Un bassin en marbre enterré il y a 1 300 ans dans une église du Golan éclaire sur les anciens baptêmes
Découvert dans une cathédrale détruite par un séisme en 749, cet objet liturgique unique suggère que la cérémonie qui se déroulait dans le lieu de culte comportait 3 moments d'onction, un rituel jamais documenté auparavant

Il y a environ 1 300 ans, en 749 de notre ère, un tremblement de terre avait frappé le Moyen-Orient, provoquant d’importantes destructions.
Ce séisme avait scellé le sort de l’ancienne ville d’Hippos, un centre chrétien florissant autrefois situé à l’est du lac de Tibériade, dans le sud du Golan. Parmi les autres édifices, une salle de la cathédrale abritant des fonts baptismaux s’était effondrée dans la partie sud de la ville, ensevelissant ses objets liturgiques pendant plus d’un millénaire.
Cette salle et son contenu rare ont récemment été redécouverts par une équipe d’archéologues de l’université de Haïfa, comme le révèle une nouvelle étude qui a été publiée le mois dernier dans la revue Palestine Exploration Quarterly.
Selon l’auteur principal de l’étude, Michael Eisenberg, codirecteur des fouilles à Hippos, l’un des artefacts, un objet en marbre comportant trois indentations circulaires, n’a aucun équivalent connu. Il pourrait apporter un nouvel éclairage sur les pratiques baptismales uniques de l’ancienne cité byzantine.
« Hippos était la principale ville chrétienne de ce côté du lac de Tibériade, une région étroitement liée au ministère de Jésus dans la région », a déclaré Eisenberg au Times of Israel lors d’un entretien téléphonique.
« Nous avons recensé sept églises à Hippos. La plus grande d’entre elles, la cathédrale, était également le siège d’un évêque. »
Toutes ces églises ont été construites entre le Vᵉ et le début du VIᵉ siècle de notre ère.
La majeure partie de la cathédrale a été mise au jour au début des années 1950, soit plusieurs décennies avant que l’équipe d’Eisenberg ne commence à travailler sur le site, en 2000.
Les premiers archéologues avaient déjà mis au jour une première salle abritant des fonts baptismaux, une grande structure circulaire dans laquelle un adulte pouvait s’immerger entièrement, alimentée par un conduit acheminant de l’eau fraîche depuis une source voisine.
« L’évêque et la cathédrale étaient les seuls à célébrer des baptêmes, non seulement à Hippos, mais dans toute la région », a déclaré Eisenberg, soulignant qu’aucune autre église d’Hippos ne comportait de baptistère.
« Ils avaient le monopole. »
« Ce baptistère, ou photisterion, qui signifie en grec ‘salle de lumière’, comme on l’appelait à l’époque, est le plus grand jamais découvert en Israël », a-t-il ajouté.
La partie sud de l’église n’a été fouillée qu’en 2023. Eisenberg et ses collègues archéologues ont dégagé une petite zone de fouilles, car la route pavée du site passe très près du bâtiment. Ils ont été stupéfaits par leur découverte.
« Nous avons trouvé un autre baptistère, et à côté, tout un trésor archéologique d’objets liturgiques, exactement tels qu’ils étaient tombés lors du tremblement de terre de 749. »
La salle récemment mise au jour présente le même type de sol – des dalles de calcaire rouge et de marbre blanc disposées selon un motif géométrique – que les autres parties de la cathédrale.
Ce qui laisse penser qu’elle a été restaurée lors des travaux de rénovation effectués en 590 de notre ère et documentés par une inscription ailleurs dans le bâtiment, tout comme le reste de l’église.
Aucune inscription n’a été découverte dans le photisterion sud.
Les fonts baptismaux de la salle sud sont beaucoup plus petits que ceux de la salle nord et ils ne disposent pas de marches pour y accéder. Ce détail suggère que le baptistère découvert dans les années 1950 servait à baptiser les adultes, tandis que l’autre était utilisé pour les bébés, qui pouvaient être brièvement immergés ou tenus au-dessus du baptistère tandis qu’on leur versait de l’eau dessus, a expliqué Eisenberg.
Les archéologues ont trouvé plusieurs objets liturgiques à proximité des fonts baptismaux de la salle sud, notamment un grand candélabre en bronze et un reliquaire, c’est-à-dire un coffret destiné à contenir les reliques de saints vénérés.
« Certains d’entre eux sont assez uniques, même si tous ne sont pas nécessairement aussi importants d’un point de vue scientifique », a déclaré Eisenberg.
L’objet qui a le plus retenu l’attention des chercheurs est un artefact en marbre comportant trois coupes.
« Nous l’avons trouvé dans une position parfaite, coincé entre les fonts baptismaux et les autres instruments liturgiques », a déclaré Eisenberg.
« Il n’était pas là par hasard. »
« Nous avons consulté des collègues spécialisés dans les rites baptismaux du christianisme primitif, et ils s’accordent à dire que la seule explication logique à la présence de ce bloc de marbre à côté des fonts baptismaux est qu’il faisait partie des cérémonies liturgiques », a-t-il ajouté.
Selon l’archéologue, la forme de l’objet suggère fortement qu’il servait à contenir des liquides. Eisenberg estime que cet ustensile contenait très probablement différents types d’huile utilisés lors de la cérémonie de baptême des nourrissons.
« Nous connaissons des instruments similaires comportant un ou deux bols, mais celui-ci pourrait être le premier à en comporter trois », a-t-il déclaré.
« Aucun équivalent n’a jamais été trouvé. »
L’archéologue a souligné qu’à l’époque, le christianisme était encore en pleine expansion et que les cérémonies n’étaient pas nécessairement célébrées selon un protocole fixe partout.
« Nous ne disposons pas de beaucoup de sources traitant des [rituels] paléochrétiens dans différentes régions », a expliqué Eisenberg.
« Nous nous appuyons sur des sources postérieures, et certaines d’entre elles font allusion à l’utilisation de différentes huiles [lors du baptême], pas seulement l’huile d’olive, mais d’autres types d’huiles. Cependant, aucune source ne mentionne directement l’utilisation de trois huiles [lors de la cérémonie]. »
« Cela soulève de nombreuses questions sur les coutumes locales ou régionales en matière de cérémonies et sur tout ce que nous ignorons à leur sujet », a-t-il déclaré.
Selon Robin Jensen, professeure émérite à l’université de Notre Dame aux États-Unis et experte en christianisme antique et en architecture chrétienne, il existe une autre interprétation possible de cet objet.
Elle a suggéré que le bloc de marbre pouvait servir de table d’offrandes.
« J’ai vu des objets de ce type dans des cimetières, destinés à recevoir des offrandes alimentaires pour les morts », a déclaré Jensen, qui n’a pas participé à l’étude.
« Je pense qu’on pourrait trouver quelque chose de ce genre dans une église primitive, un réceptacle pour les offrandes. »
Selon elle, si l’interprétation proposée par Eisenberg et sa coauteure Arleta Kowalewska est correcte, l’objet a effectivement servi à contenir des huiles d’onction, ce qui le rendrait unique.
« Nous n’avons aucune preuve textuelle d’une triple onction, bien que la tradition chrétienne ultérieure comporte en effet trois types d’huiles : l’huile pour l’onction des malades, l’huile des catéchumènes et l’huile pour la chrismation », a déclaré Jensen.
« Les anciens rituels baptismaux, tant en Orient qu’en Occident, comportaient généralement deux onctions : une onction préliminaire et une chrismation post-baptismale… mais je ne connais aucun cas de triple onction », a-t-elle ajouté.
La professeure a également déclaré qu’elle tenait Eisenberg et Kowalewska en haute estime.
« Je les considère comme très fiables et je considère aussi l’étude globale de ce nouveau photesterion à Hippos comme très importante ; leur travail est minutieux et leur découverte est significative », a-t-elle déclaré.
Sauvegarde des reliques
Les archéologues ont également découvert un grand reliquaire en marbre.
« Il était scellé, et nous étions très impatients de découvrir ce qu’il contenait, mais lorsque nous l’avons ouvert, encore sur le terrain, il était vide », a déclaré Eisenberg.
La salle sud a pu servir à la fois de baptistère et de martyrium, ou de salle dédiée au culte des martyrs.
« Il n’y avait aucune contradiction entre ces deux fonctions », a déclaré Eisenberg.
D’après des inscriptions trouvées ailleurs dans l’église, la cathédrale était dédiée à Côme et Damien, deux frères et médecins du IIIᵉ siècle qui avaient embrassé le christianisme et qui avaient été tués par les autorités romaines. Leur culte était très populaire en Syrie, en Palestine (comme on appelait alors la province romaine) et en Arabie.
Le reliquaire a pu contenir leurs ossements ou d’autres objets liés à leur vie.
Eisenberg a expliqué que le déclin de la ville avait commencé bien avant le tremblement de terre, et que les reliques avaient peut-être été emportées par des chrétiens qui avaient quitté la ville avant qu’elle ne soit finalement détruite et abandonnée.
« Le déclin d’Hippos a commencé à la fin du VIᵉ siècle [de notre ère] et s’est considérablement accéléré après la conquête musulmane en 636, non pas à cause de l’invasion elle-même, mais parce que [les nouveaux dirigeants] ont déplacé la capitale régionale à Tibériade », a noté le chercheur.
« Toutes les églises d’Hippos ont continué à fonctionner, mais la plupart d’entre elles ont progressivement fermé certains de leurs espaces, commençant à les utiliser à des fins agricoles. Il semble qu’il n’y ait pas eu assez d’habitants sur place. »
La cathédrale a continué à fonctionner jusqu’à ce qu’elle soit détruite par le tremblement de terre.
« Lorsque les croyants chrétiens quittaient un lieu, les reliques sacrées étaient la première chose qu’ils emportaient avec eux », a déclaré Eisenberg.
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