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Renseignement US : Le régime iranien affaibli, mais intact, cherchera à se reconstruire

Selon Tulsi Gabbard, l’Iran n’a pas reconstitué son programme nucléaire "anéanti" après les frappes de juin, contredisant ainsi Trump, qui s’en était servi pour justifier la guerre

La directrice du renseignement national américain, Tulsi Gabbard, témoignant lors des audiences de la commission sénatoriale du Renseignement consacrées à l'examen des menaces mondiales, au Capitole, à Washington, le 18 mars 2026. (Crédit : Jose Luis Magana/AP)
La directrice du renseignement national américain, Tulsi Gabbard, témoignant lors des audiences de la commission sénatoriale du Renseignement consacrées à l'examen des menaces mondiales, au Capitole, à Washington, le 18 mars 2026. (Crédit : Jose Luis Magana/AP)

Les agences de renseignement américaines estiment que, malgré l’affaiblissement significatif de l’Iran à la suite des frappes américaines et israéliennes menées au cours des deux dernières semaines et demie, le régime est resté intact et pourrait chercher à reconstituer ses capacités militaires s’il survit au conflit, a déclaré Tulsi Gabbard, directrice du renseignement national.

« La communauté du renseignement (IC) estime que le régime iranien semble intact, bien que fortement affaibli par les attaques visant ses dirigeants et ses capacités militaires », a-t-elle indiqué dans une déclaration préparée pour son audition devant la commission sénatoriale du renseignement, au 19e jour de la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran.

Ce témoignage a suscité une vive opposition de la part des démocrates, qui ont dénoncé des messages contradictoires de l’administration Trump quant aux raisons invoquées pour lancer la guerre contre Téhéran le 28 février.

Gabbard a comparu devant la commission aux côtés de plusieurs hauts responsables du renseignement dans le cadre d’une audition annuelle consacrée aux menaces mondiales.

La directrice du renseignement national a commencé son intervention en passant en revue les progrès réalisés par l’administration dans la guerre contre le régime iranien.

« Les capacités de projection de puissance conventionnelle de l’Iran ont été en grande partie détruites, ce qui réduit considérablement ses options. Sa position stratégique a été nettement affaiblie », a-t-elle ajouté, rappelant que les sanctions antérieures à la guerre avaient déjà déclenché des manifestations de masse contre un régime fragilisé.

Sur cette photo obtenue par l’Associated Press, des Iraniens participent à une manifestation antigouvernementale à Téhéran, en Iran, le 8 janvier 2026. (Crédit : UGC via AP)

« Même si le régime reste intact, l’IC estime que les tensions internes risquent de s’intensifier à mesure que l’économie iranienne se détériore », a poursuivi Gabbard. « Pourtant, l’Iran et ses mandataires continuent de mener des attaques au Moyen-Orient. »

« La communauté du renseignement estime que si ce régime hostile survit, il cherchera probablement à engager, sur plusieurs années, un effort de reconstruction de ses capacités en matière de missiles et de drones », a-t-elle ajouté.

Au cours de l’audition, le sénateur Mark Warner, principal démocrate de la commission, a souligné que Gabbard avait omis une phrase clé de la déclaration écrite soumise au préalable à la commission :

« À la suite de l’opération Midnight Hammer », avait-elle écrit, en référence aux frappes américaines de juin 2025 contre les installations nucléaires iraniennes, « le programme d’enrichissement nucléaire de l’Iran a été anéanti. Aucun effort n’a été entrepris pour tenter de reconstruire cette capacité. »

Cette conclusion semble contredire le président américain Donald Trump qui, dans son discours annonçant l’opération Fureur épique, a affirmé qu’après les frappes de 2025, l’Iran « avait tenté de reconstruire son programme nucléaire », justifiant en partie la guerre.

Gabbard a expliqué à Warner avoir omis ce passage lors de la lecture de sa déclaration à haute voix faute de temps. Warner a rétorqué qu’elle cherchait en réalité à éviter de contredire publiquement Trump.

Gabbard a ensuite été interrogée sur l’affirmation de la Maison Blanche selon laquelle la République islamique représentait une « menace nucléaire imminente », alors même qu’elle avait déclaré que l’Iran n’avait pas tenté de reconstruire son programme nucléaire « anéanti ».

« Les services de renseignement ont estimé que l’Iran avait maintenu son intention de reconstruire et de poursuivre le développement de ses capacités d’enrichissement nucléaire », a-t-elle répondu.

Le sénateur démocrate Jon Ossoff lui a demandé d’expliquer l’écart entre l’intention supposée de l’Iran de reconstruire son programme nucléaire d’une part, et la qualification de menace imminente, de l’autre.

La directrice du renseignement national Tulsi Gabbard s’exprime tandis que, de gauche à droite, le directeur du FBI Kash Patel, le directeur de l’Agence de renseignement de la défense James Adams III, le commandant par intérim du Commandement cyber-espace américain William Hartman et le directeur de la CIA John Ratcliffe l’écoutent lors des audiences de la commission sénatoriale du renseignement visant à examiner les menaces mondiales, au Capitole, le mercredi 18 mars 2026, à Washington. (Crédit : Jose Luis Magana/AP)

Gabbard a répondu que « ce n’est pas à la communauté du renseignement de déterminer ce qui constitue ou non une menace imminente ».

« La seule personne qui puisse déterminer ce qui constitue une menace imminente est le président », a-t-elle ajouté.

Ossoff a qualifié cette affirmation « d’erronée », affirmant que « c’est précisément votre responsabilité de déterminer ce qui constitue une menace pour les États-Unis ».

La question des évaluations des services de renseignement a pris une tournure encore plus complexe avec la démission, mardi, de Joseph Kent, qui a affirmé sur les réseaux sociaux que l’Iran « ne représentait aucune menace imminente pour notre nation ». Kent, déjà controversé pour son adhésion à des théories du complot et ses liens avec des nationalistes blancs, a accusé Israël et « son puissant lobby américain » d’avoir poussé les États-Unis à entrer en guerre.

Les démocrates ont également interrogé Gabbard sur la déclaration de Trump, qui s’était dit surpris par la décision de l’Iran de frapper ses voisins arabes en réponse aux attaques américaines et israéliennes.

Gabbard a refusé de dire à la commission si les évaluations du renseignement américain avaient anticipé de telles frappes de représailles. Elle a indiqué que la fermeture du détroit d’Ormuz par l’Iran était attendue, mais a refusé de préciser si cette prévision avait été communiquée à Trump.

La fermeture de ce détroit stratégique, par lequel transite environ un cinquième du pétrole mondial, ainsi que les attaques contre des infrastructures énergétiques dans les pays voisins, ont provoqué une flambée des prix du pétrole et ravivé les craintes d’une crise énergétique.

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