Une inscription en hébreu relance le débat sur la taille du royaume d’Israël
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Une inscription en hébreu relance le débat sur la taille du royaume d’Israël

Les spécialistes pensaient que le secteur d'Abel Beth Maacah, près de Metula, se trouvait hors du territoire des Hébreux au 10e et 9e siècles avant l'ère commune

Abel Beth Maacah vu du nord-ouest, avec le plateau du Golan en arrière-plan (Crédit : Ferrell Jenkins)
Abel Beth Maacah vu du nord-ouest, avec le plateau du Golan en arrière-plan (Crédit : Ferrell Jenkins)

Quand les archéologues qui fouillaient les ruines d’une ville antique du nord ont découvert l’année dernière quelques récipients cassés dans les vestiges d’une construction, ils n’y ont au départ pas porté grande attention.

Mais les chercheurs ont été sidérés lorsqu’un examen plus attentif de ces jarres en argile, découvertes à Abel Beth Maacah, a révélé que l’une d’elle portait une inscription en hébreu antique, a fait savoir Haaretz jeudi.

En fait, le seul mot était une sorte d’insigne. Sur la jarre qui, selon les archéologues, devait servir à contenir du vin, était simplement écrit : « LeBenayau », ce qui signifie « Appartient à Benayau ».

Mais ce seul mot a entraîné les spécialistes à réexaminer leurs points de vue sur ce qu’était le territoire de l’ancien royaume d’Israël, selon le quotidien.

Abel Beth Maacah, mentionné dans la Bible, se situe juste au sud de la frontière israélienne avec le Liban, près de la ville contemporaine de Metula. Benayau est un nom hébreu analogue au Benayahu moderne. Mais tandis que la jarre daterait du 10è ou du 9è siècle avant l’ère commune, les experts ne pensaient pas jusqu’à présent que le royaume d’Israël se soit étendu si loin vers le nord au cours de cette période.

À l’époque, Abel Beth Maacah se situait dans une zone liminale située entre trois puissances régionales : le royaume araméen à Damas à l’est ; la ville phénicienne de Tyre à l’ouest ; et le royaume israélite avec sa capitale au sud, en Samarie.

Photo d’illustration : Des pièces et des jarres anciennes. (Crédit : Autorité israélienne des antiquités)

Les archéologues avaient estimé, jusqu’à présent, que les territoires formant la ville avaient été largement vides aux 10è et 9è siècles, et que la zone n’était passée sous le contrôle des Israélites qu’au 8è siècle avant l’ère commune.

« Si l’inscription date du 8è siècle avant l’ère commune, alors c’est important mais ce n’est pas une grande surprise, parce que nous savons qu’au cours de cette période, le royaume d’Israël s’étendait presque jusqu’à Dan », a commenté le docteur Eran Arie, conservateur du département de l’Age de fer et de la période perse au musée d’Israël, auprès du journal.

« Mais si elle date véritablement du 9è siècle avant l’ère commune, alors elle relancera le débat sur le lien existant entre ce secteur et Israël et elle pourrait nous amener à repenser certaines de nos conclusions. Ce n’est pas une mauvaise chose : c’est toujours important d’ajuster notre interprétation lorsque de nouvelles preuves émergent », a-t-il ajouté.

Bien sûr, une jarre en argile avec un mot en hébreu écrit dessus n’indique pas nécessairement que la ville était israélite. Mais elle ouvre cette possibilité et les chercheurs espèrent maintenant identifier l’origine de l’argile à partir de laquelle elle a été fabriquée – qu’elle soit venue du sud ou qu’elle ait été produite au niveau local – pour les aider dans leur enquête.

« L’allégeance de cette ville et l’identité de la population au 10è et au 9è siècles avant l’ère commune sont un grand débat », commente la docteure Naama Yahalom-Mack de l’université hébraïque, l’une des dirigeantes des fouilles. « Quels étaient leurs liens avec Israël ? La religion, le langage et la culture étaient-ils les mêmes qu’en Israël ? Nous cherchons des preuves montrant qu’Abel appartenait politiquement à une entité ou à une autre – tout en sachant aussi que la zone pouvait être également une ville-Etat indépendante. »

Elle ajoute : « Cette inscription pourrait être la preuve que l’administration de la ville se trouvait entre les mains de personnes qui parlaient hébreu, avec des noms yahwistes. Elle a été trouvée dans un entrepôt qui appartenait apparemment à un habitant qui portait un nom israélite et yahwiste : cela peut nous donner une piste concernant celui à qui appartenait la ville à cette période. »

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