Tel Aviv : Une fresque considérée comme prônant le harcèlement sexuel supprimée
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Tel Aviv : Une fresque considérée comme prônant le harcèlement sexuel supprimée

Hommage au film-culte "Les voyeurs", montrant des ados regardant dans des vestiaires pour filles, la fresque a été vandalisée 4 fois par des activistes féministes

Des employés de la municipalité de Tel Aviv suppriment une fresque montrant des adolescents regardant dans les vestiaires pour femmes de la plage Metzitzim, le 23 août 2020 (Crédit :  Ron Huldai/ Twitter)
Des employés de la municipalité de Tel Aviv suppriment une fresque montrant des adolescents regardant dans les vestiaires pour femmes de la plage Metzitzim, le 23 août 2020 (Crédit : Ron Huldai/ Twitter)

La municipalité de Tel Aviv a enlevé une célèbre fresque montrant des hommes en train de regarder dans les vestiaires pour femmes au bord de la plage à l’issue d’actes répétés de dégradations de cette oeuvre controversée par des féministes.

Cette fresque, réalisée en l’an 2000 par l’artiste de rue Rami Meiri, était un hommage à un film de 1975, « Les Voyeurs » ou « Metzitzim » en hébreu, – un film devenu culte malgré la manière dont il dépeignait les femmes.

La fresque avait été réalisée sur les murs des toilettes de la plage dite « Metzitzim » de Tel Aviv, où avait été tournée une grande partie du film.

« En réponse aux plaintes, nous avons enlevé la fresque qui montrait des adolescents en train de regarder dans les vestiaires pour femmes », a écrit le maire de Tel Aviv, Ron Huldai, sur Twitter, dimanche matin.

« La liberté d’expression et l’art sont des valeurs importantes dans notre ville mais néanmoins, et dans la mesure où l’oeuvre est perçue comme l’acceptation d’un acte moralement répréhensible et criminel, nous avons décidé de l’enlever, » a continué Huldai.

L’artiste, Meiri, avait décrit son oeuvre comme un regard humoristique posé sur une culture qui existait sur les plages dans les années 1970.

« Elle décrit une période qui fait partie de l’histoire de la plage. Cette période est heureusement terminée mais un grand nombre de personnes la considèrent comme une part centrale de son passé », avait-il déclaré au quotidien Haaretz à la fin du mois dernier.

Les résidents de Tel Aviv à Metzitzim Beach, en août 2017 (Crédit : Ville de Tel Aviv-Jaffa)

Mais depuis 2018, la fresque avait subi des dégradations à quatre occasions de la part de membres de Lotem, l’unité antiterrorisme féministe. Plus récemment, des femmes masquées ont écrit sur l’oeuvre « Culture du viol » à la peinture à la bombe.

Dans le passé, les membres de Lotem avaient également peint au spray les noms de plusieurs violeurs et harceleurs sexuels célèbres à côté de la fresque, et notamment celui de Jeffrey Epstein.

« Cette fresque enseigne et normalise un comportement qui, sous les dispositions de la loi israélienne, est criminel », avait dit une activiste de Lotem sous couvert d’anonymat à Haaretz, il y a plusieurs semaines.

« C’est comme si la municipalité disait aux femmes de la ville : ‘Allez, vos corps sont un divertissement sexuel pour tous les hommes qui passent ici. Ce bâtiment a été construit pour que vous vous sentiez à l’aise, que vous baissiez la garde et, pour les hommes, pour qu’ils se sentent autorisés à vous regarder au moment où vous êtes le plus vulnérable’, » avait-elle continué.

Meiri a indiqué avoir à l’époque négocié avec les activistes et offert de changer la fresque pour ajouter une pellicule cinématographique ou une vieille femme frappant les adolescents avec un bâton. Il a expliqué avoir compris les activistes et avoir souhaité utiliser sa fresque pour combattre les violences faites aux femmes.

Les deux parties avaient trouvé un compromis, définissant que le graffiti resterait à côté de la fresque. Mais Lotem avait déploré que seule une partie à moitié effacée avait été laissée – ce qui avait entraîné la dégradation suivante.

Mais alors que la municipalité avait restauré la fresque dans son intégralité lors des incidents de vandalisme précédents, elle a décidé, cette fois-ci, de la supprimer dans sa totalité.

« La fresque avait été réalisée à une période très naïve, avant les violences auxquelles nous assistons au sein de la société à l’heure actuelle », a dit Meiri en réaction à la disparition de son oeuvre, dimanche. « Si j’avais eu l’intention de la réaliser aujourd’hui, je n’aurais très certainement pas pu le faire parce qu’elle aurait été en effet inappropriée en ce moment ».

« Je comprends la décision de retirer la fresque mais je suis aussi en colère parce que le message que j’avais voulu transmettre aurait pu s’imposer. Mais je comprends néanmoins la municipalité », a-t-il continué.

Un reportage diffusé en 2014 par la Dixième chaîne avait soupçonné des faits de harcèlement sexuel et de violences dans le cadre du tournage de « Metzitzim ». Le cousin de l’actrice Mona Zilberstein avait même affirmé qu’une scène de viol figurant dans le film avait été un vrai viol, et qu’il y avait eu d’autres incidents de harcèlement sexuel qui avaient amené sa parente à trouver refuge dans la drogue, entraînant ultérieurement son décès par overdose.

Uri Zohar, star du film, avait été ouvertement accusé de ces actes. Il est devenu depuis rabbin.

Cette décision de la municipalité de Tel Aviv survient dans un contexte d’indignation entraînée par le viol en réunion d’une adolescente de 16 ans dans la ville côtière d’Eilat, dans le sud du pays.

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