Primaires du Likud : Saar fustige les « incitations » de Netanyahu à son encontre
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Primaires du Likud : Saar fustige les « incitations » de Netanyahu à son encontre

Le rival du Premier ministre fait monter d'un cran ses attaques contre lui et accuse ses confrères, qui soutiennent Netanyahu d'être "faibles"

Le député du Likud Gideon Saar pendant la conférence de la Television News Company israélienne à Tel Aviv, le 5 septembre 2019. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)
Le député du Likud Gideon Saar pendant la conférence de la Television News Company israélienne à Tel Aviv, le 5 septembre 2019. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Le législateur du Likud Gideon Saar a renforcé jeudi sa rhétorique contre le leader de son parti, le Premier ministre Benjamin Netanyahu, accusant ce dernier « d’incitations folles » et de « harcèlement » à son encontre.

Dans un entretien accordé au site d’information Ynet, Saar, ex-ministre de l’Education et ancien numéro deux de la formation, s’en est également pris à la « faiblesse » des députés du Likud qui ont soutiennent publiquement Netanyahu mais qui auraient l’intention de briguer la présidence du Likud aux élections primaires.

Le comité central du Likud doit se réunir dimanche pour lancer le processus de planification et d’organisation des Primaires, ont expliqué mercredi des responsables alors que Saar devrait être amené à poser le tout premier défi à la gouvernance de Netanyahu depuis 14 ans.

Le porte-parole de Netanyahu, Jonatan Urich, a envoyé une note brève à la presse expliquant que « la décision de l’éventuelle tenue de Primaires à la tête du Likud sera prise ultérieurement – si et quand nous nous trouverons dans l’obligation d’aller vers des élections ».

Un reportage diffusé sur la Douzième chaîne et qui contredit apparemment Urich a indiqué que la formation fixerait ses Primaires à la date du 22 décembre – dans l’hypothèse ou aucun gouvernement ne serait formé d’ici le 11 décembre et que de nouvelles élections soient donc organisées.

Saar a annoncé, le mois dernier, qu’il réclamerait des Primaires à la tête du parti et que lui-même se présenterait pour remplacer Netanyahu, plongé dans les scandales. Il n’a pas critiqué Netanyahu pour ses déboires judiciaires mais clamé que l’incapacité de Netanyahu à remporter les deux derniers scrutins de manière décisive prouvait que la formation avait besoin de sang nouveau à sa direction.

Sa tentative a bénéficié d’un soutien large de la part d’un certain nombre de maires du Likud, notamment de l’aile pro-implantation du parti, très à droite. De nombreux autres hauts-responsables de la formation, notamment le président de la Knesset Yuli Edelstein, le ministre de la Sécurité intérieure Gilad Erdan, le député Avi Dichter et le ministre de la Coopération régionale Tzachi Hanegbi, sont restés ostensiblement silencieux concernant la personnalité qu’ils seraient amenés à appuyer.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (C) et l’ex-ministre Gideon Saar (à gauche) à la Knesset, le 9 juillet 2013. (Flash 90)

Lors d’un événement qui a eu lieu la semaine dernière à Hod Hasharon, dans le centre du pays, Saar a été chahuté par des activistes pro-Netanyahu et il a été qualifié de « traître ».

Le porte-parole officiel du parti n’a pas été en reste, disant que Saar aurait dû écouter les perturbateurs qui « ont établi clairement » et devant lui que « le Likud est une famille et qu’on ne trahit pas une famille ».

« La situation est en train de devenir très dangereuse », a expliqué Saar dans son interview, jeudi. « Toutes ces incitations proviennent du Premier ministre et il ne les a jamais condamnées. Des incitations folles ont lieu en son nom sur les réseaux sociaux et à un niveau sans précédent au sein de l’Etat d’Israël ».

Saar a déclaré que sous Netanyahu, le Likud ne parviendrait pas à continuer à diriger Israël, ajoutant que si le Premier ministre devait rester à la tête du parti, soit l’impasse politique actuelle serait appelée à continuer, soit « nous offrirons la tête du pays à nos adversaires politiques ».

Saar a fustigé la proposition faite par le Likud de servir au poste de Premier ministre pendant encore six mois, permettant ensuite à un chef de gouvernement de Kakhol lavan de prendre la suite pendant deux ans.

« Cela signifie que nous préférons transmettre le pouvoir à nos adversaires qu’à un autre que Netanyahu au sein du Likud », a-t-il clamé.

Les ministres du Likud Gilad Erdan, à gauche, Yuval Steinitz, au centre, et Israel Katz, droite, lors d’un toast pour la nouvelle année juive lors d’une réunion au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 5 septembre 2018 (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Saar a aussi fustigé la « faiblesse » de hauts-responsables du Likud qui ont empêché l’organisation de Primaires au sein de la formation à un moment qui aurait permis d’éviter de nouvelles élections, sans pour autant les nommer. Il les a accusés de placer leurs « intérêts personnels avant les intérêts de l’Etat et du mouvement ».

Saar s’était retiré de la vie politique en 2014 et est revenu avant les élections du mois d’avril. Il a déclaré que « je ne suis pas revenu dans l’arène politique pour être un enfant de chœur et je ne serai pas un enfant de chœur. Je me battrai pour ce qui est ma vérité jusqu’à la fin ».

Le 11 décembre est la date-limite de formation d’un gouvernement au sein de la Knesset actuelle. Si aucun gouvernement n’est mis en place à ce moment-là, la Knesset sera dans l’obligation d’organiser un nouveau scrutin parlementaire fin février ou début mars.

Ce 3ème vote en moins d’un an, sans précédent en Israël, paraît de plus en plus probable. Les négociations en vue de la formation d’un gouvernement d’unité entre le Likud et Kakhol lavan restaient dans l’impasse mercredi, alors que ni Netanyahu, ni Benny Gantz – à la tête de Kakhol lavan – n’ont été en mesure de mettre en place une coalition suite à deux élections non-concluantes qui ont eu lieu au mois d’avril et au mois de septembre, et que les deux responsables ne se sont pas entendus sur un accord de partage du pouvoir.

Cette impasse politique persistante – les élections du mois d’avril ont été les premières depuis la fondation de l’Etat à ne pas entraîner l’établissement d’un gouvernement – est à l’origine du premier défi sérieux lancé à Netanyahu dans les rangs de son parti, dont il avait pris la barre en 2005 des mains d’Ariel Sharon.

Photo d’illustration : les membres du comité central du Likud votent lors d’une réunion du Comité central du parti à Tel Aviv en 2013 (Yossi Zeliger / Flash90)

Les partisans de Saar expliquent qu’avec ce dernier à la tête de la formation, la promesse de campagne faite par Kakhol lavan de ne pas intégrer une coalition sous les ordres d’un Premier ministre mis en examen deviendrait sans objet et qu’il serait alors possible de sortir de l’impasse qui bloque actuellement le pays depuis presque un an. Netanyahu est à la tête d’un gouvernement par intérim depuis que la 20è Knesset a décidé de voter en faveur d’un scrutin, à la fin du mois de décembre 2018.

Mais les sondages ne favorisent pas la candidature de Saar. Une enquête d’opinion commanditée par la Douzième chaîne, cette semaine, a estimé que le Likud passerait de 33 sièges à 26 au parlement si Saar devait remplacer Netanyahu, les voix perdues allant majoritairement vers des formations de droite plus modestes.

La liste actuelle du Likud avait été désignée par le vote de 70 000 des 120 000 membres du parti au mois de février et ces députés n’ont guère eu l’opportunité de faire leur travail de législateurs depuis.

Netanyahu prendrait au sérieux le défi posé par Saar. Il passé une grande partie de la journée de mardi en présence de partisans politiques et de conseillers au siège du Likud, qui se situe à Tel Aviv, sur King George Street, a rapporté Kan. Les discussions ont porté sur la logistique et les procédures et elles devaient poser les fondements de Primaires au sein de la formation, après le 11 décembre.

Le mois dernier, le Procureur-général Avichai Mandelblit a annoncé la mise en examen de Netanyahu dans trois dossiers de corruption, notamment pour pots-de-vin dans l’un d’entre eux. Netanyahu, pour sa part, nie toute malversation.

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