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Édito

Refuser la protection d’Eisenkot est un pari dangereux et déconnecté de la réalité

Après l'agression verbale et le message odieux sur la tombe de son fils, l'inquiétude monte

Shalom Yerushalmi est analyste politique pour Zman Israël, le site en hébreu du Times of Israël sur l'actualité israélienne.

Le chef du parti Yashar, Gadi Eisenkot, visitant le kibboutz Nir Oz, près de la frontière avec Gaza, dans le cadre de sa campagne électorale, le 5 août 2026. (Crédit : Tsafrir Abayov/Flash90)
Le chef du parti Yashar, Gadi Eisenkot, visitant le kibboutz Nir Oz, près de la frontière avec Gaza, dans le cadre de sa campagne électorale, le 5 août 2026. (Crédit : Tsafrir Abayov/Flash90)

La semaine dernière, le chef du parti Yashar, Gadi Eisenkot, a pris part à un meeting de campagne à Kiryat Malachi, dans le sud d’Israël. La synagogue Koresh, située rue David Ben-Gurion, était pleine à craquer, avec des invités venus des communautés et kibboutzim voisins.

C’est Elior Amar, membre du conseil municipal, qui animait la rencontre.

Le premier intervenant fut Yoram Cohen, ex-chef du Shin Bet et deuxième sur la liste d’Eisenkot. Deux minutes seulement après le début du discours de Cohen, un voyou du coin s’est répandu en injures et autres menaces. L’homme avait pris place devant la scène, attendant patiemment son heure.

Il est pénible de voir un ex-chef du Shin Bet, à la tribune, sous un feu ininterrompu de menaces et d’insultes.

Au premier rang se trouvait Eisenkot, auquel l’actuel chef du Shin Bet, David Zini, refuse de fournir des agents de sécurité. Eisenkot ne s’est pas retourné, mais il a bougé sur sa chaise, en proie à un inconfort visible, lèvres serrées. J’ai remarqué que les trois gardes du corps qui l’accompagnaient se tenaient calmement près de la scène, prêts à protéger Cohen, qui était la cible directe de l’attaque.

Je suis loin d’être expert en dispositifs de sécurité, mais je n’ai pas vu de gardes protéger Eisenkot ni par l’avant ni par l’arrière, comme c’est la procédure habituelle lorsqu’un haut responsable assiste à ce type d’événement.

Les trois gardes d’Eisenkot portaient des masques COVID-19, mais ils n’étaient pas armés car ils ne sont pas autorisés à l’être. Aucun d’entre eux n’a bougé pour intercepter le perturbateur. C’est Amar qui, accompagné d’un policier et d’un placeur d’une exquise politesse, s’est approché du trublion pour le convaincre de partir, sans succès.

C’est alors que, dans les rangs du public, un homme grand et fort s’est levé et a aidé à expulser le perturbateur, qui, jusqu’au bout, a injurié Cohen et les participants.

L’événement a pu se poursuivre sans autre incident.

Par la suite, Eisenkot a croisé le perturbateur, à l’extérieur, et lui a patiemment expliqué que c’était lui qui, en fait, avait poussé le cabinet de guerre à prendre Gaza-City et frapper l’Iran — contrairement aux fausses informations diffusées à son sujet.

Malgré tout, ces échanges tendus sont le signe d’un réel fiasco sécuritaire. En effet, personne n’a contrôlé les centaines de personnes qui sont entrées ou sorties de la salle. Personne ne s’est même soucié de demander si quelqu’un portait une arme. Le niveau d’exposition physique d’Eisenkot a de quoi épouvanter ceux qui s’inquiètent pour sa sécurité.

Tout cela serait compréhensible si Eisenkot ne faisait pas l’objet de menaces avérées. Mais c’est très certainement le cas, et pas seulement à Kiryat Malachi.

Gadi Eisenkot, président de Yashar, participe à la conférence d’Herzliya à l’université Reichman, le 1er juillet 2026. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Le 10 août est le jour de l’anniversaire de feu le sergent-chef (res.) Gal Eisenkot, le fils d’Eisenkot mort au combat à Gaza en décembre 2023. En se rendant sur la tombe de Gal, la famille a été horrifiée de découvrir que quelqu’un avait laissé un cruel message sur la pierre tombale, à savoir « Gal le combattant, c’est dommage que ton père ne protège pas les soldats. »

Eisenkot lui-même semble répugner à l’idée d’une protection rapprochée. Lorsqu’il était chef d’État-major de Tsahal, il avait refusé d’avoir des gardes du corps, même lorsque les menaces à son encontre s’étaient multipliées. Aujourd’hui encore, quand on se rend au siège du parti Yashar, dans les environs de Ramat Hasharon, on tombe sur un interphone ordinaire, sans aucun contrôle de sécurité ni escorte.

Le chef du parti Yashar, Gadi Eisenkott, assiste à la conférence sur les lois Sagi pour l’égalité au centre Peres à Tel Aviv. 12 juillet 2026. (Miriam Alster/FLASH90)

Eisenkot a recours à des gardes privés, rémunérés par son parti, pour l’accompagner lors de ses apparitions publiques.

Il y a de cela deux semaines, Eisenkot et ses gardes ont croisé sur la plage le provocateur d’extrême droite Mordechai David. David est un agitateur notoire connu pour son agressivité envers d’anciens responsables et des personnalités libérales qu’il n’hésite pas à harceler. Sans plus de détours, l’ex-chef d’État-major de Tsahal a dit à David d’aller faire son service militaire avant de s’approcher de lui.

Montage photos : L’activiste radical Mordechaï David (à gauche) interpellant l’homme politique Gadi Eisenkot le 7 août 2026. (Crédits : Capture d’écran/Réseaux sociaux ; utilisation conforme à l’article 27a de la loi sur le droit d’auteur)

Il est vrai qu’Eisenkot n’est pas un « symbole de l’État », et que le Shin Bet n’a donc pas l’obligation légale de le protéger comme il le fait pour le président d’Israël, le Premier ministre, le président de la Knesset, le président de la Cour suprême et le chef de l’opposition. Mais la réalité que nous vivons actuellement requiert une approche différente.

Eisenkot est actuellement le principal candidat au poste de Premier ministre. Les sondages montrent en effet avec constance que son parti est le plus important, et qu’il ne cesse de creuser son avance lors des enquêtes portant sur la personne la plus apte à diriger le gouvernement.

Eisenkot est sans doute la cible la plus recherchée des extrémistes politiques violents et dangereux, qui ne manquent pas en Israël. Et cela avant même de prendre en compte le fait qu’un ex-chef d’État-major de Tsahal candidat au poste de Premier ministre est aussi une cible de choix pour les ennemis d’Israël, sur les sept fronts actifs de la guerre régionale en cours (que ce soit l’Iran, Gaza, le Liban, la Cisjordanie, le Yémen, la Syrie ou encore l’Irak).

Dimanche, le chef du Shin Bet, David Zini, a déclaré assumer la responsabilité de ne pas fournir d’agents de sécurité officiels à Eisenkot, mais je lui recommande vivement d’assister à des événements comme celui de Kiryat Malachi pour constater par lui-même le niveau de risque et l’inadéquation de la protection.

Quoi qu’il en soit, la décision de Zini a suscité de vives critiques au sein de l’opinion publique — à tel point que le Premier ministre Benjamin Netanyahu aurait demandé au chef du Shin Bet de veiller à ce qu’Eisenkot bénéficie d’un « niveau de sécurité adéquat, selon les besoins ».

Selon le commentateur politique de la chaîne N12, Amit Segal, qui a rapporté cet ordre de Netanyahu, Zini aurait répondu au Premier ministre qu’il faisait le maximum et qu’il « agissait conformément aux règles et à la loi ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors de sa toute première réunion avec le nouveau chef du Shin Bet, David Zini, le 5 octobre 2025. (Crédit : Amos Ben Gershom/GPO)

Cela soulève une autre question troublante : Zini se coordonne-t-il discrètement avec Netanyahu ? Y a-t-il quelqu’un qui ne souhaite pas qu’Eisenkot ait un dispositif de protection, de façon à ne pas renvoyer l’image d’un Premier ministre en puissance ?

La nomination de Zini par Netanyahu, fin 2025, a donné lieu à de nombreuses controverses ; un groupe d’anciens chefs du Shin Bet avait averti qu’il était « messianique », et Zini lui-même avait déclaré par la suite qu’on lui avait proposé le poste en raison de sa « loyauté envers la direction élue ».

Pour assurer la protection d’un haut responsable de l’État, il faut un véhicule blindé du Shin Bet avec au moins deux gardes travaillant par roulement toutes les huit heures. Ce qui requiert la mobilisation de six agents de protection rapprochée 24 heures sur 24, plus d’imposants renforts lors des événements publics, comme en bénéficient régulièrement les hauts responsables de l’État — ou les membres de la famille de Netanyahu.

Un service de sécurité d’une telle ampleur pourrait visuellement donner l’impression qu’Eisenkot est déjà Premier ministre. Et il est tout sauf certain que toutes les personnes au pouvoir souhaitent contribuer à renforcer cette impression.

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