Le cinéaste français Alain Resnais, qui vient de décéder à 91 ans, a réalisé en 1955 « Nuit et Brouillard », premier documentaire de ce type réalisé sur les camps nazis, dont le ton met en lumière l’effrayante réalité de ces lieux de mort.

Issu d’une commande à l’occasion du 10ème anniversaire de la libération des camps de concentration, ce film de 32 minutes, mêlant images d’archives en noir et blanc et séquences en couleur tournées sur place, reste une référence.

Il montre des arrestations, les convois, les monceaux de cheveux, de valises, de vêtements stockés au camp d’extermination d’Auschwitz, les fours crématoires, les baraquements, et aussi les survivants hagards et les morts entassés. Le commentaire, écrit par le poète et romancier français Jean Cayrol, lui-même rescapé des camps, est lu par l’acteur Michel Bouquet.

« Toute la force du film réside dans le ton adopté par les auteurs : une douceur terrifiante. On sort de là ravagé, confus et pas très content de soi », a écrit François Truffaut, alors critique aux Cahiers du cinéma.

Les historiens actuels notent toutefois qu’en 1955, on parlait des déportés dans leur ensemble sans insister sur les critères raciaux. Ils rappellent qu’à l’époque, le souvenir de la déportation était porté par les associations de déportés politiques bien plus que par les rescapés juifs.

En dépit de sa sobriété, le film n’a pas échappé à la censure : il n’a obtenu son visa d’exploitation qu’après le maquillage d’une photo montrant un policier français convoyant des familles dans le camp d’internement de Pithiviers, dans le centre de la France, par où transitaient les futurs déportés.

Autre mésaventure, le film avait été sélectionné pour représenter la France au festival de Cannes en 1955, mais il a finalement été montré hors compétition à la suite de protestations de la République fédérale d’Allemagne pour ne pas nuire à la réconciliation entre les deux pays.

« Nuit et Brouillard », en allemand « Nacht und Nebel », est le titre du décret du 7 décembre 1941, signé par le maréchal Wilhelm Keitel, ordonnant la déportation pour tous les ennemis ou opposants au Reich.

Le titre du décret était lui-même une référence à un personnage de Wagner qui se change en fumée et disparaît en chantant « nuit et brouillard, je disparais ».