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Réactions politiques après l’attaque de Burin par des Juifs extrémistes

Si les critiques ont principalement émané de la gauche et du centre, un ministre Yamina a aussi fustigé l'agression, vendredi, d'activistes et de Palestiniens

Un pompier éteint les flammes d'une voiture israélienne après qu'elle aurait été incendiée par des extrémistes juifs en Cisjordanie, près de l'avant-poste de Givat Ronen, le vendredi 21 janvier 2022. (Avec l'aimable autorisation de Yesh Din)
Un pompier éteint les flammes d'une voiture israélienne après qu'elle aurait été incendiée par des extrémistes juifs en Cisjordanie, près de l'avant-poste de Givat Ronen, le vendredi 21 janvier 2022. (Avec l'aimable autorisation de Yesh Din)

Une attaque commise vendredi par des partisans du mouvement pro-implantations à l’encontre d’activistes israéliens et de Palestiniens, dans le nord de la Cisjordanie, a été dénoncée par l’ensemble du spectre politique, et plusieurs députés de la coalition ont appelé à démolir l’avant-poste d’où venaient les agresseurs.

Le ministre de la Santé Nitzan Horowitz (Meretz) a qualifié « les terrifiantes violences » survenues dans le village palestinien de Burin – des violences qui auraient été commises par les résidents extrémistes de Givat Ronen, un avant-poste juif situé à proximité – de « pogrom ».

« Condamner n’est pas suffisant. Les auteurs de ces violences doivent être arrêtés et poursuivis par la justice et ces avant-postes illégaux d’où partent ces violences doivent être évacués », a commenté Horowitz, à la tête du parti du Meretz de gauche, dans une déclaration, quelques heures après la diffusion d’images montrant les habitants d’implantation frapper leurs victimes à l’aide de bâtons et de pierres, blessant au moins six personnes. Une voiture a aussi été incendiée.

Gaby Lasky (Meretz) a interpellé le Premier ministre Naftali Bennett, disant qu’il « doit comprendre qu’il est inacceptable de permettre à ces violences de continuer. »

Bennett, dans le passé, avait rejeté ceux qui attiraient l’attention sur les violences commises par les partisans du mouvement pro-implantation, qualifiant ces dernières de « phénomène marginal ».

« Il faut arrêter ces émeutiers et les avant-postes doivent être démantelés », a dit Lasky, ne faisant apparemment pas la différence entre Givat Ronen et les 140 avant-postes illégaux approximativement dans toute la Cisjordanie.

Yair Golan, à gauche, du Choix démocratique, et le président du Meretz Nitzan Horowitz signent un accord de présentation sur une liste commune, le Camp démocratique, le 7 janvier 2019. (Autorisation)

Tandis que la communauté internationale toute entière considère comme illégales les activités d’implantation israéliennes, l’État juif fait la différence entre les constructions légales qui ont été bâties et autorisées par le ministère de la Défense sur des terres propriétés de l’État et celles qui sont édifiées illégalement, sans les autorisations nécessaires et souvent sur des terrains appartenant à des Palestiniens.

Le vice-ministre de l’Économie, Yair Golan (Meretz), a profité de l’incident pour répéter des propos tenus au début du mois, dans lesquels il avait qualifié de « sous-hommes » les habitants d’un avant-poste, Homesh, peu après un attentat terroriste palestinien qui avait fait un mort, Yehuda Dimentman.

Suite à l’indignation qui s’était exprimée à ce moment-là, Golan avait expliqué qu’il n’aurait peut-être pas dû utiliser ce terme de « sous-homme » tout en réaffirmant qu’il condamnait plus largement l’avant-poste de Homesh.

Après l’agression violente de vendredi, il a toutefois écrit sur Twitter : « OK, pas des sous-hommes. Alors comment voulez-vous les appeler ? »

Dans un entretien avec la Douzième chaîne, plus tard dans la journée, Golan a souligné que le problème n’était pas sa réponse aux violences commises par les partisans pro-implantations mais bien les violences elles-mêmes.

Matan Kahana à la Knesset aux côtés de ses collègues de Yamina, Naftali Bennett et Ayelet Shaked. (Crédit : Danny Shem-Tov)

« Ces gens qui nourrissent une vision du monde messianique, dangereuse, entraînent le pays dans ce qu’il y a de plus extrême. Ils veulent expulser les Arabes et se saisir du territoire », a ajouté Golan.

Il a néanmoins défendu la vaste diversité politique de la coalition au pouvoir, soulignant que « c’est la première fois que la droite, la gauche, les religieux, les laïcs, les Juifs et les Arabes prennent place à la même table et coopèrent ».

En même temps, il s’en est pris à la ministre de l’Intérieur Ayelet Shaked (Yamina). Ni Bennett, ni Shaked n’ont condamné les violences commises par les partisans du mouvement pro-implantations.

« Ayelet Shaked a un problème. Elle parle à une base imaginaire qui n’existe plus », a-t-il déclaré, prétendant qu’elle tentait de rassembler une base « d’extrémistes ».

Le ministre des Affaires religieuses Matan Kahana (Yamina) a semblé être le responsable politique le plus à droite à dénoncer l’attaque de Burin, même s’il a eu un ton différent de celui des membres de la coalition plus à gauche de l’échiquier politique israélien.

(De gauche à droite) Benny Gantz, Yair Lapid, Naftali Bennett, Gideon Saar et Merav Michaeli après l’approbation de leur nouvelle coalition à la Knesset, le 13 juin 2021. (Crédit : Haim Zach / GPO)

« Les émeutiers violents qui ont été les auteurs de cette attaque grave en Samarie [le nord de la Cisjordanie], ce matin, doivent faire l’objet de poursuites décisives et ce type de comportement doit disparaître », a-t-il déclaré avant de prendre la défense du mouvement pro-implantations dans son ensemble. « Ces quelques individus ne vont pas ternir l’image d’un groupe tout entier de pionniers, qui sont le sel de la terre ».

Le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid a pour sa part estimé que des attaques comme celles de vendredi rapprochaient Israël « d’un abysse impossible à combler ».

« La police enquêtera et poursuivra les criminels et nous devons sensibiliser, dialoguer en profondeur sur ce que sont les relations entre voisins, l’État de droit ou la manière dont nous souhaitons vivre ici », a ajouté Lapid.

La ministre des Transports Merav Michaeli, cheffe du parti Travailliste, a indiqué que « l’État d’Israël ne peut pas permettre à des individus violents de donner libre cours à leur rage et de blesser des êtres humains. Ce petit nombre de personnes violentes, dangereuses, qui menacent l’avenir du sionisme, doit être condamné ».

« Une fois encore, j’appelle le ministre responsable à mettre un terme au chaos », a-t-elle continué, interpellant une fois encore le ministre Benny Gantz (Kakhol lavan) – même si elle n’a pas cité son nom.

Alon Schuster, le 19 mars 2021. (Crédit : Michael Giladi/Flash90)

Gantz, qui a récemment attrapé la COVID, n’a pas immédiatement émis de communiqué sur l’attaque commise à Burin.

De son côté, le vice-ministre de la Défense Alon Schuster (Kakhol lavan), a estimé que les agresseurs juifs étaient une menace « à la sécurité nationale ».

« L’armée israélienne, le Shin Bet, la police israélienne et le bureau du procureur de l’État continueront leurs initiatives visant à stopper ces Israéliens violents qui sapent la sécurité de l’État, qui nuisent à l’image d’Israël et qui détruisent la réputation des implantations juives en Judée et Samarie », a-t-il affirmé.

Selon des informations parues dans les médias israéliens – mais qui n’ont pas été confirmées – l’agence de sécurité intérieure du Shin Bet serait impliquée dans l’enquête ouverte sur les événements qui sont survenus à Burin. Les forces chargées de faire respecter la loi estimeraient que l’attaque a été préméditée.

Les responsables israéliens de la sécurité ont averti que les violences commises par les extrémistes juifs, en Cisjordanie, sont en essor depuis quelques mois. Des officiels du Shin Bet avaient fait savoir au Times of Israel, fin décembre, que les violences extrémistes avaient augmenté de
50 % l’année dernière.

Toutefois, le débat intérieur politique sur ce phénomène divise. Les Israéliens de droite dénoncent la caractérisation de ces attaques comme des « violences des partisans du mouvement pro-implantations », disant qu’il s’agit d’une tentative visant à salir tous les Juifs qui vivent en Cisjordanie.

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