Sous la pression des fidèles, le gouvernement prévoit de rouvrir les synagogues
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Sous la pression des fidèles, le gouvernement prévoit de rouvrir les synagogues

Avec des plages bondées et la réouverture des écoles, beaucoup contestent la fermeture prolongée des lieux de culte, qui ont été un vecteur majeur de la propagation de la COVID-19

Des hommes juifs prient au Mur occidental, le lieu de prière le plus saint du judaïsme, dans la Vieille Ville de Jérusalem. 19 avril 2020. (Nati Shohat/Flash90)
Des hommes juifs prient au Mur occidental, le lieu de prière le plus saint du judaïsme, dans la Vieille Ville de Jérusalem. 19 avril 2020. (Nati Shohat/Flash90)

Sous la pression de groupes orthodoxes et du Grand Rabbinat, de hauts fonctionnaires du gouvernement se sont réunis dimanche pour discuter de la réouverture des synagogues du pays, qui ont été fermées fin mars dans le but de freiner la propagation du nouveau coronavirus.

Selon un communiqué publié dimanche après-midi par le bureau du ministre de l’Intérieur Aryeh Deri (chef du Shas), des représentants des ministères de la Santé et de l’Intérieur ainsi que du Conseil national de sécurité se sont rencontrés et ont rédigé un plan qui devrait bientôt recevoir l’approbation du gouvernement.

Bien que ce communiqué n’ait pas donné tous les détails sur la manière dont le gouvernement prévoit de traiter cette question, il a précisé que les synagogues ne rouvriraient qu’à la condition que seuls les fidèles réguliers y assistent et qu’ils restent physiquement séparés pendant les offices.

Les fidèles devront porter des masques pendant toute la durée de leur présence à la synagogue et apporter leurs propres livres de prières et autres objets religieux de chez eux. Chaque synagogue devra nommer un « shamash coronavirus » chargé de faire respecter les règles de distanciation sociale.

Des juifs ultra-orthodoxes prient sur la tombe de Benaiah Ben Jehoiada, entre Safed et Meron, dans le nord d’Israël, le 20 avril 2020. (David Cohen/Flash90)

Avant l’annonce, un porte-parole du Grand Rabbinat a confirmé que la question était sérieusement discutée par les hauts responsables, en déclarant au Times of Israel que les grands rabbins David Lau et Yitzhak Yosef avaient demandé aux autorités de santé publique d’établir des directives pour permettre la reprise de la prière publique en toute sécurité.

« Aujourd’hui, il y a une réunion au ministère de la Santé. Les grands rabbins ont demandé la réouverture de toutes les synagogues, mais bien sûr, cela se fera selon les directives du ministère de la Santé, » a déclaré le porte-parole Kobi Alter.

« C’est un sujet complexe mais nous espérons qu’aujourd’hui nous aurons une réponse ».

Les synagogues et les yeshivot ont été des vecteurs majeurs pour la transmission du coronavirus pendant les premiers jours de la pandémie de la COVID-19.

Le ministre de l’Intérieur Aryeh Deri lors d’un entretien avec le site d’information ultra-orthodoxe Kikar HaShabbat, le 9 mai 2020. (Capture d’écran/Kikar HaShabbat)

Fin mars, le Corona National Information and Knowledge Center, un organisme gouvernemental de chercheurs qui fait office de comité consultatif auprès du ministère de la Santé et du Commandement du Front intérieur, a indiqué qu’à l’époque, 46,9 % des Israéliens avaient contracté le coronavirus à l’étranger, 4,4 % chez eux et 13,1 % dans un lieu indéterminé.

Sur les 35,6 % de cas restants dans lesquels la source de l’infection était connue, près d’un quart l’avait contractée dans une synagogue.

Ces dernières semaines, Israël a fait de grands progrès pour contenir le virus et le gouvernement a commencé le processus progressif de redémarrage de l’économie et a permis aux centres commerciaux, aux restaurants et aux écoles de reprendre leurs activités.

« Les centres commerciaux sont ouverts, les parcs sont ouverts, les écoles, les transports publics, les manifestations. Les plages ont déjà une date [de réouverture]. Seules les synagogues ont été oubliées », s’est plaint vendredi le grand rabbin Shmuel Eliyahu sur Facebook.

Le Grand Rabbin de Safed Shmuel Eliyahu (à gauche) lors d’un office de prière spécial appelant à la fin de l’épidémie de coronavirus au Mur occidental à Jérusalem, le 16 février 2020. (Olivier Fitoussi/Flash90)

« Il faut que quelqu’un se réveille. Les synagogues ne peuvent pas être les dernières de la liste ».

L’Association of Community Rabbis, une organisation rabbinique de droite affiliée au grand rabbin Eliyahu, a également appelé à la réouverture des synagogues, écrivant au Premier ministre Benjamin Netanyahu pour lui demander d’autoriser la reprise des prières « immédiatement ».

Actuellement, la prière publique n’est autorisée à l’extérieur qu’en groupe de 50 personnes maximum, qui doivent toutes porter un masque et garder une distance de deux mètres entre elles.

Certains membres de la communauté orthodoxe ont exprimé leur colère de devoir continuer à prier dehors, en particulier pendant la vague de chaleur de ce week-end, arguant que les règlements sont appliqués de manière sélective.

« Je ne considère pas [les fermetures de synagogues] comme discriminatoires parce que les centres commerciaux ont un mouvement constant de personnes et que les petits magasins comme les salons de coiffure ont rarement dix personnes à l’intérieur », a déclaré David Stern, un rabbin de la Vieille Ville de Jérusalem.

« Ce qui est discriminatoire, c’est d’interrompre les rassemblements dans les synagogues, mais pas ceux des amateurs de plage ou de café alors qu’ils sont bien plus nombreux que dix. Je pense que juste avant ou juste après [les prochaines] fêtes de Shavouot, ils autoriseront les shuls. Il devient vraiment difficile de prier à l’extérieur à cause de la chaleur ».

Les plages étaient bondées ce samedi, avec peu d’application des règlements de distanciation sociale. Cette situation est survenue quelques jours seulement après l’arrestation de centaines d’hommes ultra-orthodoxes pour avoir pénétré par effraction dans un complexe sacré du mont Meron, dans le nord d’Israël, défiant les ordres de la police limitant l’accès au site en raison des craintes de coronavirus et provoquant des affrontements avec les forces de sécurité.

Des Israéliens profitent de la plage de Tel Aviv, alors que la température atteint 40 degrés dans certaines régions du pays, le 16 mai 2020. (Miriam Alster/Flash90)

« Bien qu’il y ait de bonnes raisons à cela, le fait est que certains des minyanim en plein air deviennent également très fréquentés », a déclaré le rabbin Dovid Lewin, qui dirige un petit Kollel/synagogue dans la ville centrale de Beit Shemesh.

« Je vois des gens sans masque parce qu’il est difficile de respirer avec cette chaleur, contrairement à l’intérieur où la climatisation fonctionne. Je pense que les synagogues devraient pouvoir s’ouvrir avec des directives strictes de distanciation sociale [et] de masques », a-t-il déclaré, ajoutant qu’il serait plus facile d’observer la distanciation sociale dans une synagogue organisée avec un surveillant pour faire respecter les règles.

Le Dr Yizhar Hess, directeur exécutif du mouvement Massorti (Conservative) en Israël, a déclaré dimanche qu’il attendait « avec impatience la décision du ministère de la Santé d’autoriser la réouverture des synagogues », qualifiant de « très regrettable » le fait que les synagogues n’aient pas été autorisées à reprendre les offices.

Reconnaissant qu’il y avait de sérieux problèmes de santé, il a néanmoins déclaré qu’il espérait que « dans quelques jours, nos synagogues pourront également ouvrir – sous réserve des instructions du ministère de la Santé ».

D’autres préconisent une approche plus prudente.

« Je pense qu’à bien des égards, les autorités religieuses doivent être en avance et nous devons faire la différence entre l’ouverture des synagogues et la prière publique », a déclaré Seth Farber, qui dirige l’organisation Itim, qui aide les Israéliens à naviguer dans la bureaucratie religieuse du pays, et qui est le rabbin de la synagogue Kehilat Netivot à Raanana.

Farber a fait valoir que « les avantages de garder les synagogues ouvertes sont largement dépassés par le coût potentiel de leur ouverture, qui est le caractère sacré de la vie ».

« Les synagogues sont censées remplir un rôle en termes de sanctification du nom de Dieu et la plus grande sanctification du nom de Dieu aujourd’hui est de sauver des vies, donc si même une vie peut être sauvée en gardant les synagogues fermées une autre semaine ou deux ou trois, alors c’est certainement ce que nous devrions faire », a-t-il dit.

Le rabbin David Stav, cofondateur et président de l’organisation rabbinique Tzohar, le 20 juin 2013. (Crédit : Flash 90, File)

Le rabbin David Stav, président de Tzohar, une organisation qui offre une alternative orthodoxe au rabbinat, a déclaré au Times of Israel qu’il avait écrit au Premier ministre pour demander des éclaircissements sur la question de la réouverture des synagogues.

Il a déclaré qu’il avait exigé non pas que le gouvernement permette aux synagogues de reprendre leurs activités – bien qu’il le souhaite – mais qu’il ouvre un dialogue avec la communauté religieuse.

Le professeur Hagai Levine, épidémiologiste à l’Université hébraïque et chef de l’Association israélienne des médecins de santé publique, tout en ne soutenant pas une position particulière sur la question, a également demandé plus de clarté concernant les synagogues.

« Nous avons la preuve que les synagogues et autres rassemblements religieux sont un mode de propagation majeur », a-t-il déclaré au Times of Israel, notant qu’il y a plus de surpopulation et de mixité sociale dans les synagogues que dans les salles de classe, dans lesquelles les enfants se rassemblent en groupes définis.

Cependant, Levine a ajouté que « les décisions doivent être professionnelles et transparentes », et a recommandé que les autorités gardent les lignes de communication ouvertes afin de « travailler ensemble avec les communautés ».

Ils « peuvent prendre telle ou telle décision, mais le processus est important », a-t-il déclaré.

L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.

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