Où se situe Joe Biden sur les sujets qui intéressent les électeurs juifs en 2020
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Où se situe Joe Biden sur les sujets qui intéressent les électeurs juifs en 2020

En plus des questions de politique interne, les Juifs américains tiennent compte de la position des candidats sur Israël, l’antisémitisme et d’autres sujets

L'ancien vice-président Joe Biden s'exprime à la Conférence des questions Démocrates de la Chambre à Capitol Hill à Washington, le mercredi 7 février 2018. (AP Photo/Pablo Martinez Monsivais)
L'ancien vice-président Joe Biden s'exprime à la Conférence des questions Démocrates de la Chambre à Capitol Hill à Washington, le mercredi 7 février 2018. (AP Photo/Pablo Martinez Monsivais)

Lors d’un récent débat pour l’investiture Démocrate le 19 décembre, l’ancien vice-président et sénateur Joe Biden a fustigé le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu pour avoir dérivé vers l’extrême droite. Il a appelé à maintenir une pression constante sur Israël afin de parvenir à une solution à deux Etats pour le conflit israélo-palestinien.

Biden a déclaré : « Bibi Netanyahu et moi, nous nous connaissons bien. Il sait que je pense que ce qu’il fait est scandaleux… nous devons constamment mettre la pression sur les Israéliens pour aller vers une solution à deux Etats, mais sans leur retirer l’aide pour leur sécurité ».

Biden a déjà fait une longue carrière en politique, 46 ans et cela continue. Il a été un allié proche des communautés juives américaines et d’Israël pendant tout ce temps-là, et il est maintenant l’un des principaux prétendants à l’investiture Démocrate pour 2020. Voilà comment il s’est positionné, plus récemment, sur des questions juives.

Qu’a dit et fait Joe Biden pour lutter contre l’antisémitisme ?

En 2014, sur son compte Twitter en tant que vice-président, il a partagé un message fort : « Il n’y a aucune menace qui ne m’inquiète plus que la montée de l’antisémitisme. Il faut faire preuve d’une tolérance zéro face à l’antisémitisme ».

En 2016, s’exprimant lors de la conférence annuelle de l’AIPAC, le plus important lobby pro-Israël du pays, Biden a déclaré : « Israël existera toujours, fort et capable, comme une garantie ultime de sécurité pour le Peuple juif dans le monde. C’est une obligation morale que nous avons. Plus jamais, jamais, jamais – et sans Israël, il n’y a aucune garantie… contre le mal pernicieux et persistant de l’antisémitisme. Il continue à montrer son horrible visage. Il est en recrudescence dans de trop nombreux endroits du monde, particulièrement en Europe ».

Et sur l’antisémitisme aux Etats-Unis ?

Biden a construit sa campagne présidentielle sur l’idée qu’il mène un combat pour sauver « l’âme de la nation ». Il a fait de la réaction de Trump aux événements de Charlottesville un élément clef de sa campagne. Dans le message d’annonce de sa candidature, Biden a décrit ceux qui ont défilé à Charlottesville en août 2017 comme « montrant les crocs du racisme, en chantant la même haine antisémite que l’on a entendue en Europe dans les années 1930 ».

Le vice-président Joe Biden parle à Basya Fogelman, âgée de 9 ans, originaire de Wilkes Barre en Pennsylvanie, à droite, et Simmy Hershkop, âgée de 11 ans, originaire de Wooster dans le Massachusetts, à gauche, après qu’elles ont lu leurs textes victorieux sur ce qu’Hanoukka représente pour elles. Elles participent à l’Allumage national de la Menorah lors d’une cérémonie marquant le début de la célébration d’Hanoukka à l’Ellipse non loin de la Maison Blanche à Washington, le mardi 16 décembre 2014. (Crédit photo: AP/Cliff Owen)

Quand Trump a déclaré que les Juifs américains qui votent pour les Démocrates étaient « déloyaux », Biden a répondu : « M. le président, ces commentaires sont insultants et inexcusables… C’est peut-être à votre niveau, mais ce n’est pas au niveau de la fonction que vous occupez ».

Quand il a publié un communiqué sur la fusillade de la synagogue Poway, Biden a déclaré « Nous devons nous exprimer contre cette intolérance et la violence des armes à feu ». Il a de nouveau souligné que « nous sommes dans une bataille pour l’âme de cette nation », une expression qu’il a tweetée environ 30 fois.

Après que l’élue Ilhan Omar a été critiquée pour avoir fait des remarques perçues par certains comme étant antisémites sur la richesse et l’influence juive en février, la chambre des Représentants a voté une résolution pour condamner l’antisémitisme. Le texte a largement été interprété comme une critique des commentaires d’Omar.

Biden n’a pas réagi aux propos polémiques d’Omar, mais il a demandé au gouvernement de Netanyahu de la laisser entrer en Israël après que Trump a demandé à Israël de ne pas l’autoriser à entrer dans le pays.

Que dit-il sur le mouvement BDS ?

Il est fermement opposé au mouvement.

S’exprimant devant l’AIPAC en 2016, Biden a déclaré « C’est mal. C’est mal. Je sais que ce n’est pas populaire de le dire, mais c’est mal. Car, comme le Peuple juif le sait mieux que n’importe quel autre peuple, toute action qui vise à marginaliser une ethnie ou des groupes religieux nous met tous en danger ».

Le vice-président américain Joe Biden avec le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, dans la ville de Ramallah en Cisjordanie, le 9 mars 2016 (Crédit : FLASH90)

Quelle est la relation de Biden avec les groupes juifs ?

Au cours de ses décennies passées en politique, Biden a développé une relation très forte avec l’AIPAC. En 2013, lors de la conférence annuelle de l’AIPAC, Biden a dit « dans les années 70 et 80, j’ai fait plus de levées de fonds pour l’AIPAC que quiconque ». Il est régulièrement invité à la conférence politique annuelle, et il est intervenu à une conférence de
J Street, un groupe libéral que soutient une solution à deux Etats et fait pression sur les partis américains pour y arriver.

L’une de ses histoires préférées que Biden aime raconter est un souvenir d’enfance avec son père : C’est en 1948, juste avant la fondation d’Israël. Biden a six ans et il est assis à la table de diner avec sa famille. Son père explique qu’il ne peut pas comprendre comment il peut y avoir certaines personnes qui ne veulent pas reconnaître Israël en tant qu’Etat. C’est là qu’il a entendu pour la première fois l’expression « Plus jamais », a-t-il dit (même si cette expression n’est devenue populaire que bien des années plus tard). Biden revient souvent à cette anecdote dans ses discours pour mettre en avant ses convictions pro-Israël de longue date.

Comme l’a souligné Ron Kampeas, le correspondant du JTA à Washington, « beaucoup de gens dans les cercles pro-Israël connaissent déjà bien les anecdotes juives de Biden, mais il n’y a pas pour autant moins d’applaudissements ».

Le vice-président américain Joe Biden s’exprime à la conférence de l’AIPAC 2016, le 20 mars 2016 à Washington, DC. (Molly Riley/AFP)

Ses opinions sur Israël et sur ses politiques

En 1986, lors d’un discours prononcé devant le Sénat sur les ventes d’armes au Moyen Orient, Biden a déclaré : « Il est temps d’arrêter de nous excuser de soutenir Israël, il n’y a aucune excuse à faire. C’est le meilleur investissement possible pour ces 3 milliards de dollars. S’il n’y avait pas d’Israël, les Etats-Unis d’Amérique devraient inventer Israël pour protéger ses intérêts dans la région ».

En 1973, alors jeune sénateur de 30 ans du Delaware, le premier voyage de Biden à l’étranger était vers Israël. C’était à la veille de la Guerre de Yom Kippour et Biden avait rencontré la Première ministre de l’époque Golda Meir. Il a déclaré que cela avait été « l’une des rencontres les plus marquantes de ma vie ».

L’anecdote de Biden rencontrant Golda Meir, comme l’a remarqué Ron Kampeas du JTA, est un autre « élément de base de ses discours » pour la communauté juive.

« Je me souviens l’avoir rencontrée pendant presque une heure, s’est souvenu Biden dans un discours de 2015 à l’occasion de Yom HaAtsmaout. « Elle était passée par la guerre des Six Jours, et le prix fort qui avait été payé. Et je venais tout juste de visiter l’Egypte… il y avait des manœuvres qui se déroulaient dans le désert. J’étais vraiment inquiet. Et nous avons poursuivi notre rencontre, et elle a brossé un tableau très sombre de la situation – très franchement, elle m’a vraiment effrayé sur la situation ».

Benjamin Netanyahu, à gauche, et le vice-président américain Joe Biden à Jérusalem, le 9 mars 2010. (Emil Salman/Pool/Flash90)

« Elle m’a dit, sénateur, vous avez l’air inquiet. J’ai dit, eh bien, mon Dieu, madame la Première ministre, et je me suis retourné pour la regarder. Je lui ai dit, avec le tableau que vous me présentez. Elle a répondu ‘Oh, ne vous inquiétez pas… nous avons une arme secrète dans notre conflit avec les Arabes. Vous voyez, nous n’avons nulle part ailleurs où aller ».

Depuis lors, Biden s’est lui-même défini comme « un soutien fidèle d’Israël », un pays qui « partage nos valeurs démocratiques ». Il a également dit à J Street en 2013 qu’il « n’y a aucune contradiction entre être progressiste et être un partisan d’Israël ».

En novembre 2019, Biden a tweeté dans le sillage des attaques de roquettes tirées depuis Gaza « qu’Israël a le droit de se défendre contre des menaces terroristes ».

Où se situe-t-il sur la résolution du conflit israélo-palestinien ?

En août, Biden a déclaré au Conseil des relations étrangères : « Je pense qu’une solution à deux Etats est le seul chemin pour garantir la sécurité d’Israël à long-terme, tout en conservant son identité en tant qu’Etat juif et démocratique. C’est également le seul moyen d’assurer la dignité palestinienne et leur intérêt légitime pour l’auto-détermination nationale. Et c’est une condition nécessaire pour profiter pleinement de l’ouverture qui existe déjà d’une plus grande coopération entre Israël et ses voisins arabes ».

Il a poursuivi : »A présent, ni les responsables israéliens ni les responsables palestiniens ne semblent être prêts à prendre le risque politique nécessaire pour faire des progrès à travers des négociations directes ». En tant que président, il a expliqué que son but serait « d’appeler les deux camps à prendre des mesures pour garder en vie la possibilité d’une solution à deux Etats ».

Le vice-président Joe Biden s’exprime lors du Forum Saban, le samedi 6 décembre 2014. (Capture d’écran : YouTube)

Quand on l’a interrogé sur les chances qu’a Jared Kushner de faire des progrès sur le sujet, Biden a ri et déclaré : « Quelle expertise apporte-t-il pour cela ? »

Biden a dit qu’il ne déplacerait pas l’ambassade américaine à Tel Aviv, après que Trump l’a transférée à Jérusalem dans une décision polémique. Mais Biden a déclaré qu’il rouvrirait un consulat à Jérusalem est pour les Palestiniens.

Quand il a été interrogé par des activistes du groupe IfNotNow pour savoir s’il « s’engagerait à exercer des pressions fortes sur le gouvernement israélien pour mettre un terme à l’occupation », Biden a répondu « Oui, mais il faut aussi faire pression sur les Palestiniens, pour faire cesser la haine et les appels à la violence ».

Quelle est la position de Biden sur les implantations et sur l’aide à destination d’Israël ?

Alors que d’autres concurrents à l’investiture ont laissé entendre qu’ils pourraient utiliser l’aide allouée à Israël pour faire pression sur l’Etat juif afin qu’il change ses politiques, Biden s’est ouvertement opposé à cette idée.

En novembre 2019, Biden a déclaré à PBS : « Je m’oppose fermement à la politique israélienne d’implantation en Cisjordanie… Mais l’idée qu’il faudrait couper l’aide militaire à un allié, notre seul et véritable allié dans toute la région, est absolument absurde. Cela va au-delà de ma compréhension que l’on puisse vouloir faire cela ».

Le Conseiller américain à la Sécurité nationale de l’époque Tom Donilon (à droite) avec l’ancien ministre de la Défense Ehud Barak (à gauche), et le vice président américain Joe Biden, dans la West Wing à Washington DC. (photo credit: David Lienemann/White House/FLASH90)

Il a fait écho à cette position dans une déclaration à un journaliste du Washington Post, qualifiant « d’absolument scandaleuse » l’idée de faire pression sur Israël en utilisant l’aide.

Mais cela n’a pas empêché Biden de critiquer Israël, à de nombreuses reprises, pour sa politique d’implantations. En 2016, Biden a déclaré que les implantations nuisaient « à la perspective d’une solution à deux Etats » – faisant écho aux positions de son président de l’époque, Barack Obama, et de son Secrétaire d’Etat John Kerry.

Que pense Biden au sujet de Netanyahu ?

Il y a des hauts et des bas, mais en 2014, Biden a déclaré lors d’un discours prononcé au Brookings Institute : « Envoyez ce message à Bibi : ‘Je l’aime. Je l’aime’. Je lui ai dédicacé une photo il y a des années. J’ai dit, ‘Bibi, je ne suis pas d’accord avec le moindre mot que vous avez dit, mais je vous aime’ ».

Biden connaît bien son public. Il a parlé des deux Netanyahu, le bon Bibi et le mauvais Bibi, à deux semaines d’intervalle dans des discours à l’AIPAC et puis à J Street. Netanyahu comprend « l’impératif de la paix », a déclaré Biden à l’AIPAC. Netanyahu conduit Israël dans la « mauvaise direction », a-t-il ensuite dit à J Street.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et sa femme Sara reçoivent le vice-président des Etats-Unis Joe Biden et sa femme, Jill, au Bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 9 mars 2016. (Amos Ben Gershom/GPO)

S’exprimant lors d’une conférence de J Street en 2016, Biden a déclaré que le direction qu’Israël entraînait une « énorme frustration au sein du gouvernement américain ». Netanyahu était Premier ministre en 2016, et pendant l’intégralité du mandat de Biden en tant que vice-président.

Des officiels israéliens ont été reconnaissants envers Biden pour avoir fait bonne figure après que le gouvernement israélien l’a mis dans une situation embarrassante – sans faire exprès, selon Netanyahu – en annonçant de nouvelles constructions à Jérusalem est lors d’une visite de Biden en 2010. Biden a condamné l’annonce et est arrivé en retard à un diner avec Netanyahu, mais il a poursuivi la visite et a prononcé un discours pro-Israël très enthousiaste.

Un élément juif amusant sur Biden

Biden n’est pas juif, mais il a beaucoup de Juifs dans sa famille. Deux de ses belles-filles étaient juives –la femme de son fils Hunter est Melissa Cohen, d’Afrique du sud, et son fils maintenant décédé, Beau, était marié à une autre femme juive, Hallie Olivere. (Après le décès de Beau, Hallie et Hunter sont sortis ensemble. C’est compliqué !). L’une des deux filles de Biden, Ashley, est mariée à Howard Krein, un chirurgien plastique et ORL juif.

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