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Interview

Un Canadien gay et libéral s’en prend à ses compatriotes non-juifs dans des essais acerbes

Furieux contre l'antisémitisme et les attaques injustes visant Israël, Pat Johnson affirme que les Juifs ont aujourd'hui besoin d'un soutien accru ; son Substack ouvre la voie

L'écrivain et défenseur pro-israélien et pro-juif Pat Johnson à Vancouver, en mai 2025. (Autorisation)
L'écrivain et défenseur pro-israélien et pro-juif Pat Johnson à Vancouver, en mai 2025. (Autorisation)

TORONTO — Pat Johnson est l’un des internautes les plus prolifiques du Canada, soutenant Israël et dénonçant l’antisémitisme. À ce titre, il est habitué à ce que ses lecteurs présument qu’il est juif. Mais lorsqu’ils apprennent qu’il ne l’est pas, beaucoup sont surpris que Johnson, fier progressiste, adopte une position aussi pro-israélienne.

Tous les deux ou trois jours, sans faute, Johnson publie sa chronique sur la plateforme Substack. Il qualifie ses mini-essais de « coups de poing contre l’antisémitisme et l’antisionisme, qui dénoncent l’hypocrisie, la duplicité et la trahison de mes anciens alliés idéologiques des milieux progressistes ». Depuis la création de sa page Substack en mars 2024, Johnson a ainsi rendu publics plus de 200 articles d’opinion de ce type, chacun d’environ 1 200 mots, généralement précédés d’un titre et d’un sous-titre au ton caustique.

Basé dans sa ville natale de Vancouver, Johnson, 61 ans, a écrit pour de nombreuses publications régionales et nationales. Il a également travaillé comme consultant en communication pour des entreprises et des organisations à but non lucratif. Il rédige ses chroniques Substack non pas pour gagner de l’argent, mais plutôt par conviction et pour le plaisir que cela lui procure.

« Pour moi, c’est véritablement thérapeuthique », a déclaré Johnson au Times of Israel lors d’une récente interview sur Zoom. « Tout ce dont j’ai besoin pour trouver l’inspiration, c’est d’un café et d’un coup d’œil aux actualités et aux réseaux sociaux. Je m’indigne facilement. Au lieu de ruminer, je me défoule sur mon ordinateur, puis je publie mes articles sur Substack. Lorsque le monde sera débarrassé de l’antisémitisme, de l’antisionisme, de l’hypocrisie, de la manipulation mentale et de la démagogie, alors je n’aurais plus rien à écrire. Mais pour l’instant, tout va bien. »

Johnson s’exprime sur un large éventail de questions relatives à Israël et aux Juifs. Dans ses écrits incisifs, il analyse le lien entre antisémitisme et antisionisme, affirme que les keffiehs palestiniens portés par les étudiants militants anti-israéliens sont le nouveau blackface, ou se moque du discours politique du camp anti-israélien. Dans une récente chronique intitulée « Blood Libel — Now New and Improved » (L’accusation de meurtre rituel, revue et corrigée), il s’en prend à l’accusation fausse et souvent répétée selon laquelle Israël tuerait délibérément des enfants palestiniens.

« Des accusations incendiaires telles que ‘tueur de bébés’ (accompagnées d’une litanie de mensonges incluant colonialisme, nettoyage ethnique, apartheid et génocide) ne contribuent en rien à libérer les Palestiniens ni à sauver leurs vies », explique-t-il. « Ces calomnies nous polarisent dans nos camps respectifs, détruisant les chances déjà très minces d’une résolution négociée et d’une paix durable. Ceux qui emploient ce jargon se moquent bien de la mort des enfants. Ils ne manifestent certainement aucune tristesse pour les enfants juifs morts – ni d’ailleurs pour les enfants morts en Syrie, au Soudan, au Myanmar ou partout ailleurs où les Israéliens ne peuvent être tenus pour responsables. Ils aiment simplement accuser les Juifs de tuer des bébés. »

Ironiquement, pour quelqu’un qui écrit autant sur les Juifs, ceux-ci ont brillé par leur absence durant la jeunesse de Johnson à Vancouver, où il est né dans une famille chrétienne. Les premières interactions de Johnson avec les Juifs n’ont eu lieu qu’après son déménagement à Montréal en 1988, pour étudier l’histoire à l’Université McGill. Au cours de sa première année, il a travaillé dans un delicatessen juif et s’est engagé auprès de l’organisation étudiante juive Hillel, qui rassemblait des « groupes d’affinité » sur le campus pour lutter contre la discrimination envers les minorités. Johnson représentait les étudiants gays et lesbiens. Il a également suivi plusieurs cours d’études juives, dont un avec la professeure et autrice Ruth Wisse, dont il a lu les ouvrages depuis.

Pat Johnson prend la parole lors d’un rassemblement à Vancouver en faveur des otages détenus par le Hamas, en mars 2024. (Autorisation)

Après avoir obtenu son diplôme à McGill, Johnson est retourné à Vancouver, où il a terminé des études supérieures en journalisme. Au début de sa carrière, alors qu’il cherchait des missions de rédaction en freelance, un ami l’a mis en contact avec une connaissance, alors éditeur du Jewish Western Bulletin (aujourd’hui The Jewish Independent). Ce fut le début d’une collaboration de 30 ans avec l’hebdomadaire, pour lequel il continue d’écrire des articles et de relire le contenu éditorial.

Ma niche, certes relativement restreinte, est celle d’un Canadien progressiste, gay, agnostique et non juif qui soutient Israël.

Le lectorat de Johnson sur Substack continue de croître, sans aucun recours à une quelconque stratégie marketing. Johnson compte plus de 3 200 abonnés, et certains de ses articles sont lus par plus de 5 000 personnes. Contrairement à de nombreux auteurs publiant sur Substack, il n’utilise pas de système de paiement, rendant ses chroniques accessibles à tous gratuitement. Pourtant, quelque 160 lecteurs ont choisi de lui apporter leur soutien en s’abonnant volontairement.

« Ma niche, certes relativement restreinte, est celle d’un Canadien progressiste, gay, agnostique et non-juif qui soutient Israël et le peuple juif », a indiqué Johnson, sur un ton doux contrastant avec ses chroniques souvent fougueuses et combatives.

Pat Johnson interviewe Harel Oren, qui a aidé à défendre le kibboutz Reim contre l’invasion des terroristes du Hamas le 7 octobre, au kibboutz Reim, en mars 2025. (Autorisation de Dotan Ninveh)

« L’antisémitisme et l’antisionisme offensent chacune de mes multiples identités », a-t-il confié. « Depuis le début de la deuxième Intifada [en 2000], je me sentais révolté et trahi par les progressistes, y compris par les personnes LGBTQ+ et par d’autres avec lesquelles je travaillait depuis l’âge de 15 ans, dans le cadre de campagnes et d’actions militantes directes. Ils s’étaient massivement rangés du côté des forces les plus misogynes, homophobes, violentes, haineuses, théocratiques, régressives et despotiques de la planète. »

Avec des titres de chroniques comme « Que faudra-t-il pour que vous vous rangiez du côté des Juifs ? », « Vous voulez comprendre les Juifs ? Essayez d’écouter » ou encore « Où sont les modérés pro-palestiniens ? », Johnson ne mâche pas ses mots et laisse peu de lecteurs indifférents.

Pat Johnson interviewe Gil Dickmann, otage et défenseur des victimes du 7 octobre, à Tel Aviv, en mars 2025. (Autorisation de Dotan Ninveh)

« Certaines des réactions les plus virulentes viennent de mes anciens amis du mouvement progressiste, qui m’ont fait subir des attaques personnelles, des propos méprisants, du harcèlement, des insultes, des intimidations, voire des menaces de mort », a ajouté Johnson. « Les commentaires désagréables que je reçois sont souvent inarticulés, illettrés ou complètement délirants. Les antisémites et les antisionistes n’ont ni faits ni intellect pour les soutenir. Ils communiquent donc généralement par slogans et par mèmes. Face au tsunami de mots que je produis, ils se réfugient sur X. »

Les commentaires désagréables que je reçois sont souvent inarticulés, illettrés ou complètement délirants

Le plus souvent, les travaux de Johnson suscite des réactions positives, y compris de la part de lecteurs éloignés, en Israël.

« À l’instar d’autres lecteurs juifs, des Israéliens m’ont écrit pour me dire qu’ils se sentaient réconfortés par le fait qu’un Canadien non juif puisse tenir publiquement un discours raisonnable », a poursuivi Johnson, qui s’est rendu en Israël pour la quatrième fois en mars.

Après avoir mentionné dans un message qu’il allait se rendre en Israël, Johnson a été submergé d’invitations.

Pat Johnson au mur Occidental, à Jérusalem, en mars 2025. (Autorisation)

« J’ai été accueilli pour le Shabbat par la famille d’un brillant professeur à Jérusalem. J’ai assisté à des conférences et à des rassemblements organisés par un militant qui a immigré des États-Unis il y a 50 ans. À Tel-Aviv, j’ai reçu tellement d’invitations que j’ai dû organiser une rencontre dans le hall d’un hôtel, où une dizaine d’entre nous ont partagé leurs réflexions. Je suis rentré au Canada avec beaucoup de nouveaux amis. »

Outre ses activités d’écrivain, Johnson est le directeur et fondateur d’Upstanders Canada, une organisation majoritairement non juive et non partisane, qui sensibilise et encourage les Canadiens à lutter contre l’antisémitisme ainsi qu’à soutenir les Juifs et Israël.

Pour élargir son audience sur Substack, Johnson a décidé d’ajouter du contenu vidéo. Il travaille également à la rédaction d’un recueil de ses essais. L’an dernier, il a aidé l’ancienne ministre du gouvernement de la Colombie-Britannique, Selina Robinson, à rédiger ses mémoires après qu’elle a été contrainte de démissionner à la suite d’attaques de militants anti-Israël.

Pat Johnson et l’ancienne ministre du gouvernement de la Colombie-Britannique Selina Robinson à la synagogue Schara Tzedek à Vancouver, le 27 janvier 2025. (Autorisation de Silvester Law)

Dans une récente chronique intitulée « Would You Hide Me? » (Me cacheriez-vous ?), Johnson dénonce le fait que, malgré l’antisémitisme rampant, la plupart des non- juifs ne comprennent guère l’angoisse éprouvée par les Juifs, et se montrent encore moins solidaires à leur égard.

« Nous supposerons que les Juifs, aujourd’hui, n’ont rien ou presque rien à craindre, et que l’idée d’avoir besoin d’amis pour les cacher dans des cabanes de jardin ou sous de faux planchers est absurde et paranoïaque », a-t-il écrit.

« Cette hypothèse s’accompagnera de la certitude parallèle que, par définition, se ranger aux côtés du peuple juif en ce moment présente encore moins de danger », a-t-il ajouté. « Et pourtant, alors que les enjeux sont si faibles pour les alliés et les amis, pratiquement personne ne se range aux côtés des Juifs. »

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