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René Slotkin, l’un des rares survivants des « jumeaux de Mengele », meurt à 84 ans

Après la guerre, René et sa sœur Irène ont été adoptés par une famille new yorkaise et y ont passé la plus grande partie de leur vie ; il y a enseigné la Shoah aux enfants

René Slotkin, photographié ici par BA Van Sise, est décédé le 10 juillet à l'âge de 84 ans. (Crédit : Avec l'aimable autorisation de B.A. Van Sise/Design par Mollie Suss)
René Slotkin, photographié ici par BA Van Sise, est décédé le 10 juillet à l'âge de 84 ans. (Crédit : Avec l'aimable autorisation de B.A. Van Sise/Design par Mollie Suss)

JTA – En tant que professeur d’éducation physique dans une école orthodoxe de garçons à New York, René Slotkin portait fréquemment des chemises à manches courtes – laissant les chiffres tatoués sur son bras à la vue de tous.

Son histoire est extraordinaire : Slotkin et sa sœur ont fait partie des 200 paires de jumeaux qui ont survécu aux horribles expériences menées par le tristement célèbre médecin nazi Josef Mengele à Auschwitz. Les jumeaux « Slotkin » ont été réunis six ans après avoir été séparés.

L’histoire de Slotkin, qu’il n’a cessé de raconter, y compris dans un documentaire sur sa famille, n’a jamais quitté l’esprit des fidèles de la Congrégation Ohab Zedek, une synagogue de l’Upper West Side située à deux pas de chez lui, où il a étudié le Talmud tous les matins jusqu’à l’âge de 80 ans.

« Je trouve toujours stupéfiant qu’un homme qui a vu tant d’horreur et d’abomination se soit non seulement accroché à sa foi et à ses convictions, mais qu’il l’ait fait avec joie et hakarat hatov (gratitude en hébreu) », a écrit Jonathan Field dans le Jewish Link vendredi au sujet de René Slotkin, décédé dimanche à 84 ans.

Né René Guttmann en 1937 à Teplice-Sanov, en Tchécoslovaquie, René n’avait que 3 ans lorsque lui, sa sœur jumelle Irène, et leur mère Ita ont été déportés à Theresienstadt, en 1941. Ils furent transférés à Auschwitz deux ans plus tard. Leur mère y a été tuée et les jumeaux ont alors été séparés et soumis à des sévices par le médecin nazi, Josef Mengele.

Ita Guttmann et ses jumeaux, Rene et Irene (alors Renate), ont été photographiés pour la propagande nazie alors qu’ils étaient emprisonnés à Theresienstadt. (Crédit : Avec l’aimable autorisation du Mémorial de la Shoah des États-Unis via Irene Guttmann Slotkin Hizme)

À la libération des camps, René a été rapatrié en Tchécoslovaquie et a, ensuite, vécu avec deux familles. Irène, qui avait initialement été placée dans une famille chrétienne à Oświęcim, en Pologne (la ville où se trouve Auschwitz), a finalement été retrouvée par le Joint Distribution Committee, qui souhaitait la placer dans une famille juive. Irène et un autre survivant sont devenus les « enfants-vedettes » de l’initiative Rescue Children Inc. et ont été emmenés à New York, où ils ont été photographiés pour le magazine LIFE. Peu de temps après, Irène a été adoptée par la famille Slotkin à Long Island.

Après qu’Irène a informé ses parents adoptifs qu’elle avait un frère jumeau, les Slotkin ont engagé un détective privé pour le rechercher en Europe. De façon « miraculeuse », René – qui a été adopté par les Slotkin en 1950 – et sa soeur ont été réunis.

Il avait 12 ans et n’avait pas vu sa sœur depuis six ans, soit la moitié de leur vie.

Dans « René et moi », un documentaire de 2005 sur la vie d’Irène, Slotkin évoque leur retrouvailles.

« En réalité, la nuit où je suis arrivé aux Etats-Unis et où nous nous sommes revus pour la première fois, nous n’avons rien dit. Nous nous sommes simplement regardés », a-t-il déclaré. « Nous n’avons pas couru l’un vers l’autre, nous ne nous sommes pas embrassés. Rien de tout cela. C’est tout ce dont je me souviens de cette nuit-là. »

Après l’université, Slotkin a rejoint la Garde nationale, où il a atteint le grade de sergent et a servi pendant sept ans. Il était l’un des rares survivants d’Auschwitz à servir dans l’armée américaine ; il était également inhabituel pour un soldat de porter une kippa et d’observer le Shabbat pendant le service.

Il se souvient avoir été choqué par le fait que ses co-légionnaires ne connaissaient pas grand-chose, voire rien du tout, du judaïsme et qu’ils n’avaient pas reconnu les chiffres sur son bras comme étant ceux d’un tatouage de camp de concentration ; ils avaient supposé qu’il s’agissait d’un numéro de sécurité sociale ou de téléphone.

Le premier fils de René est né alors qu’il était dans l’armée ; lui et sa première femme ont eu deux autres enfants avant de divorcer. Quelques années plus tard, il a épousé une enseignante, June Slotkin, avec qui il a eu une fille.

Il aura fallu près de quarante ans à Slotkin et à sa sœur pour qu’ils commencent à parler ouvertement de ce qu’ils vécurent pendant la Shoah. En 1985, ils se rendirent au Mémorial de Yad Vashem, à Jérusalem, pour participer au simulacre de procès de Josef Mengele, axé sur les sévices qu’il a infligés à environ mille cinq cents jumeaux. Le corps de Mengele a été découvert au Brésil un an plus tard. Il s’était noyé en 1979.

Dans ses dernières années, Slotkin s’est porté volontaire au Camp Sharon à Tannersville, dans l’État de New York, où il a enseigné la menuiserie et l’éducation physique ; il y a également sensibilisé les enfants à la Shoah et à ce que signifie être un survivant.

« Je veux que les enfants sachent comment j’apprécie la vie aujourd’hui », a-t-il déclaré dans « René et moi ». « Je leur explique que les choses que j’ai apprises et les choses que je considère comme ayant de la valeur sont des choses qui se doivent d’être transmises ».

Dans les années 1990, Irène a développé une sclérose en plaques, qu’elle et son frère ont attribué aux abus qu’elle avait subis en tant que « jumelle Mengele » – ils ont supposé qu’elle était « le sujet d’expérience » tandis que René était « le sujet d’observation ». »

Irène est décédée en 2019.

« Je me sens très, très chanceux d’avoir survécu », a déclaré Slotkin dans un interview de 1997. « J’ai ce que je considère être de vraies richesses. J’ai une femme qui m’aime et que j’aime. J’ai une famille. J’appartiens à une synagogue, je suis membre d’une communauté. J’ai de bons amis, et je suis, semble-t-il, en bonne santé. »

Puis, il a ajouté : « Mais il reste tout de même une part de vide. »

René laisse derrière lui son épouse June, qu’il surnommait « la meilleure femme du monde », ses quatre enfants, Zebbe, David, Corrie et Mia, 11 petits-enfants et un arrière-petit-fils. Ses obsèques ont eu lieu dimanche à la Congrégation Ohab Zedek.

En témoignant de son histoire au Mémorial de la Shoah des États-Unis, Slotkin a déclaré : « Les commentaires, les témoignages que j’ai enregistrés, les émissions que nous avons faites, serviront peut-être à l’avenir ; c’est peut-être ce qui comptera. »

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