est pragmatique et flexible au sein de l’espace idéologique dans lequel il opère.
En ce qui concerne Israël, le Hamas n’a pas envie de signaler qu’il est prêt à la paix, à Dieu ne plaise, mais tient à préciser qu’il ne vit pas dans une bulle.
Dans d’innombrables conversations à huis clos et un certain nombre d’entrevues avec les médias, les responsables du Hamas indiquent cette position depuis les années 1990. « Nous sommes réalistes », disent-ils. « L’Etat d’Israël existe et ne peut être ignoré. »
Pourtant, reconnaître l’Etat juif serait une chose complètement différente. Aucun haut responsable du Hamas ne le ferait, sachant qu’il serait amené à renoncer immédiatement à sa position.
Cette « nouvelle charte » – susceptible d’être présentée par Khaled Meshaal avant qu’il ne démissionne de son poste de chef du bureau politique du mouvement cette année – ne changera pas les relations entre Gaza et Israël. Elle ne réduira pas le risque d’escalade militaire dans la bande de Gaza, qui est devenu un marronnier à l’approche de l’été.
Au contraire, en adoptant des positions qui semblent se rapprocher de celles de l’Autorité palestinienne, les modifications visent essentiellement à montrer à la population palestinienne que le Hamas est prêt à faire un bout de chemin en direction de l’unité nationale.
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