Un influent rabbin dit avoir rejeté le projet de conversion massive des Russes évoqué dans l’audio d’Epstein
Après qu'Ehud Barak a découvert l'ingénierie démographique, le grand rabbin de Moscou en exil révèle qu'il lui a posé des questions à ce sujet, dans un échange "extrêmement raciste"

JTA — Quand les enregistrements audio récemment rendus publics ont révélé que l’ancien Premier ministre israélien Ehud Barak avait parlé de conversions massives et d’immigration sélective avec Jeffrey Epstein, financier déchu et prédateur sexuel condamné, les réactions dans le pays, au caractère profondément politique, ne s’est pas fait attendre.
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a accusé Barak de chercher à « sélectionner » les Juifs pour l’immigration, reprochant aux politiciens de gauche d’essayer de « remplacer le peuple » après avoir échoué dans les urnes — un écho des théories du complot contemporaines sur l’immigration, qui semblaient avoir été prises au sérieux à l’époque.
Les enregistrements, rendus publics cette semaine dans le cadre de la dernière divulgation en date du ministère américain de la Justice aux termes de la loi sur la transparence des dossiers Epstein, révèlent des échanges approfondis entre Barak et Epstein, décédé dans une prison fédérale en 2019. L’enregistrement audio semble dater de 2013. Barak, dirigeant de longue date du parti libéral Avoda, était alors âgé de 71 ans et il s’apprêtait à rejoindre le secteur privé.
Dans cet enregistrement, Barak soutient qu’Israël doit réduire le contrôle exercé par le rabbinat orthodoxe sur la conversion et ouvrir la porte, dans le cadre d’une stratégie démographique, à des conversions à grande échelle.
« Nous devons briser le monopole du rabbinat orthodoxe sur le mariage, sur les funérailles et sur la définition de ce qu’est être Juif », affirme Barak. « Ouvrons les portes à une conversion massive au judaïsme. Le pays est prospère. Beaucoup en feront la demande. »
Pendant plus de trois heures, Barak évoque sans détour les tendances démographiques en Israël, en Cisjordanie et à Gaza, mettant en garde contre le fait qu’avec l’échec de la solution à deux États, les Juifs pourraient perdre leur majorité démographique.
« La majorité sera arabe », ajoute Barak à propos des territoires. « Notre société est victime d’aveuglement collectif. »
Barak exprime également son inquiétude face à la proportion croissante de citoyens arabes en Israël. Les Arabes représentaient environ 16 % de la population il y a quarante ans, contre environ 20 % aujourd’hui. Il oppose cette croissance à celle de la population juive ultra-orthodoxe, qui, selon lui, augmente plus rapidement.
Pour contrer cette tendance, Barak propose différentes solutions, notamment l’immigration, la conversion et l’intégration des minorités. Il salue les minorités druzes et chrétiennes pour leur forte intégration, et il désigne les immigrants de l’ancienne Union soviétique comme les meilleurs candidats à la conversion.
« Nous avons la capacité de contrôler la qualité beaucoup plus efficacement, bien plus que ne l’ont fait les pères fondateurs d’Israël », poursuit Barak. Faisant explicitement référence à l’immigration en provenance d’Afrique du Nord, il note : « Ils avaient accepté tout ce qui se présentait, juste pour sauver des gens. Aujourd’hui, nous pouvons être plus sélectifs. »
Barak évoque l’alyah post-soviétique des années 1990, qui avait amené plus d’un million d’immigrants russophones en Israël, affirmant que le pays pourrait « facilement en absorber un million de plus ». Il explique avoir fait part de cette idée au président russe Vladimir Poutine, et avoir plaisanté sur les noms mixtes russo-israéliens dans l’armée comme preuve d’une intégration rapide.
Ces propos ont suscité de vives critiques de la part de Pinchas Goldschmidt, qui a dirigé la communauté juive de Moscou pendant plus de trentre ans, avant de quitter le pays après l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022. Dans une interview, Goldschmidt a indiqué que cet enregistrement faisait écho à des échanges dont il avait été témoin à maintes reprises pendant les années qu’il avait passées en Russie.
« J’ai vécu 33 ans à Moscou. Ce genre de propos était courant », a fait remarquer Goldschmidt.
« Pas nécessairement parmi les dirigeants des agences chargées de l’alyah, mais parmi les employés et les fonctionnaires, qui estimaient que c’était l’occasion d’empêcher Israël de devenir un pays du Levant. »
D’après Goldschmidt, ces types d’attitudes se manifestaient parfois lors de rencontres directes avec des personnalités politiques israéliennes. Il s’est souvenu d’une réunion avec l’ancien ministre Haïm Ramon, qui avait demandé si les tribunaux rabbiniques orthodoxes pourraient convertir de grands groupes d’immigrants non juifs originaires de l’ancienne Union soviétique.
« Il est venu me voir avec un chiffre », a ajouté Goldschmidt. « Il en a mentionné 100 000. »
La réponse de Goldschmidt avait été catégorique. « La Halacha ne parle pas en chiffres », avait-il déclaré, faisant référence à la loi juive. « Il n’y a pas de chiffre minimum ni de maximum. La Halacha parle de normes et de conditions. Si un million de personnes sont prêtes à se convertir selon la loi juive, alors nous convertirons un million de personnes. Mais si elles ne sont pas prêtes, nous n’en convertirons aucune. »
Cette rencontre, a raconté Goldschmidt, avait eu lieu après le départ de Ramon du gouvernement à la suite d’un scandale relatif à des faits de harcèlement sexuelle. Il ne s’agissait pas d’un échange informel.
« C’était bien plus qu’une simple conversation », a-t-il confié. « Il ne s’agissait pas d’un simple échange autour d’une tasse de thé. S’il venait me voir officiellement, avec une telle question sur la table, c’est que cela signifiait quelque chose. »
L’affirmation faite par Barak dans l’enregistrement, lorsqu’il y déclare avoir évoqué ces questions avec Poutine, a été particulièrement frappante pour Goldschmidt. « Pourquoi parler à Poutine de la conversion d’un million de Russes ? », a-t-il demandé. « Les gens peuvent quitter la Russie sans autorisation. C’était à moi qu’il devait s’adresser. »
Goldschmidt a ajouté que la manière dont Barak présentait la conversion et l’immigration serait largement perçue comme offensante en Israël. « Toute personne originaire du Moyen-Orient trouverait que cette conversation est extrêmement raciste », a-t-il affirmé . »Et toute personne traditionnelle ou religieuse la trouverait également très blessante. »
Netanyahu, dans ses propos, a en outre fait valoir que les relations étroites qui unissaient Barak et Epstein prouvaient bien que ce dernier ne travaillait pas pour Israël ou pour ses services de renseignement, arguant qu’il serait absurde qu’un agent israélien soit étroitement lié à l’un des opposants les plus virulents du gouvernement.
Les liens entre Barak et Epstein, notamment leurs rencontres répétées plusieurs années après la condamnation d’Epstein en 2008, ont déjà été rapportés. Par ailleurs, il n’existe aucune preuve d’actes criminels de la part de Barak.







