Pourquoi ces 5 Juifs européens font la promotion des partis d’extrême droite
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'Ce n'est pas mieux à gauche'

Pourquoi ces 5 Juifs européens font la promotion des partis d’extrême droite

Les circonstances peuvent apporter des alliés politiques les plus improbables - comme ces leaders communautaires qui soutiennent des candidats prétendument sectaires envers eux

Dans le sens des aiguilles d'une montre, à partir de la gauche : Shneur Odze, à gauche et le membre du Parlement de l'UKIP  Jonathan Arnot (Autorisation), David Lasar (Autorisation du Parti de la Liberté) ;  Gidi Markuszower (Crédit : Robin van Lonkhuijsen), Kent Ekeroth (Autorisation des démocrates de Suède ), Michel Thooris (Autorisation du Front National), toutes les photos via JTA.
Dans le sens des aiguilles d'une montre, à partir de la gauche : Shneur Odze, à gauche et le membre du Parlement de l'UKIP Jonathan Arnot (Autorisation), David Lasar (Autorisation du Parti de la Liberté) ; Gidi Markuszower (Crédit : Robin van Lonkhuijsen), Kent Ekeroth (Autorisation des démocrates de Suède ), Michel Thooris (Autorisation du Front National), toutes les photos via JTA.

JTA — Ils parlent des langues différentes et ils vivent dans différents pays. Certains d’entre eux sont strictement pratiquants et d’autres laissent de côté le cachère. Certains sont sépharades, d’autres ashkénazes.

Aussi diverses que les communautés juives auxquelles ils appartiennent, les Juifs qui font la promotion des partis nationalistes qui connaissent actuellement un regain croissant de popularité sont néanmoins réunis dans leur peur de l’islam radical, dans leur soutien à Israël et dans leur volonté à soutenir des politiciens honnis et considérés comme racistes par la majorité.

Dans un contexte d’avancée historique des partis désireux de quitter l’Union européenne et en amont d’un vote présidentiel décisif en France, JTA s’est entretenu avec quatre Juifs éminents dont les partis sont largement considérés comme appartenant à l’extrême-droite en France, au Royaume-Uni, en Autriche et en Suède. Un candidat juif néerlandais a pour sa part décliné notre demande d’interview.

FRANCE
Michel Thooris, 36 ans
Profession: Agent de police
Implication politique : Membre du bureau central du parti du Front National

Michel Thooris (Autorisation Front National/via JTA)
Michel Thooris (Autorisation Front National/via JTA)

Quelques mois après le meurtre d’Ilan Halimi en 2006, Michel Thooris a rejoint le parti dont la dirigeante actuelle, Marine Le Pen, est en tête des sondages alors que le scrutin présidentiel approche à grands pas.

Pour Thooris, le meurtre d’Ilan Halimi, vendeur en téléphonie qui avait été enlevé contre une rançon parce que Juif, a lancé le coup d’envoi d’une vague « d’attaques islamistes qui forment la menace numéro un pour les Juifs en France », a-t-il expliqué. Thooris ajoute qu’il a été indigné par l’incapacité des principaux médias à noter les affiliations islamistes des membres du gang, qui ont assassiné Halimi après l’avoir torturé pendant des semaines.

Dans un contexte d’explosion des violences antisémites depuis l’an 2000 et suite à des journées d’émeutes dans les banlieues à forte majorité musulmane aux environs de Paris et au-delà en 2005, Thooris a été attiré par la promesse faite par le Front National de « mettre un terme à l’anarchie et au fondamentalisme islamiste », comme il le décrit.

Ilan Halimi, enlevé et assassiné en 2006 (Crédit : Autorisation de Stephanie Yin / JTA)
Ilan Halimi, enlevé et assassiné en 2006 (Crédit : Autorisation de Stephanie Yin / JTA)

Il est aujourd’hui à la tête de l’Association des Patriotes français Juifs, un petit groupe de Juifs français partisans du Front National.

« Trahir les Juifs français, ce n’est pas voter Front National mais c’est continuer à voter pour des candidats dont l’inaction menace la survie même de la communauté », explique Thooris, Juif sépharade qui ne se rend à la synagogue qu’à l’occasion de certaines fêtes et qui ne respecte pas la casheroute.

« Après l’élection de Donald Trump, après le vote au Royaume-Uni de quitter l’Union européenne, de plus en plus de Juifs français se disent : Pourquoi pas nous ? », déclare Thooris.

‘Trahir les Juifs français, ce n’est pas voter Front National mais continuer à voter pour des candidats dont l’inaction menace la survie même de la communauté’

Le Front National s’oppose à toute concession faite aux sensibilités religieuses ou aux besoins des Musulmans. Son fondateur, Jean-Marie Le Pen, condamné à plusieurs reprises pour révisionnisme et incitations antisémites, a été expulsé du parti par sa fille Marine, qui lui a succédé à la présidence du mouvement en 2011.

« Ses déclarations sont déplorables et inacceptables », estime Thooris.

Thooris a été recruté au Front National par Louis Aliot, conjoint de Marine Le Pen. Aliot, qui a lui-même des racines juives, voulait élargir son électorat tout en faisant prendre au parti ses distances avec les provocations de son fondateur.

Dans un pays où les Juifs « risquent de se faire tirer dessus dans les supermarchés cacher ou dans leurs écoles, Marine est la meilleure candidate pour nous protéger », ajoute Thooris, dont les manières douces et l’attention portée à la nuance diffèrent grandement du style plus qu’abrupt de la candidate à la présidentielle.

Marine Le Pen en campagne au Zénith de Nantes, le 26 février 2017. (Crédit : Jean-Francois Monier/AFP)
Marine Le Pen en campagne au Zénith de Nantes, le 26 février 2017. (Crédit : Jean-Francois Monier/AFP)

Mais cette protection pourrait avoir un prix à payer pour certains Juifs, reconnaît Thooris.

« Nous n’idolâtrons pas Marine, pas plus que nous ne souscrivons à tous les éléments soumis par sa plate-forme », dit-il.

L’un des points de discorde est la neutralité adoptée par le Front National sur Jérusalem. Un autre est l’appel de Marine Le Pen à cesser de porter la kippa en public – un dégât collatéral de l’interdiction programmée de tous les symboles religieux en public qui, concède-t-elle, a pour objectif de limiter les expressions de la foi musulmane.

‘En réalité, les Juifs n’ont déjà plus le droit de porter la kippa en public dans de nombreux endroits par crainte des agressions’

« En réalité, les Juifs n’ont déjà plus le droit de porter la kippa en public dans de nombreux endroits par crainte des agressions », dit Thooris. Même si une interdiction devait se matérialiser, « les Juifs peuvent toujours porter un chapeau », ajoute-t-il.

Selon un sondage réalisé en 2014, 13,5 % des personnes interrogées de confession juive indiquaient qu’ils pourraient voter pour Marine le Pen. Le soutien pour son père parmi les Juifs était quasiment inexistant.

« Soutenir le Front National n’est plus un tabou parmi les Juifs français », dit Thooris.

Shneur Odze, à gauche et le membre du parlement issu de l'UKIP Jonathan Arnot à Manchester, en 2013. (Autorisation : Odze/via JTA)
Shneur Odze, à gauche et le membre du parlement issu de l’UKIP Jonathan Arnot à Manchester, en 2013. (Autorisation : Odze/via JTA)

ROYAUME UNI
Shneur Odze, 36 ans
Profession: Politicien et rabbin de plusieurs communautés juives de la région de Manchester
Implication politique : Candidat à la mairie de Manchester pour l’UKIP, parti de l’indépendance du Royaume-Uni

Shneur Odze, rabbin orthodoxe haredi et membre du mouvement hassidique Habad, a été actif politiquement dès l’âge de 18 ans. Né à Londres, il est entré au Parti conservateur avant de « s’éloigner » de la formation en raison de son « opportunisme et de son manque d’idéologie », dit-il.

A ce moment-là, Odze craignait encore que l’UKIP ne se révèle être « l’extrême-droite en blazer » – une version plus édulcorée que la description de l’UKIP telle qu’elle avait été faite par le Premier ministre David Cameron, qui l’avait définie comme un rassemblement de « tarés, cinglés et racistes dissimulés pour la plupart ». En 1999, l’UKIP « n’était pas un parti que j’aurais fréquenté de près », dit pour sa part odze.

Le chef de file du parti du Royaume Uni pour l'indépendance (UKIP), Nigel Farage, réagit aux résultats du réferendum, le 24 juin 2016, alors que les résultats indiquent que le Royaume-Unie devrait quitter l'Union européenne (Crédit : AFP PHOTO / GEOFF CADDICK)
Le chef de file du parti du Royaume Uni pour l’indépendance (UKIP), Nigel Farage, réagit aux résultats du référendum, le 24 juin 2016, alors que les résultats indiquent que le Royaume-Unie devrait quitter l’Union européenne (Crédit : AFP PHOTO / GEOFF CADDICK)

Le mouvement anti Union européenne nourrit des soupçons vis-à-vis des immigrants, et en particulier des musulmans. L’un des principaux porte-paroles de l’UKIP, Gerard Batten, veut que les Musulmans signent une déclaration de rejet de la violence. Et un membre du Parlement européen issu de la formation, Stuart Agnew, a soutenu en 2015 l’interdiction de l’abattage rituel tel qu’il est pratiqué par les Juifs et les Musulmans, tentant apparemment de cibler ces derniers même si l’ancien leader du parti, Nigel Farage, n’a pas lui-même soutenu cette proposition – qui n’est jamais devenue une loi.

‘L’identité britannique signifie davantage que la bière chaude et le cricket un dimanche matin’

Mais suite à une série de rencontres avec les leaders de l’UKIP, Odze a réalisé il y a plusieurs années qu’ils n’étaient « pas des bigots d’extrême droite comme l’aurait pensé les médias qui penchent à gauche, mais plutôt des âmes soeurs » à la sienne. Le parti s’est révélé « être son foyer naturel », ainsi que celui de tous ceux pour qui « l’identité britannique signifie davantage que la bière chaude et le cricket un dimanche matin ».

Les groupes communautaires juifs, qui représentent les descendants des migrants qui ont fui les persécutions en Europe de l’est et en Espagne, sont profondément critiques envers la politique de la plate-forme de l’UKIP de réduction drastique de l’immigration et de la fin de l’aide internationale.

Mais Odze, orateur éloquent qui a fait ses études en Israël et qui parle couramment l’hébreu, dit que l’insistance de l’UKIP sur le patriotisme britannique se reflète dans la tradition juive au Royaume-Uni. Il cite les prières faites dans les synagogues britanniques en faveur de la bonne santé et de la sagesse de la reine.

Les partisans du parti de l'indépendance du Royaume Uni attendent l'arrivée de Nigel Farage lors de la campagne en faveur du Brexit, le 13 juin 2016 (Crédit : AFP PHOTO / CHRIS J RATCLIFFE)
Les partisans du parti de l’indépendance du Royaume Uni attendent l’arrivée de Nigel Farage lors de la campagne en faveur du Brexit, le 13 juin 2016 (Crédit : AFP PHOTO / CHRIS J RATCLIFFE)

« Je ne pensais pas qu’une nation qui se sent de moins en moins en sécurité sur la direction qu’elle doit prendre et sur ses objectifs soit à même de protéger sa population juive », estime Odze.

Il a fait une fervente campagne en amont du référendum qui, en juin 2016, a amené une majorité d’électeurs britanniques à décider d’une sortie de l’Union européenne – un résultat que l’UKIP a fortement soutenu.

‘Je ne pensais pas qu’une nation qui est de plus en plus en insécurité sur la direction qu’elle doit prendre et sur ses objectifs soit à même de protéger sa population juive’

Son apparition, ajoute Odze, l’a rendu « plus accessible aux gens originaires d’un milieu immigrant ou minoritaire » qui pensaient voter le départ de l’EU mais qui craignaient que cela ne renforce la xénophobie – « notamment les chauffeurs de taxi musulmans dont les emplois sont menacés par les immigrants de Pologne ».

Au sein de l’establishment Juif, raconte-t-il, son rôle au sein de l’UKIP a créé « un choc énorme, l’horreur et la sidération ». Mais les Juifs ordinaires croisés dans la rue « ont trouvé cette démarche intéressante, si ce n’est étonnante », ajoute Odze, et l’un des membres de sa congrégation lui a confié que voter pour l’UKIP était son « secret ».

Gidi Markuszower (Robin van Lonkhuijsen/via JTA)
Gidi Markuszower (Robin van Lonkhuijsen/via JTA)

PAYS BAS
Gidi Markuszower, 39 ans
Profession: Homme d’affaires
Implication politique : Numéro 4 du Parti de la Liberté de Geert Wilders

En tant qu’élève, alors qu’il fréquentait le seul lycée juif d’Amsterdam, Gidi Markuszower passait pour un excentrique en raison de son soutien pour Benjamin Netanyahu, leader du parti de droite du Likud en Israël et Premier ministre du pays.

Appartenant à une communauté traditionnellement ancrée à gauche, de nombreux Juifs néerlandais avaient soutenu passionnément les accords d’Oslo de 1993.

‘Les gens craignent de porter la kippa dans la rue par crainte d’être agressés’

« L’école entière s’est opposée à lui », raconte Zvi Markuszower, le père de Gidi, au quotidien NRC dans un portrait du politicien paru au début du mois. « Mais il s’en moquait. Il aime bien que les gens soient en désaccord avec lui ».

Vingt-cinq ans plus tard, de nombreux juifs néerlandais sont encore passionnément en désaccord avec la décision prise par Gidi Markuszower de rejoindre le parti de la Liberté d’extrême droite du provocateur anti-islam Geert Wilders.

La décision prise par Wilders en 2011 de soutenir une interdiction des abattages rituels – en direction essentiellement des Musulmans mais comprenant également l’abattage cacher – avait laissé de nombreux Juifs sceptiques face à ce politicien qui ne cessait de citer son engagement pour les « valeurs judéo-chrétiennes ».

Sa promesse en 2014 de s’assurer que les Pays-Bas recevraient « moins de Marocains » avait interloqué jusqu’à certains de ses partisans de droite au sein d’une communauté juive fortement sensible à l’Holocauste.

Le député anti-islam néerlandais Geert Wilders (Crédit : AFP/ANP/Koen Van Weel)
Le député anti-islam néerlandais Geert Wilders (Crédit : AFP/ANP/Koen Van Weel)

Mais Markuszower, né en Israël et élevé avec ses deux frères aux Pays-Bas par des parents orthodoxes modernes, est loin d’être une exception. Une étude réalisée au début du mois montre que le Parti de la Liberté est le troisième parti le plus populaire parmi les Juifs néerlandais, avec 10 % des votes. Lors des élections générales du 15 mars, le parti a remporté 20 sièges sur 150 à la chambre basse néerlandaise, devenant pour la première fois la deuxième force politique du pays.

Pour les Juifs néerlandais, une partie de l’attrait de Wilders réside dans son attachement déclaré à Israël, où il a vécu pendant deux ans et qu’il qualifie de « première ligne de défense » contre l’islam.

‘Il aime quand les gens sont en désaccord avec lui’

Dans le portrait publié par NRC, Markuszower, qui a décliné l’entretien proposé par JTA, est décrit comme un « gentilhomme » poli, loyal à Wilders et peu enclin à rechercher l’attention des médias. Il l’a pourtant largement suscitée en 2010 lorsqu’il a été contraint de retirer sa candidature pour les élections parlementaires cette année-là, après un scandale à la suite de son arrestation des années auparavant. Il avait été alors appréhendé parce qu’il transportait une arme à feu sans autorisation alors qu’il travaillait comme gardien bénévole pour la communauté juive.

Le ministre de l’Intérieur de l’époque, Ernst Hirsch Ballin, dont le père était un survivant juif de l’Holocauste, avait menacé de sanctionner le parti de Wilders s’il présentait la candidature de Markuszower, que Ballin avait qualifié de « menace à la sécurité nationale », selon NRC.

Mais la véritable menace, avait confié Markuszower à Haaretz cette année-là, était les auteurs musulmans de violences antisémites.

« Les gens craignent de porter la kippa dans la rue par crainte d’être agressés », avait-il commenté. « Et c’est le résultat des violences commises par les immigrants musulmans ».

David Lasar (Autorisation : Parti de la liberté/via JTA)
David Lasar (Autorisation : Parti de la liberté/via JTA)

AUTRICHE
David Lasar, 64 ans
Profession: Stratégiste politique, politicien local, ancien propriétaire d’un magasin de journaux
Implication politique : Député pour le parti de la Liberté

La petite communauté juive de Vienne – 8 000 personnes – a eu un choc lorsque David Lasar a décidé de se présenter lors du scrutin municipal sous la bannière du parti de la Liberté – un mouvement fondé en 1956 par un ancien soldat SS dont les leaders et les membres ont un large passif de scandales impliquant des discours antisémites et d’imagerie nazie.

C’était – et c’est le moins qu’on puisse le dire – un choix inhabituel pour un Juif ayant perdu de nombreux proches durant la Shoah. Le journaliste juif Karl Pfeifer avait accusé Lasar de servir « une façade de nazis dissimulés ».

En plus de son bagage historique, le parti de la Liberté affiche un ordre du jour anti-musulman qui comprend l’interdiction de la construction de mosquées, l’arrêt de l’immigration et l’interdiction de l’abattage rituel et des prières publiques.

Mais contrairement à d’autres Juifs européens qui représentent les mouvements d’extrême-droite, Lasar est condamné dans les médias juifs et il est largement dénoncé en raison de son orientation politique.

Le candidat du Parti de la Liberté , Heinz-Christian Strache, lors des élections nationales dans un bureau de vote de Vienne, en Autriche, le dimanche 39 septembre 2013 (Crédit : AFP)
Le candidat du Parti de la Liberté , Heinz-Christian Strache, lors des élections nationales dans un bureau de vote de Vienne, en Autriche, le dimanche 39 septembre 2013 (Crédit : AFP)

Comme ses homologues d’autres partis de l’extrême droite européenne, Lasar insiste sur le fait que le parti de la Liberté, qu’il a rejoint en 1998, a été guéri de ses tendances antisémites. Il attribue ce mérite au leadership de Heinz-Christian Strache, à la tête du parti depuis 2005.

« Tous les antisémites ont été expulsés. Nous pouvons le prouver. Et depuis des années nous avons une politique pro-Israël », expliqué Lasar à JTA dans une interview.

‘Il est important que l’Autriche maintienne une tradition judéo-chrétienne. L’islam n’en fait pas partie’

Citant la participation de certains chefs de la formation à des commémorations de l’Holocauste, il indique que le parti de la Liberté « fait plus que les autres » pour honorer les victimes du génocide.

« Le nouvel antisémitisme en Autriche, en Europe, est importé et se propage par l’islam », a déclaré Lasar au Washington Post l’année dernière. « Il est important que l’Autriche maintienne une tradition judéo-chrétienne. L’islam n’en fait pas partie ».

Soucieux d’améliorer son image négative et de décourager les accusations de racisme, le parti de la Liberté a mis constamment en exergue la présence de Lasar depuis 2005, notant, dans une déclaration de toute évidence peu subtile, qu’il « n’est pas seulement membre d’une communauté religieuse mais qu’il a également d’excellents contacts internationaux ».

Lasar insiste sur le fait que le parti de la Liberté, dont le candidat a perdu de peu les élections présidentielles, ne l’utilise pas comme un outil de propagande.

Kent Ekeroth (Autorisation des Démocrates de Suède/via JTA)
Kent Ekeroth (Autorisation des Démocrates de Suède/via JTA)

SUEDE
Kent Ekeroth, 35 ans
Profession: Politicien
Implication politique : Législateur pour les démocrates de Suède

Lorsque Kent Ekeroth a vu le jour à Malmo, c’était un endroit tranquille connu par relativement peu de gens hors de Scandinavie.

Depuis, cette ville de 300 000 habitants – dont un tiers sont des migrants venus des pays musulmans – est devenue un exemple flagrant de l’intégration manquée. De fréquentes expressions d’antisémitisme de la part d’immigrants et de politiciens d’extrême droite, dont l’ancien maire, ont ébranlé les Juifs et amené le Centre Simon Wiesenthal à lancer un avertissement aux voyageurs.

‘Je ne me sens pas particulièrement en sécurité partout en Suède’

Dans ce contexte, Ekeroth, député juif suédois pour le parti de droite des démocrates de Suède, ne se sent plus en sécurité dans la ville où il avait vécu jusqu’à l’âge de 4 ans, avant le déménagement de ses parents dans le sud du pays.

“Je ne me sens pas particulièrement en sécurité partout en Suède parce que la sécurité n’est pas très bonne ici. Mais c’est pire pour les femmes », explique Ekeroth à JTA.

Il en impute la responsabilité à la formation de « ghettos où la culture dominante [qui] renforce le terrorisme », en référence aux banlieues à majorité musulmane.

« Nous sommes certainement critiques envers une religion qui a montré à trop d’occasions qu’elle est incompatible avec les valeurs occidentales », ajoute-t-il lorsqu’on l’interroge sur le caractère anti-musulman de sa formation politique.

Björn Söder, le secrétaire du parti Démocrate (Crédit Capture d'écran YouTube)
Björn Söder, le secrétaire du parti Démocrate (Crédit Capture d’écran YouTube)

Les critiques du parti, en Suède, l’accusent d’épouser des points de vue racistes.

Octobre a été un mois particulièrement mauvais pour les démocrates de Suède. Une législatrice du parti a appelé à passer à l’action contre ce qu’elle a qualifié de « contrôle des médias par des familles ou des groupes ethniques », citant un éminent rédacteur ayant des origines juives.

La députée Carina Herrstedt a pour sa part été largement critiquée dans les médias pour avoir écrit une plaisanterie raciste dans un courriel qui avait été estimé offensante envers les homosexuels, les noirs, les nonnes, les roms et les Juifs. Dans un enregistrement audio, le porte-parole aux Finances du parti, Oscar Sjöstedt avait comparé les Juifs à des moutons tués dans les abattoirs allemands sur le ton de la plaisanterie.

‘Tous les partis attirent certains antisémites’

Au mois de janvier, ces scandales et d’autres ont amené 40 Juifs suédois à réclamer un boycott de la commémoration de l’Holocauste organisé dans la ville de Gothenburg, qui comptait parmi ses organisateurs le bureau local des démocrates de Suède.

Et pourtant, Ekeroth affirme que la direction du parti a banni la rhétorique raciste.

« Chaque parti attire certains antisémites », dit-il. « Je ne veux pas d’antisémites dans le mien. Je veux qu’ils soient expulsés ». Concernant l’antisémitisme, ajoute-t-il, « ce n’est pas mieux à gauche ».

L’ancien maire de Malmo, Ilmar Reepalu, du parti social démocrate, en est une illustration. Au fil des années, il a indiqué que le sionisme et l’antisémitisme étaient deux « formes d’extrémisme inacceptables », que la communauté juive avait été infiltrée par les nationalistes et que les Juifs qui ne voulaient pas être agressés devaient ne pas soutenir Israël. En 2012, Erik Ullenhag, ministre suédois de l’Intégration de l’époque, avait qualifié Reepalu d' »ignorant et de bigot ».

Par-dessus tout, néanmoins, Ekeroth affirme que les Juifs devraient soutenir les démocrates de Suède parce que le parti « est le meilleur ami qu’Israël n’a jamais eu sur l’échiquier politique suédois, et au sein duquel l’état juif ne compte pas beaucoup d’amis ».

Tzipi Hotovely, députée du Likud et vice-ministre des Affaires étrangères, à la Knesset, le 7 juillet 2014. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)
Tzipi Hotovely, députée du Likud et vice-ministre des Affaires étrangères, à la Knesset, le 7 juillet 2014. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Le ministre des Affaires étrangères israélien n’envisage pas les choses de cet oeil.

Au mois de décembre, la vice-ministre aux Affaires étrangères Tzipi Hotovely a refusé de rencontrer un député issu des démocrates de Suède qui faisait partie d’une délégation de politiciens européens et de républicains américains. La délégation était conduite par Norton Dunlop, membre, à l’époque, de l’équipe de transition du président élu Donald Trump. Norton Dunlop avait annulé la rencontre avec Hotovely pour protester contre cette rebuffade.

En fin de compte, malgré tout, l’accueil froid réservé par Israël et certains Juifs à ces partis en quête de reconnaissance ne portera pas préjudice aux partis les plus à droite de l’échiquier, explique Ekeroth.

Il note que les démocrates de Suède ont doublé leur présence lors des élections parlementaires de 2014, remportant 49 sièges sur 349 au Parlement.

« Les mouvements de droite ne cessent de croître et pas seulement en Europe », dit-il. « Ce qu’il faut faire en termes de stratégie, c’est de devenir amis avec des forces néanmoins amicales au lieu de les éviter et de les transformer en ennemi à long terme ».

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