Rechercher

Salman Rushdie poignardé : « Rien ne justifie une fatwa », s’indigne Charlie Hebdo

Riss, chef de la rédaction et l'un des rares survivants de l'attentat de 2015, dénonce des "petits chefs spirituels médiocres, intellectuellement nuls et culturellement souvent ignares"

Des piles d'exemplaires de Charlie Hebdo. (Crédit : AFP/Martin Bureau)
Des piles d'exemplaires de Charlie Hebdo. (Crédit : AFP/Martin Bureau)

« Rien ne justifie une fatwa, une condamnation à mort », s’est indigné Charlie Hebdo, journal satirique français dont l’équipe a été décimée par un attentat islamiste en 2015, après l’attaque contre l’écrivain Salman Rushdie, cible depuis plus de 30 ans d’une fatwa de l’Iran.

« À l’heure où nous écrivons ces lignes, nous ne connaissons pas les motivations de l’auteur de l’attaque au couteau contre Salman Rushdie. Était-il révolté contre le réchauffement climatique, contre la baisse du pouvoir d’achat ou contre l’interdiction d’arroser les pots de fleurs pour cause de canicule ? », écrit ironiquement Riss, chef de la rédaction de Charlie Hebdo et l’un des rares survivants de l’attentat de 2015, dans un billet sur le site du journal.

« Prenons alors le risque de dire qu’il s’agit probablement d’un croyant, qu’il est tout aussi probablement musulman et qu’il a commis son acte encore plus probablement au nom de la fatwa lancée en 1989 par l’ayatollah Khomeini contre Salman Rushdie, et qui le condamnait à mort », poursuit-il.

« La liberté de penser, de réfléchir et de s’exprimer n’a aucune valeur pour Dieu et ses serviteurs. Et dans l’Islam, dont l’histoire s’est souvent écrite dans la violence et la soumission, ces valeurs n’ont tout simplement pas leur place car elles sont autant de menaces contre son emprise sur les esprits », fait valoir Riss.

Le romancier et essayiste américain
Salman Rushdie, à Paris en 2018. (Crédit : JOEL SAGET / AFP)

Il rejette l’idée selon laquelle « la fatwa contre Salman Rushdie était d’autant plus révoltante que ce qu’il avait écrit dans son livre, ‘Les versets sataniques’, n’était absolument pas irrespectueux à l’égard de l’islam ».

Selon lui, il s’agit d’un « raisonnement d’une très grande perversité car il induit qu’à l’inverse des propos irrespectueux envers l’islam justifieraient une fatwa et une punition, fut-elle mortelle ».

« Eh bien non, il va falloir répéter encore et encore que rien, absolument rien ne justifie une fatwa, une condamnation à mort, de qui que ce soit pour quoi que ce soit », martèle Riss, en fustigeant des « petits chefs spirituels médiocres, intellectuellement nuls et culturellement souvent ignares ».

Des bougies placées sur un journal montrant les photos du rédacteur en chef et dessinateur de l’hebdomadaire français satirique Charlie Hebdo Charb,, de Jean Cabut, alias Cabu, de Georges Wolinski et de Michel Renaud, tués la veille lors d’un attentat par deux hommes armés dans les bureaux du journal satirique français Charlie Hebdo, lors d’un rassemblement à Marseille, le 8 janvier 2015. (Crédit : Anne-Christine Poujoulat/AFP)

En janvier 2015, Charlie Hebdo avait été victime d’un attentat islamiste qui avait fait 12 morts, dont les dessinateurs Charb, Cabu et Wolinski, après avoir publié des caricatures du prophète Mahomet.

Cet attentat avait suscité une émotion mondiale, et Salman Rushdie avait alors exprimé sa « solidarité à Charlie Hebdo ».

« J’ai espéré qu’en cessant de vivre caché comme il l’avait décidé en 2002, Salman Rushdie retrouverait une vie normale. Malheureusement, il est quasi impossible de revivre comme tout le monde quand on est sous le coup d’une fatwa », a par ailleurs déclaré Riss dans une interview au Journal du dimanche (JDD).

Lui-même toujours sous la menace des islamistes, le dessinateur affirme qu’ « il faut toujours avoir à l’idée qu’une attaque ou une agression est possible, et toujours raisonner en se disant que cela peut recommencer ».

« Pour ce genre d’individus, les années ne comptent pas. Ils nous contraignent à tenir compte de leur folie religieuse, à la comprendre pour mieux la devancer. C’est en cela qu’une fatwa est éprouvante: elle nous oblige à entrer dans leur cervelle abrutie par la religion », souligne-t-il.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...