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Canada : Une élue juive licenciée et menacée de mort pour ses propos sur Israël pré-1947

Selina Robinson, ministre de la Colombie-Britannique qui a décrit Israël pré-étatique comme une "terre pourrie", a dû démissionner sous la pression des militants anti-Israël

Selina Robinson parle des défis auxquels sont confrontées les femmes en politique, le 7 septembre 2022. (Crédit : Capture d'écran/YouTube ; utilisé conformément à la clause 27a de la loi sur le droit d'auteur)
Selina Robinson parle des défis auxquels sont confrontées les femmes en politique, le 7 septembre 2022. (Crédit : Capture d'écran/YouTube ; utilisé conformément à la clause 27a de la loi sur le droit d'auteur)

TORONTO – Une politicienne juive de la province canadienne de la Colombie-Britannique a perdu son poste et a reçu des menaces de mort après avoir dit qu’Israël avant la création de l’État était « un bout de terre pourri où il n’y avait rien » au cours d’une discussion en ligne. La police enquête également sur un acte de vandalisme antisémite commis dans son bureau de circonscription.

L’incident reflète la façon dont les effets de la guerre entre Israël et le Hamas, qui en est à son cinquième mois, continuent de se propager bien au-delà de la région, les tensions montant en flèche entre Juifs et Musulmans sur la côte ouest du Canada.

Selina Robinson, ministre de l’Enseignement supérieur de la province, a été démise de ses fonctions le 5 février par le Premier ministre de la Colombie-Britannique, David Eby, qui l’avait initialement soutenue face au tollé de protestations.

Depuis, de nombreux Juifs canadiens ont dénoncé la façon dont Robinson a été prise pour cible par des militants anti-Israël et d’autres hommes politiques, y compris au sein même de son propre parti, le Nouveau parti démocratique (NPD).

Nico Slobinsky, le vice-président pour la région Pacifique du Centre consultatif des relations juives et israéliennes (CIJA), a exprimé sa consternation sur les réseaux sociaux.

« Nous sommes tristes et inquiets d’apprendre que la députée Selina Robinson a reçu une menace de mort », a écrit Nico Slobinsky. « Je suis reconnaissant à la GRC [police] d’avoir enquêté. Je ne peux m’empêcher de me demander si les gens ne se sentent pas enhardis après les événements de ces derniers jours ».

Nico Slobinsky, vice-président de la région Pacifique du Centre pour les affaires juives et israéliennes (CIJA). (Crédit : Autorisation)

Robinson, 60 ans, représentait la banlieue de Vancouver, Coquitlam-Maillardville, à l’Assemblée législative de la Colombie-Britannique. Depuis qu’elle a été élue pour la première fois en 2013, elle a occupé plusieurs postes ministériels, dont celui de ministre des Finances, et a joué un rôle déterminant dans l’adoption par la province de l’enseignement obligatoire de la Shoah dans son système scolaire. Avant de se lancer dans la politique provinciale, Robinson a été directrice de l’Agence juive des services familiaux à Vancouver, thérapeute familiale et conseillère municipale.

Il y a quinze jours, alors qu’elle participait à un séminaire en ligne organisé par Bnai Brith Canada, Robinson a déploré le manque de connaissances des jeunes sur l’histoire juive, et particulièrement l’histoire de la Shoah et de la création de l’État d’Israel.

« Il y a une génération entière de jeunes âgés de 18 à 34 ans qui n’ont aucune connaissance de la Shoah, ils ne pensent même pas qu’elle a eu lieu », a-t-elle affirmé. « Ils ne savent pas qu’Israël a été attribué à des juifs qui ont été déracinés. Ils ne sont donc pas du tout au courant de la façon dont les choses ont évolué. Ils ne comprennent pas que ce n’était qu’un petit bout de terre pourri sur lequel il n’y avait rien. Oui, plusieurs centaines de milliers de personnes y vivaient, mais à part cela, il n’y avait pas d’économie, pas de culture, rien du tout ».

Plusieurs personnes se sont offusquées de ces propos qu’elles ont jugés incendiaires, déclenchant une tempête de critiques cinglantes et appelant Eby à licencier Robinson. Ils ont accusé cette dernière de racisme, de colonialisme, d’islamophobie et d’insulte à l’égard des Palestiniens. Dans un premier temps, elle a insisté sur le fait que sa référence à la « terre pourrie » se rapportait à l’absence de ressources naturelles sur le territoire de ce qui est aujourd’hui Israël. Les militants anti-Israël ont néanmoins déclenché une frénésie médiatique, réclamant à cor et à cri son renvoi du cabinet.

Dix-huit responsables musulmans ont signé une lettre, publiée en ligne, dans laquelle ils ont déclaré que les responsables politiques du NPD ne seraient plus les bienvenus dans leurs communautés tant que Robinson resterait à son poste. Les chefs religieux se sont joints au Conseil national des musulmans canadiens, au Palestinian Canadian Academics and Artists Network, Faculty for Palestine, Independent Jewish Voices Canada, au Jewish Faculty Network, à des chefs autochtones et à un député fédéral pour réclamer le limogeage de Robinson.

Selina Robinson parle de l’Israël d’avant l’État lors d’une discussion de groupe en ligne de Bnai Brith Canada le 30 janvier 2024. (Crédit : Capture d’écran)

Parmi ceux qui ont activement soutenu de telles pétitions, figurent un couple de Juifs célèbres, l’auteure et activiste sociale Naomi Klein et son mari, le cinéaste et ancien animateur d’Al Jazeera TV Avi Lewis, tous deux connus de longue date pour être de féroces critiques d’Israël.

Des facteurs politiques sont également entrés en ligne de compte. Selon Rob Shaw, qui écrit dans Business in Vancouver, de nombreux militants du mouvement anti-Robinson sont des détracteurs de longue date du NPD qui « utilisent sa situation difficile pour régler de vieux comptes politiques ».

Adam Olsen, député du Parti vert, a critiqué les commentaires de Robinson, les reliant à la situation politiquement chargée des autochtones au Canada. Dans une publication sur son blog, il a expliqué que la remarque de Robinson à propos de la « terre pourrie » « n’est pas seulement blessante, mais qu’elle est le reflet d’une idéologie raciste qui a alimenté le colonialisme en Colombie-Britannique pendant des siècles ».

Plusieurs personnalités néo-démocrates du Canada se sont également attaquées à Robinson, notamment le député de l’Ontario Matthew Green.

Green a été l’un des orateurs principaux à un rassemblement organisé en novembre par Toronto4Palestine, un groupe qui a distribué des bonbons dans les rues le 7 octobre pour célébrer le massacre perpétré par le Hamas durant lequel 1 200 personnes ont été assassinées dans le sud d’Israël, des civils pour la plupart, et 253 autres ont été enlevées et emmenées dans la bande de Gaza. Green n’a souffert d’aucune conséquence apparente pour cette apparition.

Le 5 février, une cinquantaine de manifestants ont défilé devant un hôtel de Surrey, à une cinquantaine de kilomètres au sud-est de Vancouver, où se réunissait le caucus du NPD de la Colombie-Britannique, en scandant : « Selina, Selina, tu ne peux pas te cacher, tu as commis un génocide ».

Selina Robinson (gauche) en compagnie du Premier ministre de la Colombie-Britannique, David Eby (centre), qui allume une Hanoukkiah lors d’une réception de Hanoukka au Hillel de l’Université de la Colombie-Britannique, le 18 décembre 2023. (Crédit : CIJA)

Après ses brèves excuses publiées, quelques jours apres les évènements, sur X, Robinson a présenté de longues excuses.

« Mes propos récents ont causé de la douleur et de la détresse au sein de la communauté palestinienne, de la communauté musulmane et au-delà », a-t-elle déclaré. « Je suis vraiment désolée. J’en porte l’entière responsabilité. Mes propos étaient inappropriés, erronés, et je comprends maintenant comment ils ont contribué à l’islamophobie et au racisme anti-palestinien. »

« Je sais que mes propos ont également heurté les communautés autochtones, car ils perpétuent les discours coloniaux nocifs. Il ne m’appartient pas d’instrumentaliser l’expérience des peuples des Premières nations. C’était une erreur et j’en suis profondément désolé », a-t-elle ajouté.

Quelques heures plus tard – et trois jours après avoir critiqué les propos de Robinson tout en affirmant qu’elle pouvait rester au sein du cabinet – Eby a cédé à ceux qui réclamaient son départ. Il a annoncé qu’elle avait démissionné, admettant seulement plus tard dans la semaine qu’il y était pour quelque chose.

« Les raisons pour lesquelles Selina a décidé de démissionner de son poste de ministre tiennent à la façon dont ses propos ont accru les divisions au sein de notre province, ainsi qu’au travail qu’elle est appelée à faire pour rapprocher les gens », a expliqué Eby lors d’une conférence de presse à Vancouver, à laquelle Robinson n’a pas assisté. « Je pense que Selina a un bilan remarquable en tant que politicienne représentant sa communauté, la communauté juive, et qu’elle a commis une erreur. Cette erreur n’est pas insignifiante. Et elle a causé beaucoup de tort. »

Plus tard dans la journée, après avoir proposé de suivre une formation contre l’islamophobie, Robinson a annoncé qu’elle ne se représenterait pas aux élections de cette année en Colombie-Britannique. Elle se tient depuis loin des yeux du public, et refuse également de s’adresser aux médias.

Certains observateurs ont suggéré que les perspectives de son parti aux prochaines élections étaient derrière la décision d’Eby et l’ont amené à faire un calcul froid sur la place de Robinson au sein de son cabinet. Satisfaire la communauté musulmane de la province, qui est presque quatre fois plus importante que sa contrepartie juive, présentait de meilleures chances d’obtenir plus de voix le jour de l’élection pour le NPD de gauche, qui est le plus pro-palestinien des principaux partis politiques du Canada.

Robinson était déjà dans le collimateur de certains militants pro-palestiniens et néo-démocrates, avant même qu’elle ne tienne ses propos controversés sur Israël. Elle avait en effet été accusée d’avoir utilisé son rôle de ministre pour faire pression sur un collège de Colombie-Britannique afin qu’il licencie un enseignant qui avait qualifié les atrocités commises par le Hamas le 7 octobre de « formidables » et de « géniales ».

Pour ajouter l’insulte à l’injure, au lendemain de sa destitution, des vandales ont attaqué son bureau de circonscription, le dégradant avec des graffitis haineux tels que « Sionisme = nazisme », « Libérez la Palestine » et « Nous n’acceptons pas vos excuses ». Le lendemain, Eby a confirmé que la police enquêtait également sur une menace de mort à son encontre.

Alors que les Juifs canadiens sont déjà à cran en raison de la montée de l’antisémitisme depuis le 7 octobre, l’affaire Robinson a renforcé leurs inquiétudes et leur frustration.

Slobinsky, du CIJA, a indiqué que les actions d’Eby envoyaient un « message effrayant suggérant que les dirigeants juifs sont tenus à une norme différente de celle des non-Juifs ».

Quelques jours avant que Robinson ne fasse ses remarques malencontreuses, Eby avait fait un faux pas embarrassant qui avait offensé la communauté juive. À l’occasion de la Journée internationale de commémoration de la Shoah, le 27 janvier, il a publié un communiqué dans lequel il faisait l’amalgame entre la Shoah et l’islamophobie, et demandait à la province de s’unir « contre la montée profondément troublante de l’islamophobie », en soulignant se tenir « aux côtés de la communauté musulmane partout au Canada en ce jour de tristesse et de commémoration. »

Il s’est ensuite excusé, rejetant la faute sur un membre du personnel qui avait publié par erreur un texte conçu pour un autre contexte à une autre date.

Dans une lettre adressée à Eby pour protester contre sa décision concernant Robinson, l’Association rabbinique de Vancouver lui a demandé pourquoi elle n’avait pas bénéficié de la même offre de grâce pour son erreur supposée qu’Eby pour la sienne ou que d’autres membres de son parti NPD qui ont fait des remarques antisémites dans le passé.

« Il est honteux que le premier ministre David Eby ait cédé à la pression d’une minorité bruyante », ont écrit les rabbins. « C’est dangereux pour notre communauté et pour le bon fonctionnement de la démocratie dans notre province. Vous avez cédé à la pression de ces mêmes groupes qui ont été au centre d’une montée sans précédent de l’antisémitisme et de la haine envers la communauté juive depuis les attaques brutales et inhumaines du 7 octobre. Il semblerait même que vous ayez cédé aux intimidations par opportunisme politique ».

Ezra Shanken, directeur général de la Fédération juive du Grand Vancouver. (Crédit : JFGV)

D’autres groupes juifs ont également exprimé leur colère.

« La communauté juive de [la Colombie-Britannique] souffre de cette montée sans précédent de la haine », a affirmé Ezra Shanken, directeur exécutif de la Fédération juive du Grand Vancouver. « Le niveau de vitriol en ligne qui a ciblé Selina Robinson jusqu’à sa démission, et qui reflète la réalité à laquelle est confrontée une grande partie de la communauté juive depuis les attaques terroristes du Hamas le 7 octobre, montre des tendances inquiétantes dans notre ordre public. »

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