Sarkozy, entre leçon de morale et vibrant hommage à Israël
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Sarkozy, entre leçon de morale et vibrant hommage à Israël

Retour sur les thèmes abordés par l'ancien président français lors de sa visite en Israël : l'antisémitisme en France, les négociations de paix et le programme nucléaire iranien

Stéphanie est la rédactrice en chef du Times of Israël en français.

Nicolas Sarkozy pendant la conférence d'Herzylia, le 8 juin 2015. (Crédit : Flash 90)
Nicolas Sarkozy pendant la conférence d'Herzylia, le 8 juin 2015. (Crédit : Flash 90)

Au cours de sa visite éclair en Israël et dans les Territoires palestiniens, l’ancien chef d’État français a pris le temps de s’adresser à un public francophone venu spécialement l’écouter dans un amphithéâtre comble de IDC d’Herzliya, avant qu’il ne se rende à la conférence sur la sécurité pour prononcer un discours plus officiel.

Il y était accompagné par Pierre Lellouche, député de Paris et membre du nouveau parti de droite de Nicolas Sarkozy, Les Républicains, et par Meyer Habib, député centriste (UDI) des Français de l’étranger.

Bien qu’il ait répété à plusieurs reprises ne pas être officiellement en campagne pour la présidentielle de 2017 pendant ce déplacement, l’ancien président a ponctué la rencontre de propos très hostiles à l’égard de l’actuel gouvernement français en le désavouant tout du long.

Sarkozy a tout d’abord rendu un sincère hommage au « miracle » économique et technologique que représente l’État juif, « qui est à lui seul une start-up qui symbolise la technologie, l’innovation, la jeunesse ».

« Inscrits totalement dans le monde, vous sentez respirer le monde, et donc vous avez beaucoup à apporter à votre pays, parce que vous êtes au fond sur le front du monde », a souligné Sarkozy, appelant son auditoire à l’aider « à développer l’implantation de l’organisation des Républicains » [son nouveau parti] en Israël et en avouant au passage que son « ambition » était d’atteindre un demi-million d’adhérents.

Ce compliment lui a permis de faire une transition pour aborder le sujet épineux des négociations de paix,  au point mort depuis avril dernier. « La notion de leadership engendre la notion de devoir. Ainsi, quand on est leader, on doit assumer ses responsabilités », a expliqué l’ancien président à la foule de l’amphithéâtre admirative et manifestement sous le charme de l’orateur.

Comme il l’avait déclaré au Premier ministre et au président israéliens plus tôt dans la journée, « Israël sera toujours plus fort en prenant des initiatives qu’en subissant le contexte. Est-ce que c’est le fort qui doit prendre des initiatives ou est-ce que c’est le faible ? Pour moi, c’est le fort […] Vous serez déçus si vous attendez des autres qu’ils prennent des initiatives politiques majeures », a-t-il affirmé, sous les applaudissements.

Les Juifs de France et l’alyah

Il a ensuite dénoncé les actes antisémites commis en France et a longuement abordé le sujet polémique de l’alyah des Français en reprenant les mots du Premier ministre Manuel Valls prononcés après les attentats de Paris de janvier dernier, « la France sans les Juifs ne serait pas tout à fait la France ».

Il a affirmé avec insistance qu’il fallait prendre le temps de comprendre pourquoi les Juifs de France décident de « revenir en Israël, » – soulignant qu’il était « absurde de reprocher à un Juif, d’où qu’il soit, de vouloir y revenir ».

« Le choix personnel de chacun de rester ou de retourner, est un choix éminemment respectable et digne. Personne n’a le droit de le juger », a-t-il poursuivi.

Le problème, a-t-il dit, est la raison de ce choix, qui est loin d’être un « détail » si celui-ci est motivé par « la peur », ce qui serait « inacceptable pour la France ».

Il a par ailleurs justifié son retour dans le débat politique français par le fait qu’il ne pouvait se résoudre à ce que le Front national soit le premier parti politique français, qui ne peut pas « incarner la pensée politique de la sixième puissance politique du monde ».

Interrogé après la rencontre, Netanel, étudiant de 20 ans à IDC, a vu « un Sarkozy confiant qui prenait position, dans le conflit israélo-palestinien, du côté israélien ».

« On se sent rassurés tout de suite quand il y a Sarkozy avec nous », a déclaré le jeune étudiant originaire de Paris qui a fait son alyah à 18 ans et qui vit actuellement à Netanya. Il note aussi un sentiment de solidarité à l’égard de la communauté juive de la part de Sarkozy vis-à-vis des Juifs de France et de ceux qui résident en Israël.

Quant à Aaron, 19 ans qui va bientôt s’engager dans les rangs de Tsahal, il a relevé que Nicolas Sarkozy s’était montré « très serein et très engagé ». Il a apprécié la franchise dont il a fait preuve à propos du conflit israélo-palestinien, d’une part, et de la situation difficile des Juifs de France de l’autre.

Le jeune Franco-israélien, originaire du quartier de Vincennes où se situe l’HyperCacher, a été marqué par l’insistance du président des Républicains sur les motifs de l’alyah des Juifs de France, estimant au passage qu’il y a un avant et un après l’attentat de l’HyperCacher dans la façon dont le gouvernement actuel traite de l’antisémitisme qui sévit dans l’Hexagone, – « Il y a encore beaucoup de Mohamed Merah cachés en France », regrette t-il.

Enfin, le futur soldat, « fier supporter politique de Sarkozy », a souligné à juste titre que Nicolas Sarkozy s’était montré « offensif » à l’égard de François Hollande et de la gauche, reconnaissant que le chef des Républicains, qui n’a pas masqué « son agressivité » à l’égard de ses opposants politiques, était effectivement en campagne lors de cette visite.

« La France n’est pas antisémite »

L’ancien président s’est ensuite adressé à la conférence d’Herzlyia d’une manière plus officielle – tout en abordant les mêmes sujets – dans un discours de 27 minutes, au cours d’une session intitulée « La quête de leadership et de vision ».

Dans son introduction au discours de Sarkozy, le vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur, Silvan Shalom, a souligné que la France a rejoint Israël pour condamner le boycott contre l’Etat juif.

Shalom a déclaré que les tentatives de boycotter Israël avaient pris de nombreuses formes au cours des dernières semaines, depuis les fédérations sportives jusqu’aux syndicats d’étudiants. « Tous ont un seul objectif : la destruction d’Israël », a-t-il affirmé.

« Ce boycott est inacceptable et illégal – aujourd’hui comme demain. Boycotter la nation start-up n’a aucun sens – ni politique, ni moral ni financier », a déclaré Sarkozy.

Avec émotion, il a rendu hommage à la mémoire des victimes de la barbarie et de l’antisémitisme : Ilan Halimi en janvier 2006, les enfants et les soldats morts devant l’école Ozar HaTorah en mars 2012, à Toulouse, tués par Mohamed Merah.

Il a également déploré que lors de certaines manifestations, « une minorité crie ‘Mort aux Juifs’ une tâche sur le drapeau tricolore […] La France n’est pas antisémite, mais c’est vrai, il y a des écoles où il est devenu impossible d’enseigner la Shoah. Je veux voir la réalité de mon pays en face car je ne veux pas qu’un seul Juif quitte la France parce qu’il a peur. »

« Il y a encore beaucoup de Mohamed Merah cachés en France. »

Aaron

Il a affirmé que l’antisémitisme n’est pas seulement un problème juif, soulignant que
« l’humanité n’a pas encore compris que le destin des Juifs est précurseur de ce qui va arriver. La lutte pour la sécurité des Juifs est un combat pour tout ce qui se passera dans le monde. »

Il a conclu ses propos sur le sujet de l’antisémitisme, en disant qu’ « Il est trop facile de dire ‘je ne suis pas un antisémite, mais je n’aime pas Israël’. Il est trop facile de cacher l’antisémitisme derrière la critique. »

« Assad est l’allié aujourd’hui de l’EI »

Sarkozy a ensuite abordé le conflit régional plus large, et le manque d’action de la communauté internationale.

Il a déclaré : « La communauté internationale a refusé d’intervenir en Syrie. Aujourd’hui, nous avons l’Etat islamique, qui a pris le contrôle de Palmyre. Quel est le but d’avoir une communauté internationale, s’ils n’empêchent pas l’EI de s’emparer de Palmyre, l’un des joyaux de l’humanité ? »

« Assad est l’allié aujourd’hui de l’EI », a-t-il dit.

« Entre ces deux barbaries, nous ne devrions pas avoir à choisir. Nous devons combattre les deux avec la même détermination et la même force, parce que nous véhiculons les mêmes valeurs universelles. Nous devons lutter contre les assassins. »

« Les chrétiens au Moyen-Orient sont victimes d’un nettoyage ethnique. C’est un génocide, rien de moins que cela. Ils veulent que les chrétiens disparaissent de la région. »

Opposé à la feuille de route de Fabius

Dans ses critiques sur le contenu de l’accord et sur l’idée de résolution à l’ONU,
M. Sarkozy a exprimé des vues proches de celles du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

L’ancien président français Nicolas Sarkozy a critiqué lundi, en Israël, la diplomatie du gouvernement actuel de son pays sur le conflit israélo-palestinien. Il s’est fait ensuite étrillé par l’actuel ministre des Affaires étrangères français, Laurent Fabius, bientôt en visite dans la région.

Nicolas Sarkozy et Mahmoud Abbas à Ramallah - 8 juin 2015 (Crédit : AFP)
Nicolas Sarkozy et Mahmoud Abbas à Ramallah, le 8 juin 2015 (Crédit : AFP)

M. Sarkozy s’est dit attaché à la création d’un Etat palestinien et à l’idée de « deux Etats nations », israélien et palestinien, vivant côte à côte. Cela « posera la question des citoyens arabes » qui vivent en Israël, « c’est une question qu’il faudra résoudre », a-t-il dit.

M. Sarkozy avait dans la matinée jugé « dangereux » le projet français de passer par une résolution à l’ONU pour tenter de relancer l’effort de paix entre Israéliens et Palestiniens.

« Je verrai quand elle sera présentée. Mais (cela) me semble toujours curieux lorsqu’on prend des initiatives sans demander le soutien, l’avis des gens qui sont concernés ; ça me paraît dangereux parce que, qui peut imaginer qu’on pourra contraindre Israéliens et Palestiniens à faire la paix sans eux ; c’est eux qui doivent faire la paix. »

« La paix ici viendra d’abord des Israéliens et des Palestiniens eux-mêmes et tout ce qui sera fait de l’extérieur, me semble-t-il, sans leur accord, sans leur soutien (..) serait une erreur », a-t-il ajouté, assurant qu’il « reste attaché à l’idée de deux Etats-nations vivant en paix côte à côte ».

Les Français laissés « à la porte » des négociations sur le nucléaire

Dans la soirée, il s’en est pris, sur le fond et la forme, à l’accord qui pourrait être conclu le 30 juin entre l’Iran et six grandes puissances, dont la France, sur les activités nucléaires de la République islamique.

Selon lui, les Français, comme les autres, ont été laissés « à la porte » des négociations par les Américains et les Iraniens.

« Je n’accepte pas la façon dont cet accord a été négocié puisqu’il est pour l’essentiel le fruit d’une négociation bilatérale entre Américains et Iraniens ; les autres acteurs du dossier, dont la France, ont été laissés parfaitement à la porte », a-t-il regretté.

M. Sarkozy s’est dit « un ami des Etats-Unis ». « Mais, enfin, être un ami des Etats-Unis d’Amérique, ça veut pas dire que les Etats-Unis doivent négocier pour nous tous les sujets en fonction de leurs propres intérêts », a-t-il souligné.

Cet accord reconnaît « explicitement » à l’Iran le droit de poursuivre les activités ultrasensibles d’enrichissement d’uranium et de recherche et développement, et « ouvre potentiellement la voie à un risque grave de course aux armements nucléaires dans la région », a-t-il déclaré.

« L’Iran doté de l’arme nucléaire, c’est tout simplement inacceptable », a-t-il conclu.

AFP a contribué à cet article

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