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Netanyahu : Israël est économiquement isolé, il va falloir devenir auto-suffisant

Le Premier ministre a attribué les nouvelles menaces d'embargo sur les armes et de sanctions à l'immigration musulmane en Europe et à la propagande en ligne en provenance du Qatar et de la Chine

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu en conférence de presse au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 15 septembre 2025. (Crédit : Chaim Goldberg/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu en conférence de presse au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 15 septembre 2025. (Crédit : Chaim Goldberg/Flash90)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a admis, dans la journée de lundi qu’Israël était de plus en plus isolé sur la scène internationale et que l’État juif devra gagner en autonomie dans les prochaines années à venir.

Ses propos – qui ont été tenus à un moment où les pays européens ont appelé à un embargo sur les armes et à des sanctions à l’encontre d’Israël dans le contexte de la guerre en cours à Gaza – ont été repris par ses opposants politiques et par les groupes industriels du secteur technologique, qui ont reproché au Premier ministre la situation difficile qui est celle d’Israël à l’international.

« Israël est isolé en quelque sorte », a reconnu Netanyahu lors d’une conférence du Bureau du comptable général qui a eu lieu au ministère des Finances à Jérusalem.

« Nous devrons de plus en plus nous adapter à une économie qui présente des caractéristiques autarciques », a-t-il ajouté, notant qu’à ses yeux, l’expression « autosuffisance économique » – qui est synonyme de fermeture au commerce mondial – était « celle que je déteste le plus ».

« Je crois au libre échange, mais nous pourrions nous retrouver dans une situation où nos industries de l’armement se retrouveraient bloquées. Nous devrons développer des industries de l’armement ici, non seulement en matière de recherche et de développement, mais aussi en termes de capacité à produire ce dont nous avons besoin », a-t-il expliqué.

Netanyahu a indiqué qu’Israël était confronté à deux nouvelles menaces depuis le début de la guerre : les changements démographiques en Europe qui résultent de l’immigration en provenance de pays à majorité musulmane et l’influence des acteurs anti-israéliens sur les plateformes numériques, avec l’aide des nouvelles technologies.

Le Premier ministre a déclaré que ces défis existaient depuis longtemps – mais qu’ils se sont révélés au grand jour pendant la guerre en cours à Gaza, une guerre qui avait été déclenchée par le pogrom commis par le groupe terroriste du Hamas dans le sud d’Israël, le 7 octobre 2023.

Le Premier ministre a commencé son discours en saluant les réussites de Jérusalem dans ses campagnes militaires à l’encontre de l’Iran et de ses proxies dans toute la région.

Selon Netanyahu, ces campagnes « ont éliminé une menace existentielle qui pesait sur nos têtes, et tous les [autres] problèmes — économiques, sociaux, internes — seraient sans importance si nous devions être détruits »».

Illustration : Des piétons passant devant une fresque murale sur la place de la Palestine, dans le centre-ville de Téhéran, le 8 juillet 2025, devant une affiche anti-Israël représentant le Premier ministre Benjamin Netanyahu et accompagnée d’un texte en persan et en hébreu disant : « Netanyahu a perdu une autre guerre ; vous êtes victimes des jeux politiques de Bibi ; où sera le prochain échec qui le fera tomber du pouvoir ? ». (Crédit : AFP)

Il a notamment souligné les dommages causés aux programmes nucléaires et balistiques iraniens, affirmant que Téhéran aurait fabriqué une ou deux bombes atomiques en moins d’un an en l’absence d’une intervention d’Israël – en plus de missiles balistiques d’une puissance destructrice équivalente.

Toutefois, a-t-il affirmé, les défis sécuritaires de longue date qu’Israël doit relever ont été remplacés par de nouvelles problématiques d’ordre diplomatique qui, selon lui, mûrissaient depuis longtemps et qui se sont révélées au grand jour depuis le commencement du conflit à Gaza.

Pour le Premier ministre, l’isolement résulte de l’immigration à destination de l’UE et de la propagande en ligne

Dans un premier temps, Netanyahu a abordé les changements démographiques en Europe, où « la migration illimitée » a amené les musulmans à devenir une « minorité importante, très bruyante et très, très belliqueuse ». Les citoyens musulmans de ces pays exercent des pressions sur les gouvernements européens pour qu’ils adoptent des politiques anti-israéliennes, a-t-il affirmé.

« Leur objectif n’est pas Gaza mais l’opposition au sionisme en général avec parfois un programme islamiste qui remet en cause ces États », a ajouté le Premier ministre.

« Ce qui crée des limitations et toutes sortes de sanctions à l’encontre d’Israël — c’est une réalité. C’est un processus qui est à l’œuvre depuis 30 ans, en particulier depuis une dizaine d’années et c’est un processus qui modifie la situation internationale d’Israël. C’est clair comme de l’eau de roche », a-t-il dit.

Cette situation pourrait entraîner des embargos sur les armes et, même s’il ne s’agit pour l’instant que de menaces, « le début de sanctions économiques », a mis en garde le Premier ministre.

Des manifestants anti-israéliens et pro-palestiniens brandissent des drapeaux et crient alors que le peloton passe à Poio au début de la 16e étape de la Vuelta a Espana, le 9 septembre 2025. (Crédit : Miguel RIOPA / AFP)

Le deuxième défi, selon Netanyahu, ce sont les « adversaires » d’Israël – des ONGs et des États, comme le Qatar ou la Chine – qui s’efforcent « d’influencer les médias occidentaux en faisant la promotion d’un ordre du jour anti-israélien, en utilisant des bots, l’intelligence artificielle et des publicités ». Il a cité TikTok en exemple.

« Ce qui nous place dans une sorte d’isolement », a-t-il continué, ajoutant qu’Israël serait en mesure de lutter contre la diabolisation et contre les incitations à la haine en investissant « des sommes très importantes » dans des efforts qui consisteront à contrer ces discours.

Mais pour l’instant, a-t-il dit, Israël doit rapidement se doter de la capacité de produire tout ce dont le pays a besoin sur le plan militaire, sans dépendre du commerce extérieur.

« Nous sommes Athènes et Sparte. Mais nous allons être Athènes et super-Sparte », a-t-il affirmé. « Nous n’avons pas le choix ; dans les années à venir, au moins, nous devrons faire face à ces tentatives d’isolement ».

L’opposition s’insurge : le Premier ministre « a transformé Israël en pays du tiers-monde »

Les propos de Netanyahu ont suscité une vive réaction de la part de l’opposition et des groupes industriels. La Bourse de Tel Aviv a chuté après le discours du Premier ministre.

Le chef de l’opposition, Yair Lapid, a déclaré dans un communiqué : « L’isolement n’est pas une fatalité. C’est le résultat d’une mauvaise politique, d’une politique ratée de Netanyahu et de son gouvernement, qui ont transformé Israël en pays du tiers-monde et qui ne font même pas l’effort de changer la situation ».

Le chef de l’opposition Yaïr Lapid s’exprimant lors d’une réunion de la faction Yesh Atid, à la Knesset, le 14 juillet 2025. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le président des Démocrates, Yair Golan, s’est indigné : « Netanyahu ‘bénit’ les citoyens d’Israël pour la fête de Rosh Hashanah : pour protéger mon siège, j’ai besoin d’une guerre et d’un isolement éternels. Et vous allez tous sacrifier l’État, l’économie, l’avenir de vos enfants et leur lien avec le monde. »

« Notre réponse à cet homme ignoble : cette année, nous vous remplacerons et sauverons Israël », a-t-il ajouté.

Gadi Eisenkot, ancien membre du gouvernement de guerre de Netanyahu qui a récemment quitté le parti HaMahane HaMamlahti, a dénoncé « la paralysie qui s’est emparée de Netanyahu et du ‘cabinet du 7 octobre’ dans sa prise en charge de la guerre à Gaza depuis plus d’un an », notant que « si le Premier ministre ne sait pas comment remédier à la situation, alors il devrait remettre les clés et rendre son mandat au peuple, immédiatement ».

Les groupes industriels critiquent le Premier ministre, les marchés chutent après son discours

Le président de l’Association des industriels d’Israël, Ron Tomer, a déclaré que Netanyahu « a dit publiquement ce que nous ressentions et ce contre quoi nous mettions en garde : l’image de marque d’Israël, synonyme de créativité, de demande et de succès, a été gravement ternie dans le monde entier ».

« L’industrie israélienne veillera à ce que nous ne manquions jamais de rien, ni en matière de sécurité, ni en matière alimentaire, ni en matière de tout autre élément vital pour l’économie israélienne. Cela dit, un marché autarcique serait un désastre pour l’économie israélienne et aurait une incidence sur la qualité de vie de chaque citoyen », a-t-il averti.

Ron Tomer, président de l’Association des fabricants israéliens, assiste à une réunion de la commission des Finances de la Knesset, le 6 décembre 2022. (Olivier Fitoussi/Flash90)

Le forum High-Tech for Israel a interrogé dans un communiqué : « Est-ce que c’est là la vision du Premier ministre ? Que nous redevenions des vendeurs d’oranges ? »

Quelques minutes seulement après le discours du chef de gouvernement, les principaux indices de la bourse de Te Aviv ont chuté de près de 2 %, avant de regagner environ la moitié de cette perte dans le courant de la journée.

La Chine et le Qatar tentent « d’assiéger » Israël, selon Netanyahu

Plus tard dans la journée de lundi, le Premier ministre est revenu sur les mêmes thématiques à l’occasion d’une allocution qui a été prononcée devant une délégation formée de 250 députés américains au ministère des Affaires étrangères à Jérusalem.

« Nous apprécions, nous chérissons votre soutien », a dit le Premier ministre à la délégation, le plus grand groupe de parlementaires issus d’un seul pays à avoir jamais visité Israël, ajoutant : « Il y a une volonté d’éroder [ce soutien] ».

« Il y a une volonté d’assiéger Israël – non pas tant de l’isoler que de l’assiéger – une volonté qui est orchestrée par les mêmes forces qui ont soutenu l’Iran », a-t-il poursuivi.

Le Premier ministre a noté qu’alors que l’Iran a tenté de mettre en place « un siège militaire » par le biais de son réseau de groupes terroristes mandataires et qu’Israël a « réussi à s’en affranchir », « nous devrons prendre des mesures pour nous libérer de ce siège qui a été mis en place par quelques États ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’exprime lors d’une cérémonie au ministère des Affaires étrangères à Jérusalem, le 15 septembre 2025. (Crédit : Olivier Fitoussi/ POOL)

Il a nommé ces États : « L’un d’entre eux est la Chine. L’autre est le Qatar. Ils ont lancé une attaque contre Israël… [à travers] les réseaux sociaux de tout le monde occidental et à travers les États-Unis. Nous devrons y faire face, et nous y ferons face avec nos propres méthodes », a-t-il expliqué.

Plus tard, s’exprimant devant les caméras de la chaîne i24 News, Netanyahu a précisé : « [La Chine et le Qatar] ont-ils réussi à isoler [Israël] au niveau mondial ? Non. Les États-Unis sont avec nous, tout comme de nombreux autres pays. Mais nous avons actuellement un problème centré sur l’Europe occidentale, et nous œuvrons et continuerons à œuvrer en faveur de la levée de ce blocus. »

Le Premier ministre rejette les « prévisions pessimistes »

Tentant une nouvelle fois de limiter les dégâts après la chute du marché boursier, le Premier ministre a déclaré dans un communiqué qui a été émis lundi dans la soirée : « À tous les prévisionnistes pessimistes en économie, je réponds qu’au final, le marché boursier israélien est le plus solide au monde ».

« Le shekel s’est renforcé, le déficit a diminué malgré la guerre et les investissements étrangers dans la R&D sont les plus élevés au monde après ceux des États-Unis. Investir en Israël, c’est la chose intelligente à faire », a-t-il affirmé.

Netanyahu a ajouté que son gouvernement continuerait à « augmenter les investissements dans la production d’armes afin de ne pas dépendre des dirigeants occidentaux faibles qui cèdent aux minorités musulmanes extrémistes dans leurs pays — et c’est exactement ce que nous faisons ».

Son bureau a également publié un graphique montrant qu’Israël se classait au deuxième rang mondial en matière d’investissements dans la R&D.

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