Raids meurtriers en Syrie : Assad frappe durant 7 jours la Ghouta orientale
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"L'enfer sur Terre"

Raids meurtriers en Syrie : Assad frappe durant 7 jours la Ghouta orientale

Les raids aériens et les tirs d'artillerie ont tué 513 civils, dont 127 enfants, - en l'espace d'une semaine - dans cette enclave où sont assiégés 400 000 habitants depuis 2013

De la fumée s'élève suite à une frappe aérienne du régime sur la région assiégée de la Ghouta orientale aux abords de la capitale de Damas, dans la nuit du 23 février 2018 (Crédit : AFP/ Ammar SULEIMAN)
De la fumée s'élève suite à une frappe aérienne du régime sur la région assiégée de la Ghouta orientale aux abords de la capitale de Damas, dans la nuit du 23 février 2018 (Crédit : AFP/ Ammar SULEIMAN)

L’armée syrienne a lancé le 18 février une nouvelle campagne aérienne meurtrière contre la Ghouta orientale, dernier bastion contrôlé par les rebelles près de Damas, que le régime de Bachar al-Assad cherche à reconquérir.

En sept jours, les raids aériens et les tirs d’artillerie ont tué 513 civils, dont 127 enfants, dans cette enclave où sont assiégés quelque 400 000 habitants depuis 2013.

Mort et désolation

Le 18 février, les forces du régime tirent plus de 260 roquettes et l’aviation mène des raids intensifs sur plusieurs localités de la Ghouta orientale.

L’armée a renforcé ses positions autour de l’enclave en prévision d’une offensive terrestre, indique l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

Le 19, l’armée syrienne tue 127 civils en pilonnant cette région, le bilan le plus lourd sur une journée dans l’enclave rebelle depuis 2013. Les hôpitaux et les médecins sont débordés.

Les bombardements de civils « doivent cesser maintenant », exhorte le coordinateur de l’ONU pour l’aide humanitaire, déplorant une « souffrance humaine insensée ».

Des hommes passent devant les restes d’une roquette dans la ville de Douma, dans la région assiégée de la Ghouta aux abords de la capitale de Damas, suite aux frappes aériennes menées par les forces du régime, le 23 février 2018 (Crédit : AFP PHOTO / HAMZA AL-AJWEH)

‘Aucun mot ne rendra justice’

Le 20, selon l’OSDH, l’aviation russe bombarde la Ghouta orientale pour la première fois depuis trois mois, touchant un hôpital à Arbine, désormais hors service. Six autres hôpitaux ont été visés par les bombardements en 48 heures, dont trois sont désormais hors service, selon l’ONU.

Des centaines de blessés affluent dans les hôpitaux de fortune de la Ghouta orientale. Les lits manquent et les blessés sont soignés à même le sol.

Le chef de la diplomatie française, Jean-Yves le Drian, dit craindre « un cataclysme humanitaire ». Le département d’Etat américain se dit « extrêmement préoccupé » et dénonce les « tactiques » du régime consistant à « assiéger et affamer ».

Jean-Yves Le Drian, ministre français des Affaires étrangères, pendant une conférence de presse au complexe présidentiel d’Ankara, en Turquie, le 14 septembre 2017. (Crédit : Adem Altan/AFP)

Pour le Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef), « aucun mot ne rendra justice aux enfants tués, à leurs mères, leurs pères, et à ceux qui leur sont chers ».

‘Enfer sur Terre’

Le 21, les raids ciblent plusieurs localités. Outre des bombes, les avions larguent des barils d’explosifs, une arme qui tue de manière aveugle et dont l’utilisation est dénoncée par l’ONU et des ONG.

De nombreux immeubles ont été détruits dans les frappes, selon un correspondant de l’AFP à Hammouriyé. Des habitants s’abritent dans les sous-sols et caves.

Le Kremlin dément l’implication de la Russie dans les bombardements.

Le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres appelle à un arrêt immédiat des combats. La Ghouta orientale est devenue « l’enfer sur Terre ».

Le président français Emmanuel Macron demande « une trêve », accuse le régime syrien de s’en prendre « aux civils ». Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) réclame l’accès à l’enclave.

Un syrien appuyé sur des béquilles marche dans une rue envahie par les fumées dans la ville de Douma, dans la région assiégée de la Ghouta aux abords de la capitale de Damas, suite aux frappes aériennes menées par les forces du régime, le 23 février 2018 (Crédit : AFP PHOTO / HAMZA AL-AJWEH)

‘Un nouvel Alep’

Le 22, l’ambassadeur russe à l’ONU Vassily Nebenzia annonce qu’il n’y a « pas d’accord » au Conseil de sécurité pour imposer un cessez-le-feu humanitaire, négocié depuis plus de deux semaines.

Le représentant syrien Bachar Jaafari réitère la détermination du régime à reconquérir l’ensemble du territoire, y compris la Ghouta. « Oui, la Ghouta orientale deviendra un nouvel Alep ».

Médecins sans frontières indique que 13 hôpitaux et cliniques où l’ONG intervient ont été « frappés, endommagés ou détruits ».

‘Une honte’

Le 23, l’Union européenne est « à court de mots pour décrire l’horreur (…) Le massacre doit cesser maintenant », affirme la représentante de la diplomatie européenne, Federica Mogherini.

Les principaux groupes rebelles contrôlant la Ghouta orientale, Jaich al-Islam et Faylaq al-Rahmane, rejettent toute évacuation de civils et de combattants.

Le président américain Donald Trump juge que l’attitude de la Russie et de l’Iran en Syrie est « une honte ».

L’ambassadeur aux Nations unies de la Russie Vassily Nebenzia, à gauche, et l’envoyé chinois MA Zhaoxu avant une réunion du conseil de sécurité, le 23 février, consacrée aux violences touchant l’enclave syrienne détenue par les rebelles de la Ghouta orientale (Crédit : AFP PHOTO / TIMOTHY A. CLARY)

Cessez-le-feu réclamé

Le 24, le Conseil de sécurité de l’ONU adopte à l’unanimité une résolution réclamant « sans délai » un cessez-le-feu humanitaire d’un mois en Syrie, après quinze jours d’atermoiements notamment de Moscou.

« Ce n’est pas un accord de paix sur la Syrie, le texte est purement humanitaire », affirme l’ambassadeur suédois, co-signataire du texte avec son homologue koweïtien.

Les principaux groupes rebelles contrôlant la Ghouta orientale se sont engagés à respecter le cessez-le-feu humanitaire réclamé par une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU.

Dans un communiqué, le groupe rebelle islamiste Jaich al-Islam s’est engagé « à protéger les convois humanitaires qui vont entrer dans la Ghouta » orientale, en « se réservant un droit de réponse immédiate à toute violation commise » par les forces du régime.

Dans un communiqué séparé, un autre groupe rebelle islamiste, Faylaq al-Rahmane, s’est également engagé à « respecter le cessez-le-feu » et à « faciliter l’entrée de toutes les aides de l’ONU dans la Ghouta orientale », en soulignant son « droit de légitime défense et de réponse à toute agression ».

Plusieurs trêves temporaires ont déjà été adoptées en Syrie. Leur entrée en vigueur et leur respect par les belligérants peut parfois prendre du temps et elles finissent souvent par voler en éclats.

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