Pour Teen Vogue, critiquer Israël est devenu tendance
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Pour Teen Vogue, critiquer Israël est devenu tendance

Le magazine compare défavorablement les politiques à l'égard des Palestiniens à la violence policière américaine contre les minorités non armées

Une tribune dans Teen Vogue compare de façon peu flatteuse le maintien de l'ordre dans les communautés minoritaires aux États-Unis et en Israël. (Lily Hong/Flickr via JTA)
Une tribune dans Teen Vogue compare de façon peu flatteuse le maintien de l'ordre dans les communautés minoritaires aux États-Unis et en Israël. (Lily Hong/Flickr via JTA)

JTA – Autrefois magazine incontournable pour les jeunes passionnés de la mode, Teen Vogue a élargi son contenu en 2016, passant d’une vision apparemment libérale à une « couverture plus agressive de la politique, du féminisme, de l’identité et du militantisme ».

Maintenant, parmi les articles sur le maquillage, les célébrités et les tendances vestimentaires, Teen Vogue aimerait donner à Israël un relooking progressif.

La tribune « Do Better » [Faire mieux] du 16 juillet de Lincoln Anthony Blades, qui traite de la race, la culture et la société, compare les pratiques policières concernant les communautés minoritaires aux États-Unis et en Israël, et non d’une manière flatteuse.

« L’histoire récente de la violence policière exercée sur des citoyens noirs et métisses non armés par les forces de l’ordre américaines fait écho à l’histoire récente d’Israël qui traite les Palestiniens comme des insurgés violents », a écrit Blades.

« Les forces de l’ordre américaines et celles de l’armée et des forces de l’ordre israéliennes partagent plus que les modes de maintien de l’ordre similaires ; elles ont en commun la responsabilité de ce que beaucoup considèrent comme de nombreuses violations des droits de l’homme et des droits civils.

Blades poursuit en affirmant : « Tant que les deux nations ne feront pas de sérieux efforts pour améliorer leurs pratiques policières, d’autres civils mourront. »

Combattre les positions sécuritaires et policières des deux pays – et parfois accuser Israël de l’agressivité des forces de l’ordre américaines qui ont participé à des séminaires antiterroristes en Israël – est devenu un trope commun à gauche.

Il en va de même des comparaisons entre les manifestants pour la justice sociale ici et les manifestants palestiniens en Israël, en Cisjordanie et à Gaza. C’est la comparaison faite par Alexandria Ocasio-Cortez, candidate au Congrès de New York, qui, dans une interview avec Glenn Greenwald pour le site du magazine en ligne The Intercept, a comparé des Palestiniens tués par les forces israéliennes alors qu’ils tentaient de franchir la barrière de Gaza avec des manifestants à Ferguson, des Black Lives Matter au Missouri ou des grèves des enseignants dans l’ouest de la Virginie.

Alexandria Ocasio-Cortez photographiée par Jesse Korman, 20 octobre 2017.

La Ligue antidiffamation [Anti-Defamation League – ADL] et d’autres organisations juives ont toujours réfuté cette comparaison, affirmant que les manifestants palestiniens ont souvent recours à la violence, et que les manifestations à Gaza en particulier sont orchestrées par le Hamas, l’organisation terroriste palestinienne qui contrôle la bande de Gaza et qui promet ouvertement la destruction d’Israël.

Dans son article, Blades note que la police américaine a participé à une formation antiterroriste en Israël.

Mais ni Blades ni d’autres personnes qui ont évoqué la formation n’ont fourni la preuve que cette formation a influencé la manière dont la police américaine se comporte avec les minorités.

L’ADL, qui organise de nombreux programmes de lutte contre le terrorisme, souligne qu’elle est l’un des chefs de file du pays en matière de formation sur les préjugés implicites et la diversité dans l’application de la loi.

Les groupuscules d’extrême gauche sont fans de l’approche de Teen Vogue sur Israël. Jewish Voice for Peace et Code Pink, qui soutiennent tous deux le boycott d’Israël, ont tweeté positivement sur l’article de Blades.

Parmi les critiques, cependant, il y a Emily Shire, une écrivaine qui s’identifie à la fois comme féministe et sioniste. Elle a tweeté au sujet de l’article de Blades, affirmant que Teen Vogue « prend fait et cause pour les critiques sans nuance ; ici, il s’agit de colporter des théories conspirationnistes sur Israël, mais de nombreux sujets font l’objet de ce traitement. Cela confirme mes inquiétudes au sujet de ce qui est actuellement la version la plus bruyante du féminisme. »

En février, Karen Bekker du Committee for Accuracy in Middle East Reporting in America [Organisme américain pro-israélien à but non lucratif de surveillance des médias – CAMERA] a écrit un article intitulé « Intersectionality is making Teen Vogue’s editors stupid » en disant que le magazine « promeut un narratif palestinien unilatéral à ses lecteurs adolescents ».

« Il ressort clairement de leur couverture médiatique que les rédacteurs et les journalistes de Teen Vogue en savent très peu sur le conflit israélo-palestinien ou sur les nombreuses questions complexes en jeu », a écrit Bekker.

« En discutant du sujet en décembre 2016, le magazine s’est appuyé sur Stephen Zunes, un universitaire anti-israélien d’extrême gauche, qui a qualifié – de façon absurde – la première Intifada de ‘non-violente’ et qui a faussement expliqué aux lecteurs de Teen Vogue qu’il y a des ‘autoroutes réservées aux Juifs' ».

Manifestation devant le Dôme du Rocher après des affrontements entre lanceurs de pierre palestiniens et forces israéliennes au mont du Temple, le 27 septembre 2015. (Crédit : AFP PHOTO/AHMAD GHARABLI)

Cet article faisait apparemment référence à une route près de l’implantation d’Efrat en Cisjordanie, qui est fermée aux voitures et aux piétons palestiniens depuis l’assassinat de deux femmes juives par des terroristes en mai 2001.

« Malgré le fait que le magazine emploie des journalistes qui n’ont aucune compétence dans ce domaine, il poursuit avec détermination un combat contre Israël », a déclaré Mme Bekker.

Parmi les autres articles de Teen Vogue sur le conflit israélo-palestinien, on peut citer « A Letter to Gigi Hadid from Palestinian Youth » ; « I Am a Jewish Teen and I Support the Palestinian Cause » ; et « At Cannes, Attendees Are Raising Awareness About Palestinian Protester Deaths » qui reflètent également un engagement de gauche en faveur de la « corrélation », liant le soutien aux groupes marginalisés comme les femmes, les Afro-américains et la communauté LGBTQ à la cause palestinienne.

KC Johnson, professeur d’histoire au Brooklyn College, ancien professeur Fulbright à l’Université de Tel Aviv et collaborateur régulier du Washington Post, a déclaré que la corrélation ne tient pas compte du comportement relativement tolérant d’Israël sur ces questions.

« Il y a beaucoup de preuves qui montrent que définir le libéralisme à travers le prisme intersectionnel a eu pour effet de faire d’Israël un « oppresseur » et donc une nation qui mérite d’être condamnée », a déclaré Johnson à JTA plus tôt ce mois-ci, « même si ses politiques actuelles sur les questions liées à cette question sont infiniment meilleures que celles de ses voisins ».

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