Dans un enregistrement audio fuité, le négociateur en chef palestinien Saeb Erekat critique sévèrement le président Mahmoud Abbas pour sa réticence à poursuivre Israël dans l’arène internationale, révélant des fissures graves au sein de la direction palestinienne sur la meilleure façon de se comporter vis-à-vis de l’Etat juif après l’échec des négociations en avril.

Dans la vidéo, Erekat affirme également que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu ne « vaut pas la balle » qui l’atteindra.

Si la source et l’heure du discours d’Erekat n’ont pas été divulguées, dans l’enregistrement de trois minutes, téléchargé sur YouTube mercredi soir par l’Agence de nouvelles Awraq, le responsable palestinien accuse son président d’agir de façon autocratique contre la volonté de la majorité des dirigeants palestiniens, qui ont voté pour une position plus dure contre Israël.

« Netanyahu ne donne rien [aux Palestiniens]. Il affirme que Jérusalem est la capitale d’Israël, et qu’ils ont Hébron. C’est là l’homme qui veut faire la paix avec nous », déclare Erekat, ironique.

« Sauf votre respect, Abbas se trompe aussi », poursuit Erekat, reprenant un dialogue qu’il a engagé avec le président.

« Abou Mazen [Abbas], si vous souhaitez toucher Netanyahu, attaquez-vous aux documents [de demande d’appartenance] aux institutions internationales. Il répond : ‘J’ai pris un engagement’ [ne pas se tourner vers les institutions internationales]. Quel engagement avez-vous pris ? Ce n’est pas la ferme de votre papa ! Il s’agit d’une nation, de la Palestine. C’est plus important que des individus. Il ne m’a pas écouté. Je vous jure, j’ai présenté deux fois ma démission. »

Les commentaires sévères d’Erekat offrent un rare aperçu du débat au sein du cercle proche d’Abbas concernant la stratégie diplomatique palestinienne envers Israël.

Au début des négociations en juillet dernier, les Palestiniens ont promis au Secrétaire d’Etat américain John Kerry de ne pas poser leur candidature d’adhésion aux organismes internationaux au cours de la période de négociation de neuf mois, en échange de la libération de 104 prisonniers palestiniens détenus par Israël. Le 1er avril, Abbas a surpris Israël en s’adressant à 15 organismes et traités internationaux, mais s’est jusqu’ici abstenu de contacter des organisations plus robustes, telles que la Cour pénale internationale, vers laquelle les Palestiniens pourraient se tourner pour se plaindre de crimes de guerre israéliens.

Le mois dernier, huit groupes internationaux des droits de l’Homme ont appelé Abbas à rejoindre la CPI. Un comité ministériel palestinien devrait se réunir avant fin juin pour discuter de nouvelles candidatures, a rapporté l’agence de nouvelles Maan jeudi.

Dans ses commentaires, Erekat a déclaré qu’il pourrait n’y avoir aucun espoir de parvenir à une solution négociée avec Netanyahu. La seule façon de forcer le Premier ministre israélien à faire des concessions est en lui collant l’image d’un criminel de guerre devant les tribunaux internationaux.

« Sans un pistolet sur la tempe [Netanyahu n’agira pas]. Je ne dis pas de lui tirer dessus. Il n’en vaut pas la balle… il est idéologiquement corrompu, je le connais depuis 31 ans. »

« Pourquoi Netanyahu s’engage dans ces négociations aléatoires si ce n’est pas pour construire de nouvelles colonies ? Vous …, Abu Mazen, avez la capacité d’empêcher Netanyahu de voyager partout dans le monde, à l’exception de l’aéroport Ben Gourion vers New York. C’est un ignoble, un sale criminel de guerre. Qu’il prenne [la terre] de la rivière à la mer. Vous a-t-il vraiment laissé une Autorité [palestinienne] ? Lorsque vous [Abbas] voyagez de Ramallah à Amman, vous devez appeler un lieutenant [au bureau de coordination de l’armée israélienne] à Beit El et lui dire combien de voitures voyagent avec vous. Ils vous humilient. »

Selon Erekat, Abbas a perdu sa crédibilité, non seulement au niveau national et auprès des Israéliens, mais aussi dans le monde arabe au sens large.

« Honnêtement, les Arabes ne vous croient pas [Abbas] », a poursuivi Erakat. « Soit ils doutent de vous, vous attaquent, ou vous craignent… Il [Abbas] a 79 ans. Combien de temps vivra-t-il encore ? Tout ce qu’il doit faire, c’est prendre une position patriotique. Il peut tout faire, mais il semble vouloir ressembler à Bachar el-Assad ou Saddam Hussein… cette façon de penser est inepte. Vous avez des cartes en main – utilisez-les ».