Un policier filmé agressant des manifestants retournera sur le terrain
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Un policier filmé agressant des manifestants retournera sur le terrain

Les activistes veulent que Niso Guetta soit gardé à l'écart des manifestants ; des enquêtes sont ouvertes pour violences policières lors du rassemblement de samedi soir à Jérusalem

Les agents de police dispersent par la force une manifestation contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu aux abords de sa résidence de Jérusalem, le 22 août 2020 (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)
Les agents de police dispersent par la force une manifestation contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu aux abords de sa résidence de Jérusalem, le 22 août 2020 (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Le chef de la police de Jérusalem a indiqué lundi aux députés qu’un haut-responsable filmé en train de bousculer et de frapper des manifestants aux abords de la résidence officielle du Premier Benjamin Netanyahu samedi soir reprendrait le travail dans la journée de lundi – malgré une enquête interne en cours sur ses actes de violence présumés.

Un leader des rassemblements antigouvernementaux a averti que laisser le super-intendant Niso Guetta redevenir officier en uniforme aux mouvements de protestation, et ce avant même la fin de l’enquête, serait une provocation.

Dans une vidéo qui a été largement partagée et lors d’un incident précis, le super-intendant en chef de Jérusalem, Niso Guetta, a été filmé en train de bousculer et de frapper un participant, poussant des militants sur le côté en tentant de pourchasser un autre. Sur les images, il parvient à rattraper le fuyard, le frappe alors au visage et le fait tomber au sol. Guetta et d’autres agents le traînent ensuite dans la rue avant de l’embarquer.

Des images montrent également Guetta agenouillé sur un manifestant allongé sur le dos, et pressant la tête de ce dernier au sol à l’aide de son épaule.

Guetta a affirmé avoir été agressé par les manifestants et ne pas avoir fait d’usage excessif de la force.

Lundi soir, une autre vidéo a été publiée montrant Guetta bousculer des protestataires qui, apparemment, ne s’étaient pas livrés à des provocations préalables.

Dans la vidéo qui a fait l’objet d’un montage, Guetta pousse un homme avant de s’approcher d’un autre, qui porte une paire de menottes et qui est escorté par la police avant qu’il ne chute sur le goudron.

La police a promis qu’une enquête serait ouverte contre Guetta, qui a été suspendu pendant 24 heures samedi.

Le responsable de la police de Jérusalem, Doron Yedid, a déclaré aux députés lors d’une audience de la commission des Affaires internes et de la Protection environnementale de la Knesset que Guetta devait retourner au travail dès lundi. Lorsqu’il lui a été demandé si le policier aurait l’autorisation de retourner travailler dans le cadre des manifestations, Yedid a refusé de répondre.

L’un des trois leaders du mouvement de protestation présents, Yishai Hadas, a estimé que permettre à Guetta de revenir aux rassemblements serait considéré comme une provocation s’apparentant « à agiter un chiffon rouge devant un taureau ».

Il a indiqué qu’aucun document n’avait été fourni apportant la preuve qu’un manifestant avait admis avoir frappé Guetta, comme ce dernier l’avait affirmé.

Lundi soir, le groupe Mouvement pour un gouvernement de qualité a appelé Yedid à suspendre Guetta pour « transmettre le message que la police fait tout ce qui est en son pouvoir pour protéger les citoyens et traiter les manifestants de manière correcte ».

Ces derniers mois, des manifestations croissantes ont été organisées aux abords de la résidence du Premier ministre à Jérusalem, certains l’appelant à démissionner en raison des trois mises en examen prononcées à son encontre – pour pots-de-vin, fraude et abus de confiance – et d’autres pour sa gestion médiocre des retombées économiques de la crise du coronavirus.

Le rassemblement de samedi a été marqué par des épisodes de violence, avec des affrontements entre policiers et manifestants et plusieurs témoignages d’un usage excessif de la force de la part de la police.

Lundi, Kan TV a fait savoir que Shimi Marciano, un haut-gradé de la police, faisait l’objet d’une enquête de la part du département des enquêtes internes suite à des accusations de comportements violents, samedi.

Selon la Treizième chaîne, un autre officier, aperçu dans une vidéo en train de gifler un protestataire, Nili Lerman, fait lui aussi l’objet d’une enquête.

Un manifestant frappé par Guetta – un incident qui avait été filmé – a déclaré au micro de la radio militaire lundi qu’il avait été violenté par la police alors qu’il était menotté et qu’il avait été embarqué dans une voiture de police.

La discussion de deux heures qui a eu lieu lundi à la Knesset a été ponctuée par des éclats de fureur. La présidente de la commission, Miki Haimovich, a été dans l’obligation d’ordonner à plusieurs députés de quitter la salle pour qu’ils se calment. Les représentants des manifestants et des forces de l’ordre ont semblé, pour leur part, farouchement déterminés à camper sur leurs positions respectives.

Yedid a déclaré qu’avant la manifestation de dimanche, les protestataires des différents groupes – ne se contentant pas d’insulter la police sur les réseaux sociaux – avaient annoncé venir « pour se battre » et être « prêts pour le conflit ». La police a conservé des captures d’écran de ces messages, a-t-il dit, ainsi que les informations rassemblées en amont du regroupement par les services de renseignement.

Alors qu’il lui était demandé pourquoi un manifestant, Avishai Green, avait été arrêté par la police et interrogé après lecture de ses droits après avoir dit, lors d’un entretien à la Treizième chaîne, qu’il craignait des représailles des forces de l’ordre s’il acceptait de donner une interview, Yedid a répondu qu’il était recherché et que son apparition à la télévision avait permis de l’identifier. Le dossier se trouve actuellement entre les mains du département des enquêtes internes.

Lorsque Mickey Levy, ancien commandant de la police de district de Jérusalem et membre du parti Yesh Atid, a suggéré que les deux parties se rencontrent pour échanger, Yedid a indiqué ne pas être prêt à rencontrer l’ensemble des organisateurs. Il a déploré qu’il n’y ait pas un groupe avec lequel la police puisse se coordonner.

Le chef de la police Doron Yedid à la commission des Affaires internes et de la protection environnementale de la Knesset, le 24 août 2020. (Capture d’écran)

Haimovich a déclaré qu’en clôturant le secteur accueillant la manifestation sur la place de Paris, à Jérusalem, et en faisant intervenir des policiers à cheval, les forces de l’ordre avaient contribué à augmenter les tensions.

Yedid a indiqué que les barrières installées avaient pour objectif de sécuriser le mouvement de protestation et de garantir l’ordre, et que personne ne s’était opposé à ce que les manifestants pénètrent dans le périmètre ainsi délimité.

Yedid a noté que la police avait été chargée de faire appliquer un jugement rendu par la Haute cour ordonnant de mettre un terme à tout tapage nocturne à partir de 21h30 après des plaintes déposées par des résidents du quartier – ce qui aurait été partiellement à l’origine de l’accroissement des tensions.

Par ailleurs, la police a fait savoir qu’un défilé non-autorisé à travers la ville avait également favorisé les tensions – qui était déjà élevées – après que des agents ont dispersé par la force, jeudi, des protestataires anti-Netanyahu qui avaient été rejoints, ce soir-là, par de hauts-responsables de la Défense et un membre de la Knesset. Un chapiteau de protestation avait été aussi démantelé devant la résidence du Premier ministre pour permettre la tenue d’une contre-manifestation des partisans du Premier ministre.

S’adressant aux responsables du mouvement, Yedid a demandé : « Est-ce que l’un de vous qui vous trouvez ici avez essayé de faire un effort pour faire respecter le jugement interdisant le tapage nocturne ? Est-ce que l’un d’entre vous a essayé de garantir qu’à 23h, le calme serait revenu ? »

Tamar Zandberg, législatrice du Meretz, a demandé pourquoi les représentants des forces de l’ordre ne portaient pas de caméras corporelles lors des manifestations, ce à quoi Yedid a répondu que la police de district de Jérusalem était actuellement formée à ce dispositif qui ne serait toutefois pas opérationnel avant plusieurs mois.

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