Rivlin au nouvel ambassadeur polonais : laissons l’histoire aux historiens
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Rivlin au nouvel ambassadeur polonais : laissons l’histoire aux historiens

"Je suis sûr que nous pouvons ouvrir un nouveau chapitre dans nos relations", a répondu Marek Magierowski en hébreu

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

L'ambassadeur polonais en Israël Marek Magierowski, à gauche, avec le président  Rivlin à Jérusalem, le 2 août 2018 (Capture d'écran : Twitter)
L'ambassadeur polonais en Israël Marek Magierowski, à gauche, avec le président Rivlin à Jérusalem, le 2 août 2018 (Capture d'écran : Twitter)

Le président Reuven Rivlin a déclaré jeudi au nouvel ambassadeur du pays que les Israéliens, contrairement aux Polonais, préféraient laisser aux historiens la tâche de déterminer les faits historiques.

« La principale différence entre nous est que nous laissons les faits de l’histoire aux historiens », a dit Rivlin à l’ambassadeur Marek Magierowski, dont le visage est resté imperturbable.

« Nous ne laissons aucun politicien interférer, s’impliquer ou créer des faits historiques ».

Recevant les lettres de créance des mains de Magierowski dans sa résidence de Jérusalem, Rivlin a commencé par dire que les Juifs et les Polonais partageaient presque un millier d’années d’histoire commune.

« C’est une histoire qu’on ne peut pas oublier. Et je sais que nous avons des différences d’opinion de temps en temps, que nous préférons en parler. Il est très important de temps en temps de discuter des différences d’opinion plutôt que de s’abstenir de coopérer ou de débattre », a-t-il dit.

Sans mentionner la loi controversée non amendée, qui prévoit des amendes pour ceux qui accuseraient les Polonais d’avoir été parfois complices des crimes commis par les nazis durant la Shoah, Rivlin a indiqué que les politiques polonaises qui tentent de blanchir les antécédents du pays pendant la guerre forment le principal point de désaccord entre Jérusalem et Varsovie.

Toutefois, Rivlin a également ajouté que cette question n’impacterait pas de manière négative l’avenir des liens bilatéraux.

« Parce que, autant qu’il y a l’histoire, il y a également l’avenir », a-t-il dit, s’exprimant en anglais. « Et l’avenir pour nos deux pays est très important. Il est très important pour le monde libre, pour les Juifs ».

Israël apprécie « la volonté de la Pologne d’évoquer des sujets qui parfois entraînent des difficultés », a souligné Rivlin.

Après avoir brièvement abordé la coopération bilatérale dans d’autres secteurs – une coopération qu’il a qualifiée de « forte » – il est revenu sur la controverse sur la Shoah.

Le président polonais Andrzej Duda (à droite) et le président israélien Reuven Rivlin (à gauche) arrivent à Oswiecim le 12 avril 2018 pour assister à la Marche des vivants, un défilé annuel de commémoration de l’Holocauste entre les anciens camps de la mort d’Auschwitz et Birkenau (JCrédit : anek Skarzynski / AFP)

« Je voudrais répéter qu’ici, en Israël, on ne laisse pas les politiciens s’impliquer dans les événements historiques. Parce que ce n’est pas le bon endroit pour trouver la vérité historique », a-t-il expliqué.

Rivlin a poursuivi en disant qu’il comprenait que dans n’importe quelle démocratie, les responsables aient des « besoins politiques » afin de construire des coalitions et de pouvoir gouverner. Ce commentaire a fait probablement allusion aux accusations clamant que ce sont les politiques populistes et nationalistes du gouvernement polonais qui ont amené ce dernier à adopter la loi sur la Shoah.

Je considère la Pologne et Israël comme deux membres d’une même famille

Dans son discours, Magierowski, ancien porte-parole du président polonais Andrzej Duda, qui a également été vice-ministre des Affaires étrangères du pays jusqu’à l’an dernier, a largement ignoré la polémique de la Shoah.

« Aujourd’hui est un jour très important et très spécial pour moi, pour mon épouse et pour mon équipe, et pour la Pologne », a-t-il déclaré dans un hébreu presque parfait. « Je suis sûr que nous pouvons ouvrir un nouveau chapitre dans notre relation ».

Continuant en anglais, il a estimé que les liens entre Varsovie et Jérusalem sont « absolument excellents malgré toutes ces différences qui existent toujours dans chaque famille. Et je considère la Pologne et Israël comme deux membres d’une même famille ».

Magierowski a indiqué avoir souvent entendu parler hébreu dans les rues de Varsovie, ce qui montre que les jeunes Israéliens apprennent à connaître « non seulement les chapitres sombres de notre histoire commune » mais également la Pologne contemporaine avec son « miracle économique » et sa scène culturelle aux multiples facettes, a-t-il noté.

« Nous ne pouvons pas échapper à l’histoire et nous parlons d’histoire en permanence mais nous pouvons aussi nous intéresser à d’autres secteurs où nous avons des intérêts économiques, au secteur économique mais également en géopolitique », a-t-il dit.

Magierowski, qui a commencé sa carrière comme journaliste, a publié plus tard un tweet en hébreu agrémenté de photos de la cérémonie :

A la fin du mois de juin, le Premier ministre Benjamin Netanyahu et son homologue polonais avaient signé un accord qui avait marqué officiellement la fin de la querelle portant sur le texte controversé.

Varsovie avait accepté d’annuler les sanctions pénales pour les individus accusant la « nation polonaise ou la république de Pologne » d’avoir été complice ou co-complice de la Shoah, même s’ils peuvent encore écoper d’une amende.

Jérusalem avait accepté d’émettre une déclaration israélo-polonaise conjointe qui, selon les critiques, adoptait le narratif biaisé de Varsovie concernant la Shoah.

La déclaration saluait « les actions héroïques de nombreux Polonais… qui ont risqué leurs vies pour sauver des Juifs », et condamnait seulement « les quelques cas de cruauté commis par les Polonais contre les Juifs pendant… la Seconde Guerre mondiale ». Elle semblait également créer une équivalence entre l’antisémitisme et « l’anti-Polonisme », avaient déploré les critiques.

Le centre de commémoration de la Shoah de Yad Vashem avait durement critiqué ce communiqué conjoint, disant qu’il entraverait la liberté des chercheurs sur le sujet. De plus, avait estimé l’institution, le texte « contient une formulation hautement problématique qui contredit les connaissances historiques existantes et acceptées dans ce domaine ».

Le 8 juillet, Netanyahu, qui avait initialement affirmé que son accord protégerait « la vérité historique sur la Shoah », avait déclaré qu’il « respectait les critiques » et qu’il en permettrait l’expression.

Il a depuis évité d’évoquer le sujet en public.

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