« Nous voulons faire entendre notre voix » : des Juifs de NY pro-Mamdani dans les rues avant le scrutin
Les soutiens juifs du candidat anti-Israël d'extrême gauche sont motivés par son engagement pour le pouvoir d'achat ; selon eux, les craintes d'antisémitisme sont injustifiées malgré les avertissements des leaders communautaires

NEW YORK — Un petit groupe de bénévoles juifs s’est réuni mardi sous les lampadaires d’un parc de l’Upper East Side. Après s’être présentés, ils ont expliqué les raisons pour lesquelles ils faisaient campagne en faveur du candidat à la mairie de New York Zohran Mamdani.
Cette course à la mairie oppose, dans un duel acerbe, le candidat d’extrême gauche et fervent détracteur d’Israël Mamdani à l’ancien gouverneur de New York Andrew Cuomo, centriste pro-israélien.
Tout en se présentant, les bénévoles ont enfilé des t-shirts « Jews for Zohran » (Les Juifs pour Zohran). Ils ont ensuite assisté à une réunion d’information sur la stabilisation des loyers animée par un employé d’une association à but non lucratif spécialisée dans le logement, puis reçu des directives sur la manière de dialoguer avec les électeurs, notamment sur la façon de désamorcer les tensions en cas d’hostilité.
« Si je suis ici, c’est parce que nous devons lutter contre le fascisme chez nous », a déclaré un bénévole. Le groupe a applaudi un autre bénévole qui indiquait que c’était la première fois qu’il allait faire du porte-à-porte.
L’un d’eux a expliqué qu’il s’opposait à la répression de l’immigration menée par l’administration Trump. Un autre a exprimé son soutien au programme de Mamdani en matière de garde d’enfants.
Pendant les campagnes des primaires et des élections générales, des dizaines de milliers de bénévoles se sont déployés dans toute la ville pour apporter leur soutien à Mamdani. Ces jeunes, âgés pour la plupart de 20 à 30 ans, se sont lancés dans une campagne de porte-à-porte organisée par le groupe militant d’extrême gauche Jews for Economic and Racial Justice (JFREJ) dans l’objectif de rallier des votes pour Mamdani en amont des élections générales, prévues le 4 novembre.
Le groupe JFREJ fait partie d’une coalition juive soutenant Mamdani appelée Jews for Zohran, aux côtés des organisations d’extrême-gauche IfNotNow, Bend the Arc et du groupe anti-sioniste Jewish Voice for Peace. Si le JFREJ agit en coordination avec la campagne de Mamdani, cette séance de démarchage était en revanche une initiative indépendante.
La ville de New York abrite la plus grande population juive au monde en dehors d’Israël. Le discours anti-Israël tenu de longue date par le candidat a alarmé de nombreux membres de la communauté. Mercredi, plus de 850 rabbins de tous les États-Unis, y compris des responsables de la ville de New York, ont signé une lettre ouverte mettant en garde contre l’antisionisme de Mamdani. Les dirigeants des mouvements réformés, Masortis et orthodoxes ont pour leur part critiqué Mamdani, ou se sont rangés derrière Cuomo.
D’autres Juifs, soucieux d’un mode de vie et d’un logement abordables, en particulier les jeunes et les progressistes, ont soutenu la campagne de Mamdani, qui est par ailleurs régulièrement placé en tête des intentions de vote. Un sondage réalisé en juillet auprès des électeurs juifs lui a notamment attribué la première place, avec 37 % des voix. Dans ce même sondage, environ la moitié des personnes interrogées ont toutefois déclaré que Mamdani était antisémite. Des sondages plus récents – réalisés auprès d’un échantillon plus restreint de Juifs – ont indiqué des niveaux de soutien variables, avec Mamdani généralement placé en tête.
Auprès de l’ensemble des électeurs, Mamdani, qui se définit comme un socialiste démocrate, devance Cuomo, qui se présente en tant qu’indépendant, de plus de dix points dans presque tous les sondages. Le républicain Curtis Sliwa se place quant à lui derrière Mamdani et Cuomo.
Parcourir les rues
Mardi soir, les organisateurs du JFREJ ont formé des binômes de bénévoles, associant les militants les plus expérimentés aux moins expérimentés.
Une liste d’environ 90 adresses d’électeurs juifs potentiels dans le quartier a été remise à chaque binôme, des adresses recueillies via un logiciel basé sur des données accessibles au public.
« Lors des primaires, nous avons remporté un véritable succès, et les choses évoluent en notre faveur. Mais cela ne signifie pas que nous devons nous reposer sur nos lauriers. C’est parce que nous faisons ce travail que les choses évoluent en notre faveur », a fait remaquer une organisatrice du JFREJ aux militants avant leur départ.
« Nous, New-Yorkais juifs et progressistes, nous voulons avoir notre mot à dire dans le débat », a-t-elle ajouté. « Beaucoup de gens, parmi lesquels les candidats à l’élection et les personnes fortunées, ont tout intérêt à faire croire que les New-Yorkais juifs ne veulent pas que Zohran soit élu. Mais nous savons que ce n’est pas vrai. »
Le JFREJ mène généralement ses opérations de démarchage dans les quartiers plus progressistes, qui sont les plus susceptibles d’être favorables à Mamdani. L’objectif est de mobiliser les électeurs d’une part, et de recruter de nouveaux membres pour le groupe d’autre part. Les bénévoles ont rencontré plus de résistance dans le quartier de l’Upper East Side, qui avait majoritairement voté pour Cuomo lors des primaires au début de l’année. Des primaires finalement remportées, à la surprise générale, par Mamdani, qui est ainsi devenu le candidat du Parti démocrate.
« Soyez sincères. Ce sont vos voisins. Ce ne sont pas des gens avec qui nous voulons nous disputer, mais avec qui nous voulons discuter », a déclaré un organisateur au groupe. « Écoutez ce qu’ils ont à vous dire, écoutez leurs préoccupations, et passez un bon moment. »
Les bénévoles se sont également heurtés aux réalités du terrain. Le quartier est en effet principalement composé de grands immeubles résidentiels, dont les portiers ne laissent pas les bénévoles entrer pour aller frapper aux portes. Et dans les immeubles sans portier, les habitants n’ont pour la plupart pas répondu à leur interphone.
Un groupe de bénévoles a ainsi tenté sa chance dans une quinzaine d’immeubles dans un rayon de quelques pâtés de maisons, abritant plusieurs habitants considérés comme des électeurs juifs potentiels. Les bénévoles, munis de blocs-notes portant l’inscription « Vote your hopes, not your fears » (votez pour vos espoirs, pas pour vos peurs), n’ont réussi à rencontrer en personne qu’un unique résident, qui leur avait ouvert la porte parce qu’il attendait une livraison de nourriture.
« Désolé de vous décevoir. Nous sommes ici pour vous parler des élections de novembre », lui a dit un bénévole. L’homme lui a alors répondu que le moment était mal choisi, son bébé venant tout juste de s’endormir.
Les portiers et les résidents à qui ils ont réussi à parler via leurs interphones ont toutefois réservé aux militants un accueil très courtois. Les bénévoles ont même remporté quelques petits succès. Un portier a été ravi d’apprendre qu’ils soutenaient Mamdani.
« Nous avons besoin d’un changement, de quelque chose de différent », a-t-il déclaré. Les bénévoles lui ont donc laissé quelques brochures, à distribuer à ses amis.
« Je connais très bien votre organisation. Merci », a dit une habitante aux bénévoles via son interphone, refusant poliment de leur ouvrir la porte.
La ville très chère qui ne dort jamais
Selon les militants, c’est l’accent mis par Mamdani sur l’accessibilité financière et les politiques progressistes qui les a motivés. Les sondages ont montré que les New-Yorkais juifs, à l’instar des autres électeurs, sont principalement intéressés par des questions liées à la vie quotidienne telles que la criminalité et le pouvoir d’achat, les préoccupations juives demeurant toutefois un facteur important.
Les ambitieuses promesses électorales de Mamdani, parmi lesquelles la gratuité des bus et le gel des loyers pour certains types de logements, ont mobilisé ses partisans. Elles ont toutefois également soulevé des questions touchant à la faisabilité et à l’efficacité de ces projets. Mamdani, âgé de 34 ans, est le représentant d’une circonscription du Queens à l’Assemblée de l’État – et n’a que peu d’expérience en tant que législateur.
Michelle Green, âgée de 76 ans, est l’une de ces bénévoles. Véritable exception dans le groupe, nouvelle membre du JFREJ, elle a décidé de soutenir Mamdani en raison de ses « idées nouvelles » et de l’importance qu’il accorde aux conditions de vie.
« Je suis une New-Yorkaise juive, et j’ai l’impression que la plupart de mes préoccupations sont identiques à celles des autres », a-t-elle fait savoir. « Il s’intéresse à la sécurité. Il se soucie également de nos enfants, les New-Yorkais juifs qui n’ont pas les moyens de se payer un appartement. »
« Nombre d’entre nous, New-Yorkais juifs de la classe moyenne, aimons notre ville. Nous n’avons aucune envie de la quitter. Il souhaite la rendre plus sûre, et meilleure pour les jeunes », a-t-elle poursuivi. « Nous nous soucions également de nos voisins. Nous ne nous concentrons pas uniquement sur nos enfants. »
L’une des bénévoles, Lilly Sandberg, a indiqué avoir rejoint le JFREJ en 2018, et s’être principalement impliquée dans le travail de soutien du groupe aux immigrants. Elle avait auparavant fait campagne pour Mamdani avec son équipe et le JFREJ, effectuant du démarchage en porte-à-porte et par téléphone. Ses expériences de porte-à-porte avaient été très variées, raconte-t-elle. Certains électeurs se montraient enthousiastes à l’égard de Mamdani, d’autres hostiles, et d’autres encore étaient curieux de connaître ses opinions politiques.
« D’après mon expérience, l’antisémitisme est un sujet qui a été abordé, mais qui n’a pas autant été évoqué que la question du pouvoir d’achat », a-t-elle constaté. « C’est cette question-là qui empêche les gens de dormir la nuit. »
Si Lilly Sandberg a pu s’identifier à cette campagne, c’est parce que celle-ci a mobilisé des personnes qui ne s’intéressent généralement pas à la politique locale, et tout particulièrement après l’élection du président américain Donald Trump l’an dernier, a-t-elle souligné.
Sandberg, qui travaille pour une organisation à but non lucratif d’aide aux migrants, a précisé soutenir les politiques progressistes de Mamdani en matière d’immigration, de garde d’enfants et de transports en commun.
« Je veux pouvoir continuer à vivre à New York. Je suis extrêmement attachée à la question de la stabilisation des loyers », a-t-elle déclaré. « Je suis très motivée par l’accent mis sur le problème du pouvoir d’achat. »
Une recrudescence de l’antisémitisme ?
De nombreux New-Yorkais juifs, pour leur part, s’alarment des propos virulents tenus par Mamdani à l’encontre d’Israël, incluant notamment ses accusations répétées de génocide, son passé d’anti-sioniste et sa défense de l’expression « mondialisation de l’intifada », qu’il a depuis déclaré vouloir « réfrener ». La crainte des dirigeants juifs est que les propos visant Israël ne suscitent de l’hostilité ou de la violence à l’égard des Juifs sionistes. Selon les données de la police de New York (NYPD), les Juifs sont beaucoup plus souvent victimes de crimes de haine dans la ville que les autres groupes.
Elliot Cosgrove, un rabbin Masorti de premier plan, a fait savoir cette semaine que Mamdani « représente un danger pour la sécurité de la communauté juive de New York ». D’autres dirigeants et groupes communautaires juifs ont également lancé des mises en garde à son sujet.
Si la bénévole démarcheuse Green, qui a déclaré fréquenter une synagogue Masorti, s’est montrée sensible aux craintes exprimées, elle a toutefois estimé que ceux qui s’inquiétaient au sujet de Mamdani se méprenaient à son sujet, et que leurs peurs n’étaient pas justifiées.
« Ils devraient l’écouter vraiment, pour saisir quels sont les objectifs véritables de sa campagne. Je comprends leurs inquiétudes », a-t-elle expliqué. « Zohran n’est pas antisémite. Il ne faut pas avoir peur. »
Mamdani a présenté un plan de lutte contre l’antisémitisme et les autres crimes de haine, axé sur « l’éducation et le renforcement de la communauté ».
Selon Sandberg, bénévole de longue date, « Zohran souhaite vraiment nouer des relations solides avec la communauté juive ».
« Ce qui me touche particulièrement chez lui en tant que candidat et dans sa campagne, c’est qu’il considère que la sécurité des Juifs est liée à celle des autres groupes », a-t-elle ajouté. « Si nous luttons simultanément contre l’islamophobie, la haine des migrants, le racisme anti-Noirs et l’antisémitisme, tous ces combats s’en trouvent renforcés. »
Une fois le porte-à-porte terminé, les bénévoles se sont réunis devant un bar de l’Upper East Side, dans une ambiance optimiste – malgré leur incapacité à toucher beaucoup d’électeurs.
« On voudrait toujours parler au plus de monde possible, mais je ne suis pas surpris », a conclu un bénévole.
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