Un médicament hypolipémiant peu cher pour traiter les malades COVID
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Un médicament hypolipémiant peu cher pour traiter les malades COVID

Dans un petit essai israélien, 14 patients sur 15 n'ont plus eu besoin d'oxygène en une semaine après avoir pris du fénofibrate, un médicament américain peu coûteux

Le personnel médical de l'hôpital Barzilai, dans la ville d'Ashkelon, dans le sud d'Israël, portait des équipements de protection alors qu'il manipulait un échantillon de test de coronavirus le 29 mars 2020. (Crédit : Flash90)
Le personnel médical de l'hôpital Barzilai, dans la ville d'Ashkelon, dans le sud d'Israël, portait des équipements de protection alors qu'il manipulait un échantillon de test de coronavirus le 29 mars 2020. (Crédit : Flash90)

Selon des chercheurs israéliens, un médicament générique à 1,50 dollar par jour semble avoir une forte capacité à combattre la COVID, après que les niveaux d’inflammation ont baissé de manière déterminante chez les patients atteints de coronavirus lors d’un petit essai clinique.

Une équipe de recherche de l’Université hébraïque de Jérusalem avait supposé, au début de la pandémie, que le fénofibrate, un médicament générique qui permet d’abaisser le taux des graisses dans le sang, pouvait venir en aide aux malades atteints par le coronavirus. Ce médicament est l’un des plus prescrits en Amérique.

Elle a constaté que le médicament combattait efficacement le coronavirus in vitro il y a un an, et a mené des études de données depuis. Aujourd’hui, l’équipe a administré le médicament à 15 patients atteints du COVID-19 à l’hôpital Barzilai d’Ashkelon. Tous avaient été placés sous respirateur mais tous ont pu sortir de l’hôpital au cours des dix jours de l’essai.

« Nous avons vu que cela fonctionne », a déclaré le professeur Yaakov Nahmias de l’Université hébraïque de Jérusalem au Times of Israel. « C’est très prometteur, et c’est excitant car il s’agit d’un médicament générique très bon marché avec des effets secondaires minimes ».

Il a souligné que d’autres recherches impliquant un groupe placebo sont en cours – des études sont nécessaires pour tirer des conclusions fermes. Il a toutefois ajouté qu’il existe des données de comparaison parfaitement utilisables pour interpréter les dossiers des 15 patients, à savoir les dossiers médicaux de 144 autres personnes qui ont été atteintes par les mêmes symptômes du coronavirus.

Sur la base de ces données, il avait estimé que seulement 28,5 % des patients cesseraient de recevoir de l’oxygène en moins de sept jours. Il a constaté que 93 % – tous les patients sauf un – de son essai ont cessé d’être oxygénés dans ce laps de temps.

Illustration des données de l’étude de l’Université hébraïque sur le fénofibrate, montrant à quel moment l’oxygène a été retiré en toute sécurité des patients (avec l’aimable autorisation de l’Université hébraïque).

Les données de comparaison laissaient penser que 80 à 90 % des patients pourraient connaître un orage cytokinique, la réaction immunitaire excessive qui provoque souvent la détérioration de l’état du malade atteint par la COVID-19. Aucun des 15 patients de la nouvelle étude n’a connu d’orage cytokinique.

« Nous avons suivi les patients de très près, en prélevant des échantillons tous les deux jours, et nous avons suivi l’inflammation qui a chuté de manière incroyable et nous avons observé et les réponses immunitaires », a déclaré Nahmias. « Et nous avons des raisons d’être optimistes ».

Image d’illustration : Des membres de l’équipe de l’hôpital Herzog portant des équipements de sécurité alors qu’ils travaillent dans la salle du coronavirus du centre médical Herzog à Jérusalem, le 29 juillet 2021. (Yonatan Sindel/Flash90)

En juin 2020, Nahmias, directeur du Centre Grass de bio-ingénierie de l’Université hébraïque, avait annoncé que les expériences menées dans son laboratoire indiquaient que le fénofibrate pouvait aider les patients atteints du coronavirus. En décembre, il a indiqué que les personnes qui prenaient du fénofibrate pour ses capacités à diminuer les lipides qui circulent dans le sang obtenaient des résultats « étonnants » par rapport aux autres personnes atteintes du coronavirus.

Ce médicament, qui est vendu sous plusieurs noms de marque, est le 73e médicament le plus prescrit aux États-Unis. Il est conçu pour réduire les lipides connus sous le nom de triglycérides, le type de graisse le plus courant.

Lorsqu’elle a proposé le médicament, l’équipe du professeur Nahmias a émis l’hypothèse que le nouveau coronavirus était particulièrement dangereux parce qu’il parvenait à provoquer l’entrée des lipides dans les poumons. Le fénofibrate, pour sa part, pourrait aider à décomposer ces lipides.

Prof. Yaakov Nahmias de l’Université hébraïque de Jérusalem (avec l’aimable autorisation de l’Université hébraïque de Jérusalem)

Les laboratoires Abbott, l’un des nombreux fabricants de fénofibrate, ont fourni une subvention pour soutenir la recherche, mais le professeur Nahmias a souligné que l’étude, qui a été publiée en ligne mais pas encore examinée par des pairs, était indépendante.

L’essai a été mené avant l’arrivée de la variante Delta en Israël, mais le professeur Nahmias s’est dit confiant quant à l’efficacité du médicament à agir face aux différentes variantes.

Le professeur Shlomo Maayan, chef de l’unité des maladies infectieuses à Barzilai, a coordonné l’essai.

« C’est significatif », a-t-il déclaré au Times of Israel.

« Il est notable que tous les patients sont rentrés chez eux et que les marqueurs inflammatoires ont été réduits de manière significative. Bien que nous n’ayons pas effectué un essai contrôlé en double aveugle, nous avons effectué un contrôle historique, c’est-à-dire une comparaison avec un groupe de patients similaires. Et ces patients ont été libérés plus tard parce que leur taux de récupération était plus lent et que les marqueurs inflammatoires n’ont pas diminué aussi rapidement que ceux de notre groupe d’étude. »

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