Un film sur le Walt Disney israélien souligne l’urgence de sauver le musée Joseph Bau
"Bau : Artist at War" raconte l’histoire d’un survivant de la Shoah, animateur et maître faussaire, dont les filles tentent d’empêcher la démolition de son ancien studio à Tel Aviv
Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

Clila et Hadassah Bau, les filles de l’illustrateur, animateur et survivant de la Shoah Joseph Bau, se battent depuis des années pour sauver l’atelier d’art de leur père à Tel Aviv, transformé en musée et aujourd’hui menacé de démolition.
Elles espèrent que le film Bau : Artist at War contribuera à sensibiliser le public à leur cause et à lui donner un caractère d’urgence.
Ce long métrage de 130 minutes, sorti en 2024 et porté par Emile Hirsch et Inbar Lavi, propose une version romancée de la vie de Bau, de sa survie dans le camp de concentration de Plaszów, son mariage avec Rebecca Tannenbaum dans le camp et la chance qu’il a eu d’avoir été inscrit sur la liste de Schindler.
Le film a été écrit par la scénariste Deborah Smerecnik, chrétienne évangélique, et réalisé par Sean McNamara, cinéaste hollywoodien.
Bau : Artist at War sera projeté à 13 heures le 28 février à la Cinémathèque de Tel Aviv et sera également diffusé ailleurs.
Clila Bau souligne que plusieurs réécritures ont été nécessaires pour parvenir à la version définitive du scénario, car les sœurs ont insisté sur l’importance de l’humour dans le film, un trait qu’elles considèrent comme essentiel à la survie de leur père et de leur famille.
« Nous avons refusé plusieurs scénarios, car c’est grâce à l’humour que notre père a survécu à la guerre ; il faisait tout avec humour », explique-t-elle.
Deborah Smerecnik avait rencontré les sœurs Bau en 2009, lors d’un séjour en Israël, et avait alors découvert l’histoire familiale.
Clila Bau a expliqué que l’histoire de la survie de ses parents avait profondément marqué Smerecnik, qui s’est ensuite formée à l’écriture de scénarios, à la réalisation et à la production après s’être engagée dans le projet Bau : Artist at War.
« Elle a fait le film pour sauver le musée », affirme Clila Bau.
Lorsque Sean McNamara a rejoint le projet, il a visité le musée. « Cet homme imposant au grand cœur a été bouleversé par ce qu’il a vu », raconte-t-elle. « Il a pris les dessins de papa, et on les retrouve dans le film ; ce sont en quelque sorte les véritables acteurs principaux. »
C’est à la fin des années 1990 que Joseph Bau, surnommé le « Walt Disney » israélien, a eu l’idée de transformer son studio de deux pièces aux hauts plafonds, à Tel Aviv, en musée afin d’y exposer ses peintures originales, illustrations, animations et faux documents top secret réalisés pour le Mossad.
À sa mort en 2002, le musée était déjà ouvert au public. Depuis, ses filles gèrent le lieu et transmettent l’histoire de leur famille aux visiteurs.
Le bâtiment, situé près du boulevard Rothschild à Tel Aviv, doit être démoli, et les sœurs souhaitent relocaliser le musée.
Elles ont lancé une campagne de financement participatif afin de recueillir 200 000 dollars pour financer une étude de faisabilité menée par une grande entreprise de planification muséale, dans le but d’identifier un nouveau site et d’élaborer un plan à long terme.
« Nous croyons aux miracles », confie Hadassah Bau, qui, avec sa sœur, évoque souvent les circonstances extraordinaires de la survie de leurs parents à Plaszów, de leur mère à Auschwitz, ainsi que leurs retrouvailles après la guerre.







