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Un doyen figurant sur une liste noire anti-Israël reproche au gouvernement son inaction

Pour Danny Chamovitz, les menaces de l'étranger qui visent les chercheurs israéliens ne sont pas surprenantes compte tenu de l'hostilité qui règne en Israël : "Nous espérons que cela servira désormais de signal d'alarme"

Le président de l'université Ben Gurion, Danny Chamovitz, s'adresse à la chaîne publique Kan le 21 novembre 2025. (Crédit : Capture d'écran Kan)
Le président de l'université Ben Gurion, Danny Chamovitz, s'adresse à la chaîne publique Kan le 21 novembre 2025. (Crédit : Capture d'écran Kan)

Le président de l’université Ben Gurion, Danny Chamovitz, est l’un parmi des dizaines de chercheurs israéliens figurant sur une liste noire publiée par un site web pro-palestinien anonyme. Vendredi, il a accusé vendredi le gouvernement de ne pas prendre au sérieux les menaces proférées à l’encontre des universitaires israéliens tant dans leur pays qu’à l’étranger.

« Cela fait déjà deux ans que nous sommes pris pour cible par des menaces », a déclaré Chamovitz, généticien du végétal qui dirige l’université de Beer Sheva depuis 2019, dans une interview accordée à la chaîne publique Kan.

« Nous avons alerté les responsables du gouvernement – au sujet des activités du mouvement BDS, par exemple – sur le fait que les menaces visant le monde universitaire devaient être prises très au sérieux », a ajouté Chamovitz, faisant référence au mouvement anti-israélien Boycott, Désinvestissement, Sanctions, dont les activités ciblant le monde universitaire israélien ont atteint un niveau record depuis le pogrom perpétré par le Hamas le 7 octobre 2023, à l’origine de la guerre à Gaza.

En l’absence de réponse sérieuse, les menaces vont inévitablement dégénérer et se transformer en incitation ouverte à la violence, a poursuivi Chamovitz, avouant avec ironie se sentir « franchement insulté par le prix » mis sur sa tête par le site web du groupe The Punishment For Justice Movement, qui offre 100 000 dollars pour chaque « cible spéciale » répertoriée.

« Le gouvernement n’a rien fait sur la question du BDS. Nous espérons toutefois que cela servira désormais de signal d’alarme », a-t-il confié.

Chamovitz a par ailleurs établi un lien entre l’intimidation depuis l’étranger des universitaires israéliens et les menaces dont ils font l’objet dans leur propre pays.

Il a fait remarquer que le député d’extrême droite et vice-ministre Almog Cohen, qui, avec des étudiants militants de droite, a perturbé la semaine dernière un cours donné par un informaticien d’extrême gauche de l’université Ben Gurion, a affirmé ensuite sur Radio Darom que Chamovitz lui-même « devrait avoir honte » de ne pas avoir licencié le professeur, et qu’il allait « en payer le prix ».

« Le monde universitaire, sous nos yeux, est pris pour cible non seulement à l’étranger, mais aussi en Israël. À quoi devons-nous nous attendre ? », a déploré Chamovitz à Kan. « Il y a deux semaines, un vice-ministre a dit à la radio que je paierais le prix fort parce que je ne gérais pas l’université Ben Gurion comme il le souhaite. Personne au sein du gouvernement n’a condamné cet homme. Les menaces, d’où qu’elles viennent, doivent être prises très au sérieux. »

Le président de l’université a souligné qu’il ne s’agissait pas que de lui, et que les coups portés contre le monde universitaire israélien avaient des conséquences tangibles sur la sécurité nationale, citant notamment le fait que l’Iran a pris pour cible l’hôpital Soroka de l’université Ben Gurion pendant la guerre de 12 jours avec Israël, en juin.

« Il ne s’agit pas seulement de l’histoire de Daniel Chamovitz », a-t-il indiqué. « Ces deux dernières années, nous avons vu des sites web étrangers marteler qu’il fallait attaquer l’université Ben Gurion parce que c’est là que tous les pilotes de l’armée de l’air israélienne obtiennent leur licence. Nous avons vu l’Iran attaquer l’université et l’hôpital Soroka parce qu’il était bien conscient de leur importance. »

« Parfois, nos ennemis sont plus attentifs à ce que nous écrivons que les Israéliens ne le sont eux-mêmes », a déclaré Chamovitz.

De la fumée s’élevant d’un bâtiment du complexe hospitalier Soroka après avoir été touché par un missile tiré depuis l’Iran, à Beer Sheva, le 19 juin 2025. (Crédit : Leo Correa/AP)

Le site Internet qui désignait Chamovitz comme cible semble avoir été supprimé quelques heures après avoir attiré l’attention des médias israéliens vendredi. Parmi les universitaires israéliens figurant sur la liste des « cibles spéciales » du site figurait également Shikma Bressler, leader de la contestation et physicienne à l’Institut Weizmann des sciences. Certaines des personnes inscrites sur cette liste vivent en dehors d’Israël, notamment aux États-Unis.

En plus des récompenses offertes pour leur exécution, le site proposait des primes de 1 000 dollars pour placer des pancartes devant le domicile des cibles et de 20 000 dollars pour mettre le feu à leurs véhicules.

Tous les universitaires, affirmait-il, avaient reçu des avertissements au cours des derniers mois pour qu’ils « abandonnent leurs activités criminelles ». Mais, n’ayant pas cédé à cette injonction, ils « avaient été désignés comme cibles légitimes du mouvement ».

Des centaines d’autres universitaires ou étudiants israéliens figuraient également sur la liste. Une récompense de 50 000 dollars était offerte pour leur mort.

Le site invitait « tous les groupes militaires non officiels, les groupes armés et les combattants à se joindre au mouvement, afin d’affronter ces criminels et de bénéficier des récompenses liées à la punition de ces victimes et de ces meurtriers, tout en essayant de défendre les droits de l’homme et de venir en aide aux enfants opprimés de Gaza ».

Le site d’information Ynet, le premier à rendre compte de l’existence de cette liste noire, a rapporté que le Mossad et le Shin Bet avaient rapidement lancé une enquête sur ces pages web anti-Israël, ajoutant que les autorités soupçonnaient l’Iran d’être à l’origine de cette initiative. Les universités israéliennes ont envoyé des messages à leurs chercheurs et enseignants les enjoignant à faire preuve de prudence, à éviter de publier des détails sur leurs déplacements à l’étranger et à signaler tout élément suspect, a fait savoir Ynet.

S’adressant à Kan, Chamovitz a raconté avoir découvert l’existence de la liste noire vendredi, aux premières heures du matin.

« Dès 7 heures du matin, nous avons informé le Shin Bet et les responsables de la sécurité, afin qu’ils se penchent sur la question », a déclaré Chamovitz. « Nous prenons cela au sérieux, mais avec prudence. Je n’ai pas eu peur de faire mes courses pour le Shabbat aujourd’hui. Nous sommes en Israël, je ne m’inquiète pas pour ma sécurité. Mais si j’étais à l’étranger, alors j’agirais différemment. »

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