Une exposition sur le foot durant la Shoah a ouvert au stade de Buenos Aires
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Une exposition sur le foot durant la Shoah a ouvert au stade de Buenos Aires

Le stade Monumental de la capitale argentine accueille "Ce n'était pas un jeu" – une exposition qui documente l'histoire du football à l'époque nazie

L'exposition au musée du River Plate compte notamment six ballons de football illustrés. Celui-ci a été réalisé par Gustavo Nemirovsky (Tabare da Ponte / publié avec l’autorisation de 'No Fue un Juego' via JTA)
L'exposition au musée du River Plate compte notamment six ballons de football illustrés. Celui-ci a été réalisé par Gustavo Nemirovsky (Tabare da Ponte / publié avec l’autorisation de 'No Fue un Juego' via JTA)

BUENOS AIRES, Argentine – Le stade de l’un des clubs de football les plus populaires d’Argentine accueille une exposition consacrée à ce sport durant l’Holocauste.

« Ce n’était pas un jeu » (ou « No Fue un Juego ») a été inauguré la semaine dernière au musée du River Plate, situé dans le stade de l’équipe du même nom. L’endroit reçoit environ 25 000 visiteurs chaque mois et l’exposition sera ouverte jusqu’au 15 mai – soit un peu plus d’un mois avant le début du Mondial, le premier tournoi international de football. Les conservateurs de l’exposition l’ont divisé en 11 parties – comme le nombre de joueurs d’une équipe de foot.

Dans cette exposition produite par le musée de la Shoah de Buenos Aires, des panneaux racontent les histoires d’équipes et d’individus.

L’un d’entre eux concerne Emerico Hirschl, un entraîneur juif hongrois qui a dirigé le club de River Plate lors de plusieurs championnats nationaux et internationaux dans les années 1930. A cette même époque, Hirschl a également contribué à aider des Juifs qui n’avaient pas de visa à obtenir l’asile à Buenos Aires, malgré les interdictions du gouvernement argentin.

Grâce à sa popularité, l’entraîneur a convaincu les gardes portuaires de permettre à ces gens d’entrer dans les ports de la ville.

Un ballon de football illustré par Jorge Meijide (Tabare da Ponte / publié avec l’autorisation de ‘No Fue un Juego’ via JTA)

Sa fille, Gabriela Hirschl, a déclaré à la JTA lors de l’inauguration de l’exposition que l’une des Juives qu’il a sauvées est plus tard devenue sa petite amie, puis sa femme – et finalement la mère de Gabriela.

L’exposition met également en avant les parcours d’équipes européennes qui ont souffert sous le nazisme avant d’être forcées de se reconstruire après la guerre, comme le Bayern de Munich et le Borussia Dortmund en Allemagne, l’Ajax Amsterdam aux Pays-Bas et l’Austria Wien à Vienne. On apprend notamment que le président du Bayern Munich, Kurt Landauer, et l’entraîneur, Richard Kohn, ont été contraints de démissionner parce qu’ils étaient Juifs. Et qu’un joueur de l’Ajax, Eddy Hammel, a aidé le club à remporter plusieurs championnats avant d’être déporté à Auschwitz en 1943.

L’exposition se penche également sur les équipes de l’autre camp : Hitler a par exemple pris sous son aile l’équipe du Schalke 04, qui a participé à plusieurs championnats allemands dans les années 1930.

Un panneau explique comment les nazis ont créé une ligue de football à Theresienstadt afin de faire croire à la Croix-Rouge que la vie était normale au sein du camp de concentration. A des fins de propagande, les nazis ont organisé des matches, rassemblé des foules et pris des photos.

Un panneau représentant Otto Nerz, entraineur de l’équipe nationale allemande de football de 1926 à 1932, déclarant : « En fin de compte, il y aura une Europe sans Juifs avec un sport sans Juifs » (Tabare da Ponte / publié avec l’autorisation de ‘No Fue un Juego’ via JTA)

L’exposition met également en avant les histoires tragiques de nombreux joueurs, comme celle de Julius Hirsch, le premier Juif de l’équipe nationale allemande, qui a également combattu pour l’Allemagne lors de la Première Guerre mondiale et qui mourra plus tard à Auschwitz. Ou celle de Matthias Sindelar, un non-Juif de l’équipe nationale autrichienne qui a refusé de jouer pour l’Allemagne quand les nazis ont annexé le territoire autrichien et forcé ses joueurs à rejoindre l’équipe nationale allemande en 1938. Six mois plus tard, Sindelar a été retrouvé mort dans son appartement. Ou encore celle de Antony Liko, qui a joué pour le club de Wisla Krakow, qui a rejoint et combattu au sein de la résistance polonaise, mais qui s’est fait capturer avant d’être plus tard tué à Auschwitz.

L’exposition est l’œuvre de Leonardo Albajari, un journaliste sportif juif argentin qui s’intéresse à l’Holocauste depuis qu’il a lu Le Journal d’Anne Frank à l’âge de 13 ans. Les chercheurs Gustavo Asmus, Guillermo Ibarra et German Roitbarg ont contribué à ce travail.

Gabriela Hirschl et Leonardo Albajari à l’exposition (Tabare da Ponte / publié avec l’autorisation de ‘No Fue un Juego’ via JTA)

« Nous avons voulu faire connaître aux fans de football une histoire rarement racontée en Argentine et élargir ainsi les connaissances sur les événements qui se sont déroulés pendant le nazisme et leurs conséquences directes qui ont conduit à la Shoah », a expliqué Albajari à la JTA.

Le président du River Plate, Rodolfo D’Onofrio, et le président du musée de la Shoah de Buenos Aires, Marcelo Mindlin, ont inauguré l’exposition. Une partie de l’exposition sera visible au musée permanent l’année prochaine, suite à sa rénovation.

La Coupe du monde, un événement quadriennal, sera organisée cette année par la Russie.

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