Réconciliation entre Palestiniens : tournant ou bégaiement de l’histoire
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Réconciliation entre Palestiniens : tournant ou bégaiement de l’histoire

Même si le Premier ministre de l'AP se rend lundi à Gaza pour parler de réconciliation, le Hamas refuse d'abandonner les armes

Jeune combattant de la branche armée du Hamas, les Brigades Ezzedine al-Qassam, à Khan Yunis, dans le sud de la bande de Gaza, le 15 septembre 2017. (Crédit : Said Khatib/AFP)
Jeune combattant de la branche armée du Hamas, les Brigades Ezzedine al-Qassam, à Khan Yunis, dans le sud de la bande de Gaza, le 15 septembre 2017. (Crédit : Said Khatib/AFP)

Le Premier ministre de l’Autorité palestinienne (AP) Rami Hamdallah se rend lundi dans la bande de Gaza, étape marquante d’une énième tentative de réconciliation avec le Hamas, envisagée avec grande circonspection.

Cette visite de Hamdallah et de dizaines d’officiels, la première depuis 2015, est censée matérialiser le rapprochement entre groupes palestiniens après une décennie d’animosité.

Elle est aussi supposée préparer le terrain au transfert de pouvoirs entre le Hamas, groupe terroriste qui dirige la bande de Gaza, et l’Autorité palestinienne qui exerce son contrôle en Cisjordanie. Un conseil des ministres doit se tenir à Gaza dans la semaine.

Une telle passation, soutenue par l’Egypte, est potentiellement lourde d’implications pour l’entreprise de paix délabrée avec Israël et, au-delà, pour les dynamiques régionales.

Palestiniens sur la plage de Gaza Ville, le 21 septembre 2017. (Crédit : Mohammed Abed/AFP)
Palestiniens sur la plage de Gaza Ville, le 21 septembre 2017. (Crédit : Mohammed Abed/AFP)

Pour les deux millions de Gazaouis, l’enjeu est d’abord de desserrer l’étau. Leur territoire surpeuplé et meurtri par trois guerres contre Israël depuis 2008 est soumis aux blocus israélien et égyptien. Il manque d’eau et d’électricité avec un sévère impact sanitaire et humanitaire, et fait face au marasme économique et à un chômage de plus de 40 %.

Le Hamas et le Fatah qui domine l’Autorité palestinienne – internationalement reconnue et censée préfigurer un état indépendant – expriment leur confiance dans les chances de raccommodement.

Des questions essentielles restent cependant en suspens, à commencer par celle-ci : le Hamas est-il vraiment disposé à partager le pouvoir et, en particulier, à abandonner le contrôle de la sécurité ?

Tour de vis

« Nous sommes soucieux de créer le climat nécessaire à la réconciliation après des années de divisions », a dit samedi le chef du Hamas Ismaïl Haniyeh. « L’unité entre Gaza et la Cisjordanie est la base d’une telle réconciliation. »

« L’espoir est grand », dit Moussa Abou Marzouq, figure éminente du Hamas. Mais, prévient-il, le Hamas et sa branche armée ne rendront pas les armes : « il n’en a jamais été question et il n’en sera jamais question. »

Azzam Al-Ahmad, haut dirigeant du Fatah, se veut « plus optimiste qu’en aucune autre occasion passée ». Mais, dit-il à l’AFP, le gouvernement doit exercer pleinement ses responsabilités, « y compris la sécurité, sans aucune ingérence d’aucune faction. »

Vainqueur des élections parlementaires en 2006, ensuite privé de son succès sous les pressions internationales, le Hamas, considéré comme une organisation terroriste par Israël, les Etats-Unis ou l’Union européenne, a pris en 2007 le pouvoir à Gaza au prix de combats avec le Fatah.

Partisans du Fatah et de Mahmoud Abbas, le président de l'Autorité palestinienne, à Gaza Ville, pendant le discours d'Abbas devant la 72e Assemblée générale des Nations unies, le 20 septembre 2017. (Crédit : Mahmud Hams)
Partisans du Fatah et de Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité palestinienne, à Gaza Ville, pendant le discours d’Abbas devant la 72e Assemblée générale des Nations unies, le 20 septembre 2017. (Crédit : Mahmud Hams)

Les divisions palestiniennes sont considérées comme un des principaux obstacles à un règlement du conflit avec Israël et à une solution dite « à deux états » passant par la création d’un état palestinien comprenant la Cisjordanie et Gaza, distantes de quelques dizaines de kilomètres.

A bout de patience, le président de l’AP, Mahmoud Abbas, a donné un sévère tour de vis en 2017, cessant de payer la facture pour l’électricité fournie par Israël à Gaza, réduisant les salaires des fonctionnaires de l’AP dans l’enclave ou limitant l’accès des Gazaouis aux soins médicaux hors du territoire.

Isolé, confronté au risque d’explosion sociale mais aussi à un soutien amoindri du Qatar, le Hamas, par ailleurs soumis aux pressions du grand voisin égyptien, a fini par accéder aux exigences d’Abbas, à commencer par la dissolution de son « comité administratif », sorte de gouvernement fantôme.

‘Patate chaude’

Le Hamas attend à présent qu’Abbas lève les mesures punitives. Cela sera fait « dès que le gouvernement assumera ses responsabilités à Gaza », dit Ahmad. Cela comprend aussi selon lui la prise de contrôle des postes-frontières avec Israël et l’Egypte.

Il y en a d’autres, comme le sort des dizaines de milliers de fonctionnaires recrutés depuis 2007 par le Hamas.

Ismail Haniyeh, 4e à gauche, chef du bureau politique du Hamas, et Yahya Sinwar, 3e à gauche, chef du Hamas dans la bande de Gaza, pendant une réunion avec les dirigeants des factions palestiniennes à Gaza Ville, le 25 septembre 2017. (Crédit : Mahmud Hams/AFP)
Ismail Haniyeh, 4e à gauche, chef du bureau politique du Hamas, et Yahya Sinwar, 3e à gauche, chef du Hamas dans la bande de Gaza, pendant une réunion avec les dirigeants des factions palestiniennes à Gaza Ville, le 25 septembre 2017. (Crédit : Mahmud Hams/AFP)

En fait, dit l’universitaire Ghassan Khatib, l’initiative du Hamas tient de la « tactique pure » et vise à se décharger des affaires courantes qui sapent sa popularité dans une période difficile tout en restant en charge de la sécurité. Le Hamas renvoie « la patate chaude à l’Autorité », résume-t-il.

Fatah et Hamas disent, eux, puiser leur confiance dans l’implication égyptienne.

« Il est évident que, cette fois, [l’Egypte] joue sérieusement son rôle, non seulement en parrainant la réconciliation, mais en veillant à sa mise en œuvre », estime l’analyste Jihad Harb.

En outre, « jusqu’à présent, nous n’avons pas vu de veto américain ou israélien comme par le passé, il y a une volonté claire, au sein de l’UE ou à l’ONU, de parvenir à une réconciliation », note-t-il.

« Si nous laissons passer cette chance, je ne pense pas qu’une nouvelle se présentera de sitôt », admet l’envoyé spécial de l’ONU, Nickolay Mladenov.

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