Galilée: Des textes du 5e s. montrent que les Chrétiens maîtrisaient mal le grec
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Galilée: Des textes du 5e s. montrent que les Chrétiens maîtrisaient mal le grec

Les fouilles en cours de "l'église brûlée" à Hippos-Sussita a révélé trois textes - tous mal orthographiés et comportant des fautes de grammaire, disent les archéologues

Amanda Borschel-Dan édite la rubrique « Le Monde Juif »

  • Jessica Rentz, responsable du site, nettoie une mosaïque à "l'église brûlée" dans le cadre du projet de fouilles Hippos-Sussita dans le parc national Susita, été 2019. (Autorisation)
    Jessica Rentz, responsable du site, nettoie une mosaïque à "l'église brûlée" dans le cadre du projet de fouilles Hippos-Sussita dans le parc national Susita, été 2019. (Autorisation)
  • Vue aérienne du projet de fouilles Hippos-Sussita dans le parc national de Susita, été 2019. (Autorisation)
    Vue aérienne du projet de fouilles Hippos-Sussita dans le parc national de Susita, été 2019. (Autorisation)
  • Jessica Rentz, responsable du site, montre un heurtoir à tête de lion découvert à "l'église brûlée" dans le cadre du projet de fouilles Hippos-Sussita au parc national Susita à l'été 2019. (Autorisation)
    Jessica Rentz, responsable du site, montre un heurtoir à tête de lion découvert à "l'église brûlée" dans le cadre du projet de fouilles Hippos-Sussita au parc national Susita à l'été 2019. (Autorisation)
  • Michael Eisenberg, archéologue, directeur du projet de fouilles Hippos-Sussita, dans le parc national de Susita, été 2019. (Autorisation)
    Michael Eisenberg, archéologue, directeur du projet de fouilles Hippos-Sussita, dans le parc national de Susita, été 2019. (Autorisation)
  • Détail d'une mosaïque découverte dans "l'église brûlée" du projet de fouilles Hippos-Sussita dans le parc national de Susita, été 2019. (Autorisation)
    Détail d'une mosaïque découverte dans "l'église brûlée" du projet de fouilles Hippos-Sussita dans le parc national de Susita, été 2019. (Autorisation)
  • Détail d'une mosaïque découverte dans "l'église brûlée" du projet de fouilles Hippos-Sussita dans le parc national de Susita, été 2019. (Autorisation)
    Détail d'une mosaïque découverte dans "l'église brûlée" du projet de fouilles Hippos-Sussita dans le parc national de Susita, été 2019. (Autorisation)

Il y a une quinzaine d’années, alors qu’ils étaient sur les traces d’une synagogue de l’époque byzantine, les archéologues du projet de fouilles Hippos-Sussita en cours près de la mer de Galilée ont commencé à fouiller ce qui semblait être un bâtiment public qui avait été entièrement détruit par le feu. Après avoir rapidement découvert que les vestiges indiquaient que la structure n’était « qu’une autre église » – l’une des sept au moins de la grande cité antique – l’équipe s’est occupée d’autre chose.

Cet été, les archéologues réexaminent le site de l’église South-West ou Burnt Church, (Eglise brûlée) à la recherche d’une date précise de l’incendie qui a détruit et préservé l’église. Ils ont découvert une pléthore d’artefacts et de mosaïques intéressants – et un ouvrier presque illettré, qui avait été chargé d’inscrire les noms des donateurs et des abbés pour la postérité. Au lieu de cela, sa grammaire et ses fautes d’orthographe sont conservées dans un trio de mosaïques grecques anciennes. (Où est la correction automatique quand vous en avez besoin ?).

Les mosaïques de l’église brûlée présentent des motifs géométriques, des oiseaux aux couleurs vives et « un poisson gras très heureux », a déclaré le directeur des fouilles, Michael Eisenberg, de l’Université de Haïfa. Bien que belles à l’œil, les trois inscriptions découvertes jusqu’à présent dans l’église sont beaucoup plus importantes pour le travail scientifique d’Eisenberg.

Cependant, comme Haaretz l’a rapporté le premier, les trois inscriptions, exhumées en deux étapes de fouilles à Burnt Church, présentaient tellement d’erreurs que l’équipe de recherche a commencé à se demander si l’artisan et les responsables présumés de l’église étaient effectivement des Grecs de souche. L’inscription centrale du médaillon est la découverte de la saison et est encore en cours de déchiffrage.

« Il y a avait tellement d’erreurs, que nous avons pensé que ce n’était peut-être pas leur lingua franca », a dit cette semaine Eisenberg, mais plutôt l’araméen. Parmi les erreurs, mentionnons les fautes de grammaire et d’orthographe, y compris la confusion de formes possessives.

Détail d’une mosaïque découverte dans « l’église brûlée » du projet de fouilles Hippos-Sussita dans le parc national de Susita, été 2019. (Autorisation)

Comme pour la grande diaspora juive qui maîtrise l’hébreu, il est possible que les habitants d’Hippos du 5e siècle à majorité chrétienne savaient « peut-être lire les Saintes Écritures en grec » (si lettrés), mais peut-être pas plus que ça. Il a ajouté que les spécialistes savent qu’à l’époque byzantine, le grec « était plutôt approximatif ».

Selon un article de la Biblical Archaeology Review écrit par le regretté archéologue Vassilios Tzaferis, un expert en moines et monastères de l’époque byzantine, avant le début des fouilles en 2000, « Sussita/Hippos était une des plus importantes villes de l’Est à la période romano-byzantine, une des dix villes de la célèbre Décapole (la Ligue des dix villes), et est actuellement le plus significatif site archéologique sur la côte Est de la mer de Galilée ».

Vue aérienne du projet de fouilles Hippos-Sussita dans le parc national de Susita, été 2019. (Autorisation)

En 359 de notre ère, dit Eisenberg, il y avait un évêque à Hippos – peu de temps après l’adoption du christianisme par l’empire byzantin.

Yana Vitkalov, responsable de la conservation, nettoie une mosaïque à « l’église brûlée » dans le cadre du projet de fouilles Hippos-Sussita dans le parc national Susita, été 2019. (Autorisation)

« Je suis sûr qu’il y a des églises du 4e siècle, mais nous ne les avons pas trouvées », dit Eisenberg. « L’église brûlée » a été construite en deux phases, dans la seconde moitié des Ve et VIe siècles, a-t-il ajouté.

Le spécialiste en épigraphe grec ancien, le Dr Gregor Staab, de l’Université de Cologne, en Allemagne, a déclaré au Times of Israel : « En général, les erreurs ne sont pas rares dans cette région et à cette époque. Ici, le déclin bien connu de la grammaire grecque classique est reconnaissable. De toute évidence, cela n’a dérangé personne que les mots en grec soient mal orthographiés et que l’artisan ou son employeur ne connaissait pas la langue. »

« Des erreurs similaires sont commises et on peut s’y attendre » dans les mosaïques de cette époque et de cette région, a déclaré Staab. C’est du grec écrit par quelqu’un qui ne parle pas couramment la langue et qui « n’est certainement pas un nouveau dialecte », a dit Staab avec emphase.

Le mystère de l’Eglise brûlée

Une fois les noms déchiffrés et vérifiés par recoupement avec les documents historiques et canoniques, il y a de fortes chances que les chercheurs parviennent à dater le bâtiment de façon sûre. C’est un martyrium, ou maison de prière, qui est construite autour d’une relique centrale. L’exemple le plus célèbre en Israël d’un martyrium est l’église du Saint-Sépulcre de Jérusalem.

Vue aérienne de « l’église brûlée » du projet de fouilles Hippos-Sussita dans le parc national de Susita, été 2019. (Autorisation)

Eisenberg a dit que dans les fouilles antérieures, un reliquaire a été découvert au centre de l’abside de l’église. Elle contenait probablement une partie du corps du saint auquel l’église est dédiée – nom encore à venir – et a été construite en calcaire rouge. Sous l’église nord-ouest à Hippos a été découvert un reliquaire presque identique, dit Eisenberg.

L’incendie qui a consumé « l’église brûlée » est encore bien visible. L’équipe a trouvé et prélevé des échantillons pour la datation au carbone et l’identification des espèces de « d’énormes bûches et des poutres de bois », dit-il. Sur ces poutres, « on peut sentir l’odeur du feu », dit-il. (L’église n’est pas encore prête à être ouverte aux visiteurs du parc national. Eisenberg espère terminer une reconstruction partielle d’ici quelques années.)

L’incendie qui a ravagé l’église n’a pas été causé par la prise de la ville par les Arabes en 637 de l’ère commune, mais il est probable que l’église a été rasée pendant la conquête des Perses Sassanides au début du VIIe siècle, dit Eisenberg. Aucune autre église mise au jour sur le site ne présente ce type de destruction.

Lorsque les Arabes ont conquis la terre et Hippos quelques décennies plus tard, « les habitants se sont rendus à l’armée arabe après avoir reçu la promesse qu’ils ne seraient pas maltraités ; et il en fut ainsi. La vie à Hippos a duré de nombreuses années, même si les jours de splendeur et de gloire étaient révolus. Comme toutes les villes grecques conquises par les Arabes à l’Est, Hippos a perdu son indépendance politique et économique », écrit Tzaferis dans l’article du BAR.

Michael Eisenberg, archéologue, directeur du projet de fouilles Hippos-Sussita, dans le parc national de Susita, été 2019. (Autorisation)

En plus des poutres brûlées, un heurtoir en forme de tête de lion inhabituel fait partie des autres artefacts intéressants. Eisenberg le qualifie de « mignon » et se réjouit de l’avoir trouvé sur place, car on ne les trouve généralement que chez les antiquaires, a-t-il dit. Réfléchissant à haute voix, il se dit qu’il est possible que ce heurtoir date de l’époque romaine et a été réutilisé, comme les têtes de colonnes et autres objets architecturaux que l’on trouve sur le site.

Eisenberg n’exclut pas la possibilité que le site possède des preuves de la présence juive, mais n’a pas l’intention de continuer à rechercher la synagogue historique qui a disparu depuis longtemps. De même, il ne serait pas surpris de trouver la petite mosquée ou les deux petites qu’il a également recherchées.

Jessica Rentz, responsable du site, montre un heurtoir à tête de lion découvert à « l’église brûlée » dans le cadre du projet de fouilles Hippos-Sussita au parc national Susita à l’été 2019. (Autorisation)

Mais, malgré la diversité de sa population multi-confessionnelle, il n’y a aucune raison de croire que le christianisme n’était pas la foi dominante lorsque cette localité a été détruite par un séisme en 749, puis abandonnée, dit Eisenberg.

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