La décision de commencer à construire dans la capitale était surtout une question d’offre et de demande.

La ville a longtemps été aux prises avec une pénurie d’appartements, en particulier pour les jeunes couples et les familles de classe moyenne qui désirent y rester, mais ne peuvent dépenser un demi-million de dollars pour l’espace restreint d’un typique trois-pièces.

Jérusalem doit fournir plus de logements, dit Tamir Nir, un architecte et membre du conseil du parti Yerushalmim, siégeant aux comités de conservation et de transport de la municipalité.

La plus grande ville d’Israël n’est pas assez peuplée, dit-il. La clé est de trouver comment préserver le caractère de la ville tout en construisant.

Les gratte-ciel n’ont pas toujours fait partie du plan d’urbanisme de Jérusalem. L’architecte israélo-canadien Moshe Safdie avait autrefois proposé le « plan Safdie », qui prévoyait une construction vers l’extérieur, avec 20 000 unités de logement, d’espaces commerciaux et industriels sur les collines à l’ouest de la ville. Le plan a finalement été annulé, ses détracteurs alléguant qu’il affaiblirait le centre-ville.

Ce n’est pas la première fois que l’idée a été soulevée, déclare l’architecte et historien David Kroyanker. Le premier gratte-ciel de la ville a été construit dans les années 1970, suivi d’un autre dans le quartier Rasko, puis du complexe Wolfson de 14 et 16 étages.

Ce n’étaient pas vraiment des gratte-ciel, dit Kroyanker, mais « tout est relatif, comparé aux traditionnels bâtiments de quatre et six étages. L’horizon global restait relativement bas. »

Pourtant son problème avec des gratte-ciel n’est pas nécessairement leur hauteur. Mais leur apparence.

« Nous sommes habitués à des immeubles bas à Jérusalem », observe Yishai Breslauer, un agent immobilier local.

« Mais la population est si nombreuse à présent, que nous devons commencer à construire quelque chose qui dérange les anciens. Comme quand tout le monde vivait dans la Vieille Ville, et prenait [Moïse] Montefiore pour un entrepreneur fou, lorsqu’il offrait des maisons gratuites aux gens, à l’extérieur des murailles de la ville. »

Le point de vue de la Terre Sainte, l'un des premiers des projets de grande hauteur de Jérusalem (Crédit : Nati Shohat / flash 90)

Le point de vue de la Terre Sainte, l’un des premiers des projets de grande hauteur de Jérusalem (Crédit : Nati Shohat / flash 90)

Pourtant, comme Breslauer le sait, convaincre les gens de changer leur façon de penser peut être une tâche ardue, en particulier à Jérusalem.

Il évoque les grands changements dans le paysage de Mamilla, en dehors des murailles de la Vieille Ville – un bidonville transformé en hôtel de luxe et en allée commerçante haut de gamme. Ou encore les gratte-ciel construits par le promoteur Ahim Hassid, les Frères Hassid, dans les Katamonim, qui ont attiré des familles de classe moyenne dans un quartier à revenu faible.

« Il y a beaucoup de pleurnichards, et ils pleurnicheront sur tout ce que vous faites, peu importe quoi », dit-il. « Mais quoi que vous pensiez, les Katamonim étaient un quartier médiocre, et maintenant il a changé. Comme pour Mamilla, ils l’ont embellie. Évidemment, cela doit être légal et casher, mais vous devez tout faire pour améliorer la vie des résidents de Jérusalem. »

Il a fallu quelques années au promoteur local Ahim Hassid pour convaincre la municipalité de le laisser construire Ganei Zion, un projet de quatre immeubles de six à huit étages et une tour de 19 étages, pour un total de 194 appartements dans les Katamonim.

Ahim Hassid, comme plusieurs autres promoteurs locaux, se concentre sur les acheteurs locaux de classe moyenne qui cherchent des 3 à 4 pièces, et ne veulent pas quitter la ville. Ses projets visent généralement les familles désireuses de vivre légèrement au-delà du noyau – Rehavia, les colonies allemande et grecque, Katamon et Baka.

Les bâtiments de la société s’écartent du système standard du passé, dit Hassid. Étant donné que le complexe Ganei Zion renferme un total de 194 appartements, par exemple, la municipalité a demandé aux développeurs d’embaucher une entreprise de gestion pour gérer les parkings souterrains, le jardin et les autres constructions, comme la synagogue, une salle de sport et un jardin d’enfants. Ils ont également dû construire le nouveau centre communautaire à proximité.

Moses Montefiore avait du mal à attirer les résidents de la Vieille Ville dans les nouvelles maisons alors de Michkenot (Crédit : Miriam Alter / flash 90)

Moses Montefiore avait du mal à attirer les résidents de la Vieille Ville dans les nouvelles maisons alors de Michkenot (Crédit : Miriam Alter / flash 90)

« Nos acheteurs sont hétéroclites », dit Hassid. « Nous avons des jeunes familles, des gens qui voulaient appartements plus grands, et des personnes qui devaient faire des restrictions. Beaucoup d’entre eux voulaient rester à Jérusalem. »

L’entreprise continue de construire des tours dans toute la ville. A Arnona et à Har Homa, Ahim Hassid construit des complexes de gratte-ciel. Rue Emek Refaïm dans la colonie allemande, l’entreprise bâtit un hôtel boutique de 32 chambres comprenant deux bâtiments historiques.

« Cela ne doit pas ressembler à Manhattan ici, les bâtiments doivent convenir au quartier », précise Nir. « Mais des zones ont été désignées pour y construire, selon des impératifs de demande. Et l’architecture peut être le point de rencontre entre le transport, la construction et la localisation. »

Il semble évident qu’il faut permettre la construction des gratte-ciel dans le centre-ville, qui sont une autre facette du plan de la municipalité.

Des développeurs tels que Africa Israel et Minrav ont pris d’assaut le centre de Jérusalem pour y bâtir des gratte-ciel de luxe depuis plusieurs années. Africa Israel, détenu par le magnat du diamant Lev Leviev, a commencé ce type de construction il y a plusieurs années. Les tours sont toutes situées rues Rav Kook et Haneviim, à distance à pied de la Vieille Ville, et éclipsent une partie des bâtiments historiques, tels que la Maison Anna Ticho.

Quelque 112 des 131 appartements du projet de 9 étages au 7 Rav Kook, terminés en avril 2013, ont été vendus, principalement à des clients français ou russes, pointe Dalia Azar-Malimovka, porte-parole de la société. Un appartement de trois pièces dans ce bâtiment avec gardien coûte 4,8 millions de shekels.

Le penthouse de 243 mètres carrés au huitième étage, conçu sur mesure avec des tapis Fendi, du carrelage italien et des accessoires Roberto Cavalli, coûte 19 millions de shekels. Il convient à un certain type d’acheteur, affirme Azar Malimovka.

« C’est dans le centre-ville », dit-elle. « C’est une rue historique, en plein centre et tout près du tramway. C’est là que tout va se passer. »

Azar-Malimovka souligne que, si la plupart des acquéreurs ont acheté leurs appartements pour un investissement ou une maison de vacances, de nombreux clients français choisissent de vivre à Jérusalem. Les actes d’antisémitisme ont augmenté de façon spectaculaire au cours des dernières années, avant même l’opération campagne militaire israélienne à Gaza.

« Les temps ont changé », dit-elle. « C’est là qu’ils veulent être. »

Le gratte-ciel au 7 Harav Kook n’est pas le seul projet de d’Africa Israel au centre-ville de la capitale. Il a récemment remporté l’appel d’offres pour un projet de 100 unités rue Haneviim.

Africa Israel prévoit de bâtir une résidence de 24 étages, contenant 80 appartements, des bureaux et un centre commercial de 8 étages, sur 4 000 m2. Ce type de projet est sensé, dit Nir.

« La rue Yaffo ne doit pas être bordée de bâtiments de deux étages, ce n’est pas juste,» dit-il. « Elle doit être animée, remplie de gens et de bureaux. C’est à cela qu’une ville doit ressembler. »