Pollard accuse des responsables US d’avoir divulgué sa rencontre avec Huckabee
L’ex-espion israélien affirme que des éléments anti-Israël voulaient nuire à l’ambassadeur et accuse Kushner et Witkoff de servir des intérêts étrangers et de traiter avec des terrorists

L’ancien espion israélien Jonathan Pollard a accusé jeudi des éléments anti-Israël et isolationnistes au sein de l’administration américaine d’avoir divulgué au New York Times sa rencontre informelle avec l’ambassadeur des États-Unis en Israël, Mike Huckabee, afin de discréditer ce dernier et d’obtenir son départ forcé.
« L’article du New York Times s’inscrit dans une campagne visant à discréditer l’ambassadeur et à provoquer sa destitution. Je pense que ceux qui en sont à l’origine sont des éléments anti-Israël au sein de l’administration Trump, des néo-isolationnistes… et peut-être aussi des éléments pro-saoudiens et pro-qataris qui aimeraient voir un ambassadeur comme Huckabee renvoyé chez lui », a déclaré Pollard dans une interview à i24.
Pollard a expliqué avoir sollicité cette rencontre pour remercier Huckabee de ses efforts en faveur de sa libération conditionnelle en 2015, ainsi que pour la gentillesse dont il avait fait preuve envers sa défunte épouse Esther, alors qu’il était incarcéré aux États-Unis.
Emprisonné aux États-Unis pendant trente ans pour espionnage au profit d’Israël, Pollard a également accusé l’envoyé américain au Moyen-Orient Steve Witkoff et le conseiller de la Maison Blanche Jared Kushner de représenter les intérêts saoudiens et qataris plutôt que ceux des États-Unis dans la négociation du cessez-le-feu à Gaza. Il a ajouté qu’il les méprisait pour avoir, selon lui, « continué à traiter avec des terroristes ».
Il a qualifié le plan de cessez-le-feu en 20 points, qui envisage la possibilité d’un État palestinien, de menace pour la sécurité d’Israël et « d’atteinte à son indépendance ». Concernant l’accord de trêve et d’échange d’otages du 9 octobre, fondé sur ce plan, il estime qu’il n’aurait eu de sens que si Israël avait « déchaîné l’enfer sur le Hamas » après la libération, le 13 octobre, des 20 derniers otages vivants de Gaza.
La chaîne israélienne i24 s’est entretenue avec Pollard à la suite de l’article publié jeudi, qui détaillait sa rencontre avec Huckabee et qui aurait alarmé le chef de la station de la CIA en Israël. La Maison Blanche a déclaré n’en avoir pas été informée.
« La Maison Blanche n’était pas au courant de cette rencontre, mais le président soutient l’ambassadeur Huckabee et tout ce qu’il fait pour les États-Unis et pour Israël », a affirmé la porte-parole Karoline Leavitt lors du point presse du jour.
Q: Ambassador Huckabee had a meeting with Jonathan Pollard, a former US citizen who was convicted and spent 3 decades in jail for selling state secrets to Israel. Did the WH know that meeting was happening?
LEAVITT: The WH was not aware of that meeting but the president stands… pic.twitter.com/mro1PNn224
— Aaron Rupar (@atrupar) November 20, 2025
Au cours de l’entretien, diffusé en anglais et sous-titré en hébreu sur i24, Pollard a laissé entendre que le chef de la station de la CIA à l’ambassade des États-Unis pourrait être à l’origine de la fuite au NYT concernant sa rencontre avec Huckabee.
Pollard a décrit cet entretien avec l’ambassadeur comme « personnel » et « amical », précisant qu’il s’agissait de la première fois qu’il était reçu par un représentant du gouvernement américain depuis sa libération.
« Beaucoup pensent que j’éprouve de la colère envers les États-Unis, mais ce n’est pas le cas », a déclaré Pollard, aujourd’hui âgé de 70 ans, condamné en 1987 à la réclusion à perpétuité pour avoir transmis des secrets à Israël alors qu’il était analyste dans la marine américaine.
« Certains ont menti à mon sujet, ont menti au sujet d’Israël, ont tenté de m’utiliser comme une arme pour nuire à la relation particulière entre les États-Unis et Israël. Ce sont ces personnes qui me posent problème », a-t-il ajouté. « Mais je n’ai absolument aucune objection à discuter avec des personnes comme l’ambassadeur Huckabee ou d’autres. »
« Honnêtement, je n’ai jamais imaginé un seul instant que cette rencontre pourrait être utilisée par certains éléments au sein de l’ambassade américaine et de l’administration Trump comme un outil pour embarrasser l’ambassadeur et le faire ensuite démettre de ses fonctions », a affirmé Pollard.
« J’ai été puni. Trente ans, c’est long », a rappelé Pollard au sujet de son incarcération. « Le fait que je n’aie pas vraiment coopéré avec les autorités à l’époque, qui voulaient m’utiliser comme une arme contre Israël, reste, je pense, un sujet de ressentiment pour certains membres de la communauté du renseignement américain. »
Évoquant de nouveau la fuite vers le NYT, Pollard a ajouté que s’il devait « formuler une hypothèse, je dirais que c’est cette communauté, et en particulier la station de la CIA à l’ambassade, qui a probablement orchestré cette campagne visant à discréditer l’ambassadeur. »
Huckabee compte parmi les défenseurs les plus fervents du gouvernement israélien au sein de l’administration du président américain Donald Trump, dont la base électorale MAGA comprend un important contingent qui se méfie de l’influence d’Israël sur la politique américaine.
Pasteur baptiste et ancien gouverneur de l’Arkansas, Mike Huckabee avait réaffirmé son soutien en faveur de la poursuite de la construction d’implantations en Cisjordanie par le gouvernement américain, en réponse à la reconnaissance de l’État palestinien par plusieurs pays occidentaux durant l’été.
« Je les méprise »
Interrogé sur la question de savoir si cette rencontre pourrait causer des problèmes à Mike Huckabee au sein de l’administration Trump, Pollard n’a pas répondu directement, préférant s’en prendre à Steve Witkoff et Jared Kushner pour avoir rencontré des représentants du groupe terroriste palestinien du Hamas alors même que le groupe avait dirigé le pogrom meurtrier dans le sud d’Israël le 7 octobre 2023, déclenchant la guerre à Gaza.
« Les représentants américains, en particulier ceux de l’administration Trump, des gens comme Jared Kushner, des gens comme Steve Witkoff… je les méprise », a déclaré Pollard. « Je trouve répugnant que des personnes comme eux continuent à rencontrer des terroristes qui ont assassiné notre peuple et organisé des campagnes pour discréditer Israël. Mais pour certains, cela ne pose aucun problème. »
Kushner, qui est le gendre de Trump, et Witkoff ont rencontré au moins une fois le haut responsable du Hamas Khalil al-Hayya et d’autres membres haut-placés du Hamas afin de conclure l’accord de cessez-le-feu du 9 octobre.
« Steve Witkoff peut rencontrer ceux qui ont ordonné le massacre de nos concitoyens le 7 octobre, et personne ne semble trouver cela problématique, sous prétexte qu’il travaille pour la paix », a lancé Pollard.
« Non : il travaille pour son compte en banque », a-t-il poursuivi, faisant apparemment référence aux investissements que la société familiale Witkoff aurait sollicités auprès du Qatar, qui soutient le Hamas.
Selon Pollard, en négociant le cessez-le-feu à Gaza, Witkoff et Kushner « ont tout fait pour nous empêcher de remporter la victoire à Gaza ».
« Ils ne représentent pas les États-Unis, mais l’Arabie saoudite et le Qatar, et accessoirement la Turquie », a affirmé l’ancien espion israélien. « En aucun cas je ne vois dans ce qu’ils ont fait pour nos otages un geste altruiste. Les gens doivent comprendre que ce n’est pas parce qu’une personne a l’air d’être notre amie qu’elle l’est réellement. »
Pollard a précisé que ses propos ne traduisaient pas un manque de gratitude envers Witkoff et Kushner, car selon lui, aucune gratitude n’était due.
« Si, immédiatement après la libération des otages vivants, nous avions déchaîné l’enfer sur le Hamas et mis fin à sa présence à Gaza, j’aurais dit que toutes les négociations pour libérer les otages en valaient la peine », a-t-il expliqué.
« Mais aujourd’hui, le plan de paix en 20 points que le président nous a imposé sape notre indépendance et met en péril la sécurité du pays. »
Pollard a été arrêté en 1985. Reconnu coupable d’espionnage, il a été condamné à la prison à vie deux ans plus tard après avoir plaidé coupable dans le cadre d’un accord qui, selon ses avocats, devait lui permettre d’obtenir une peine plus clémente. Israël a longtemps œuvré pour obtenir sa libération. Lorsqu’il a été placé en liberté conditionnelle en 2015, il s’est vu interdire de voyager à l’étranger, soumis à un couvre-feu, contraint de porter un bracelet électronique et interdit de travailler pour toute entreprise dont les systèmes informatiques n’étaient pas équipés d’un dispositif de surveillance du gouvernement américain.
Pollard est arrivé en Israël en 2020 avec son épouse, Esther, décédée en 2022. Il exprimait depuis longtemps son souhait de s’installer dans le pays, qui lui avait accordé la citoyenneté en 1995 alors qu’il était encore incarcéré.
Jacob Magid a contribué à cet article.







