Rechercher

GB: Une analyse ADN identifie les victimes d’une attaque antisémite datant de 1190

Les chercheurs ont utilisé la datation par le carbone 14 et le séquençage du génome pour associer les restes humains au massacre médiéval de Norwich

Les visages reconstitués d'un homme et d'un enfant découverts dans le puits de Norwich, au Royaume-Uni, qui dateraient de 1190 de notre ère. (Crédit : Professeure Caroline Wilkinson/Natural History Museum)
Les visages reconstitués d'un homme et d'un enfant découverts dans le puits de Norwich, au Royaume-Uni, qui dateraient de 1190 de notre ère. (Crédit : Professeure Caroline Wilkinson/Natural History Museum)

Une nouvelle étude suggère que les restes humains trouvés dans une fosse commune découverte dans un puits médiéval à Norwich, en Angleterre, étaient ceux des victimes d’une infâme attaque antisémite en 1190 de l’ère commune.

L’étude, publiée mardi dans la revue scientifique Current Biology, se fonde sur des tests ADN effectués sur les restes découverts en 2004 lors de la construction d’un nouveau centre commercial.

Les 17 corps retrouvés ont été identifiés en 2011 par des chercheurs comme appartenant probablement à une famille juive d’origine ashkénaze.

La nouvelle étude a utilisé la datation par le carbone 14 des os ainsi que l’analyse des fragments de poterie trouvés dans le puits pour suggérer que les corps faisaient « partie d’un épisode de violence antisémite historiquement daté au 6 février 1190 », ont déclaré les chercheurs.

Sur les 17 individus découverts, six avaient un ADN suffisamment bien conservé pour être testé et séquencé. Les résultats suggèrent qu’ils étaient en vie entre 1161 et 1216. Les découvertes ont également indiqué que trois d’entre elles étaient des sœurs, et que les autres étaient probablement aussi apparentées.

Le massacre a été perpétré contre la communauté juive de la ville par des personnes se rendant à la troisième croisade, sous l’impulsion de décennies de théories de conspiration antisémites et d’accusations antisémites de meurtre rituel.

« Je suis ravie et soulagée que, douze ans après que nous ayons commencé à analyser ces restes humains, la technologie a rattrapé son retard et nous a aidés à comprendre cette affaire historique non résolue, à savoir qui étaient ces personnes et pourquoi nous pensons qu’elles ont été assassinées », a déclaré le Dr Selina Brace, spécialiste au Musée d’histoire naturelle de Londres et auteure principale de l’étude.

Les chercheurs ont également découvert que le patrimoine génétique des juifs ashkénazes « a été façonné avant le XIIe siècle, soit plus tôt qu’on ne le pensait auparavant ».

Les scientifiques ont extrait l’ADN des restes et l’ont comparé à des échantillons prélevés sur des Juifs ashkénazes encore vivants.

« Lorsque vous étudiez l’ADN de personnes décédées il y a plusieurs centaines ou milliers d’années, il est rare d’avoir l’occasion de pouvoir comparer avec des membres encore vivants de cette même communauté », a déclaré le professeur Ian Barnes, co-auteur de l’étude, dans un communiqué.

« Cela a été très satisfaisant de travailler avec la communauté sur une histoire qui lui est si chère. »

L’étude a noté que cette recherche était la première à étudier l’ADN ancien lié à la communauté juive – en grande partie en raison de la loi juive qui interdit de pratiquer des expériences scientifiques sur les restes humains.

« Aucun génome d’individus juifs connus n’est actuellement disponible pour la période médiévale ou antérieure, en grande partie parce que l’exhumation et les tests scientifiques des restes juifs sont interdits », ont écrit les scientifiques.

Le professeur Mark Thomas, co-auteur de l’étude, a déclaré que les chercheurs « ne savaient pas que [les restes] étaient probablement juifs avant d’effectuer les analyses génétiques ».

L’étude répond à ces préoccupations religieuses et éthiques, en notant qu’après les premières indications que les corps appartenaient à des membres de la communauté juive, « les analyses ultérieures ont été menées avec la coopération et le soutien de la Congrégation hébraïque de Norwich, et avec l’approbation du bureau du grand rabbin ».

Les scientifiques ont noté que les restes « ont été ré-enterrés en 2013 au cimetière juif de Norwich » et sont signalés d’une plaque commémorative.

Les chercheurs ont précisé que les conclusions de l’étude « fournissent de nouvelles informations sur un crime historique important, sur l’histoire de la population ashkénaze et sur les origines des maladies génétiques associées aux populations juives modernes ».

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...