Les agences de renseignements américaines ont conclu que Bashar el-Assad n’a pas abandonné toutes les armes chimiques qu’il avait en sa possession en 2013, a annoncé le Wall Street Journal vendredi.

Selon l’article, Assad aurait gardé des « caches [d’armes] encore plus mortelles d’agents neurotoxiques » que celles qu’il a abandonnées.

Actuellement, il existe le risque que les armes pourraient tomber entre les mains de l’État islamique ou, alternativement, entre les mains de l’ennemi juré du Hezbollah en Israël, selon des sources des renseignements américains.

L’article, qui est précis et détaillé, a également révélé la réticence des inspecteurs internationaux et des puissances mondiales à faire pression sur le régime pour plus d’informations par crainte qu’Assad ne reconsidère l’exigence internationale de débarrasser la Syrie de son arsenal d’armes chimiques.

Le régime d’Assad a accepté un plan international, à la suite d’une attaque au sarin en 2013 dans une banlieue de Damas qui a déclenché un tollé mondial.

Les Etats-Unis ont menacé de s’engager dns une action militaire contre Damas en représailles à cette attaque, mais n’a pas donné suite en raison de la signature de l’accord de désarmement.

Le mois dernier, l’institut de veille des armes chimiques a dit que tous les effluents provenant de l’arsenal d’armes chimiques neutralisé de la Syrie ont été détruits.

Sur les 1 300 tonnes métriques d’armes chimiques déclarées par la Syrie seulement 16 tonnes de fluorure d’hydrogène doivent être encore détruites dans une usine de Port Arthur au Texas, selon l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques.

L’opération internationale pour débarrasser la Syrie de ses armes chimiques a été saluée par les Etats-Unis et considérée comme un succès, alors même que différents articles ont été publiés en mai rapportant que des attaques chimiques avaient eu lieu en Syrie et la découverte d’armes chimiques non déclarées.

L’article du Wall Street Journal a précisé que les inspecteurs internationaux en 2013 étaient rentrés sur les seuls sites déclarés par la Syrie comme étant des laboratoires d’armes chimiques, et craignant que Damas ne mette fin à sa coopération – et pour leur sécurité personnelle – ils étaient réticents à faire pression sur leur hôte pour obtenir plus d’informations et exiger l’accès à d’autres installations suspectes.

« Parce que le régime était responsable d’assurer la sécurité, il avait un droit de veto sur les mouvements des inspecteurs. L’équipe a décidé qu’elle ne pouvait pas se permettre de contrarier ses hôtes, a expliqué l’un des inspecteurs, ‘ou ils perdraient accès à tous les sites’. Et les inspecteurs ont décidé qu’ils ne pouvaient pas se rendre dans certains sites dans les zones contestées, craignant que les rebelles ne s’attaquent à eux », a expliqué l’article.

« Selon les termes de leur déploiement, les inspecteurs ont accès uniquement aux sites que le régime d’Assad avait déclarés qu’ils faisaient partie de son programme d’armes chimiques. Les États-Unis et d’autres puissances avaient le droit de demander l’accès à des sites non déclarés si elles avaient des preuves qu’ils faisaient partie du programme d’armes chimiques. Mais ce droit n’a jamais été exercé, en partie parce que, selon les inspecteurs et les responsables occidentaux, parce que leurs gouvernements ne veulent pas d’un bras de fer avec le régime », a poursuivi l’article.

Les inspecteurs internationaux ont choisi de coopérer avec les exigences du régime syrien. Comme le présente un inspecteur, « c’était une question de priorités ».

« Les membres de l’équipe d’inspection n’ont pas fait pression pour obtenir des réponses, craignant que cela ne compromette leur objectif principal d’obtenir que le régime de remettre les 1 300 tonnes de produits chimiques qu’il a admis possédé », indique le Wall Street Journal.

« Les Syriens ont énoncé les règles de base. Les inspecteurs ne pouvaient visiter uniquement que les sites que la Syrie avait déclarés, et seulement avec un préavis de 48 heures. Tout le reste était hors-limites, à moins que le régime ait présenté une invitation ».

« Nous avons eu d’autre choix que de coopérer avec eux », a expliqué Scott Cairns, l’un des leaders de la mission. « L’immense spectre de la sécurité nous aurait entravé si nous avions été très agressif ou essayé de faire les choses de façon unilatérale ».

Cet article a été publié alors que l’accord nucléaire entre l’Iran et les puissances mondiales vient d’être annoncé, en vertu duquel les inspecteurs internationaux seraient autorisés à demander l’accès à toutes les installations, si elles pouvaient fournir une preuve des violations alléguées et étaient insatisfaits de l’explication de l’Iran.

Au total, la procédure mise en place pourrait prendre jusqu’à 24 jours. Mais les hauts responsables iraniens ces derniers jours ont clairement fait savoir que l’accès aux sites militaires ne serait pas autorisé.

Mieux que rien

L’administration Obama estime néanmoins que l’opération a été un immense succès, selon l’article, car elle a permis la destruction d’une partie importante d’armes chimiques du stock d’Assad.

« La Maison Blanche et le département d’Etat affirment que la mission de l’année dernière a été un succès, même si le régime a caché certains produits chimiques mortels … Les responsables américains expliquent que la situation sécuritaire serait bien plus dangereux aujourd’hui, si ces produits chimiques n’avaient pas été enlevés, surtout compte tenu des récents gains sur le champ de bataille des islamistes. Exiger un plus grand accès et une divulgation plus complète par le régime, disent-ils, aurait signifié n’avoir aucune coopération, mettant en péril l’ensemble de l’effort d’élimination », souligne l’article.

Thomas Countryman, le secrétaire d’Etat adjoint pour la sécurité internationale et la non-prolifération [des armes], a déclaré au journal qu’ « il est important de garder en tête que le plus dangereux de ces armes inhumaines ne sont plus entre les mains de ce dictateur ».

Un changement dans l’évaluation des renseignements

En 2013, la CIA a cru la déclaration de la Syrie sur ses stocks alors même que d’autres responsables du Pentagone ont jeté le doute sur la fiabilité de la Syrie.

Des responsables américains et des Nations unies ont donné à la Syrie la note officieuse de « B pour leur sincérité », a signalé l’article.

« La CIA était convaincue qu’Assad avait détruit toutes les armes chimiques qu’elle pensait qu’il possédait quand l’accord sur l’élimination des armes renvoi a été signé. Au cours des dernières semaines, la CIA a conclu que l’image qu’avait les renseignements avait changé et qu’il y avait un nombre croissant de preuves qu’Assad avait gardé cachés des produits chimiques interdits, selon des responsables américains », a poursuivi le Wall Street Journal.

L’article a ajouté que les récentes victoires de l’Etat islamique ont incité les craintes qu’Assad puisse utiliser ces armes chimiques, ou les remettre au Hezbollah. Assad a « caché des agents neurotoxiques encore plus mortels » que ceux qu’il a abandonné.

« Une nouvelle évaluation des renseignements a conclu qu’Assad serait peut être prêt à utiliser ses réserves secrètes [d’armes] chimiques pour défendre les bastions du régime. Un autre danger est qu’il pourrait perdre le contrôle de ces produits chimiques, ou de les donner au Hezbollah ».

« Si le régime s’effondre purement et simplement, ces armes chimiques pourraient tomber entre les mains de l’Etat islamique, ou un autre groupe terroriste », a poursuivi l’article.

Les inspecteurs présents lors de la visite 2013 ont expliqué au journal que les laboratoires d’armes chimiques de la Syrie étaient déguisés en de banaux camions à 18 roues, ou cachés en pleine vue.

C’était « différent de tout autre programme que j’ai jamais vu ou sur lequel j’ai lu », a déclaré Cairns.

À un moment donné, les inspecteurs ont demandé l’accès au centre des études scientifiques et de la recherche syrienne, un site de Damas bombardé par Israël en 2013. Leur demande a été approuvée.

En mai 2014, les inspecteurs sont entrés dans le centre de recherche, guidés par un général syrien qui a soutenu qu’il n’y avait pas d’armes chimiques développées sur le site.

« Le général Sharif a assisté à la présentation, qui comprenait un PowerPoint en langue arabe. Les diapositives ont expliqué que les domaines de travail de la SSRC incluaient notamment l’oncologie et les pesticides. Les inspecteurs sceptiques ont exhorté les Syriens à faire la lumière sur toutes leurs installations de recherche et de développement », décrit le journal.

En octobre 2014, la Syrie a ajouté le SSRC à la liste des sites d’armes chimiques. « Cela a donné aux inspecteurs le droit de s’y rendre pour examiner les lieux. Les responsables occidentaux disent que les échantillons prélevés par les inspecteurs sur les sites ont révélé des traces de sarin et de VX qui, expliquent-ils, confirment qu’il faisait partie du programme d’armes chimiques », a conclu l’article.